Pas touche au droit de grève !
6 février 2012 Éditorial des bulletins L’Étincelle
Pour une fois, il faut s’en féliciter, ce sont toutes les catégories de personnel du transport aérien – agents de sureté, d’accueil, mécaniciens au sol, personnel des innombrables sous-traitants… jusqu’aux hôtesses, stewards et pilotes –, qui se mobilisent ensemble. Ils protestent contre le projet de loi antigrève du gouvernement, adopté à l’Assemblée le 25 janvier et devant passer au Sénat le 15 février.
Le projet de loi en question consiste à exiger individuellement des salariés qu’ils se déclarent grévistes 48 heures à l’avance, sous peine de sanction. Ce n’est pas tout : un amendement a été ajouté voulant que les grévistes, toujours individuellement, déclarent 24 heures à l’avance leur jour de reprise du travail ! Bref, une façon de tenter de saboter toute décision collective des travailleurs, en particulier en assemblée générale. Entre autres.
Après le transport aérien, à qui le tour ?
A noter que cette loi qui s’inspire de celle votée en 2007 pour les transports publics terrestres, vise autant le secteur privé que le secteur public du transport aérien. Autant dire qu’il s’agit d’une nouvelle brèche au droit de grève. Après la SNCF, la RATP… et l’aérien, à quand des lois antigrève pour l’automobile, le commerce, le BTP, les banques … sous prétexte que les grévistes prendraient « en otage » la clientèle ?
La « prise d’otages » ! La sempiternelle formule magique contre les grévistes ! Comme si ce n’était pas les patrons et le gouvernement qui prenaient en otage l’ensemble des salariés (et finalement les usagers) en réduisant les effectifs, en programmant les licenciements, en aggravant les conditions de travail, en faisant travailler plus et gagner moins ceux qui ne vont pas encore pointer à Pôle emploi ! D’ailleurs, pour ce qui est du transport aérien, ledit projet de loi n’a rien à voir avec l’intérêt des passagers, mais tout à voir avec les intérêts patronaux. A commencer par Air France qui, à la mi-janvier, vient d’annoncer un plan d’économies de 2 milliards d’euros sur trois ans. Ce qui va signifier des suppressions de postes, moins de salaires, la dégradation de l’entretien, de la sécurité… Au point que la direction d’Air France a même déclaré que la proposition de loi, « cela nous arrange » !
La voilà, la vraie raison de ce projet antigrève : le patronat du transport aérien, celui des grandes compagnies comme celui des innombrables sous-traitants, s’apprête à de nouveaux plans de compressions d’effectifs et de remises en cause de tous les acquis. Il s’agit donc d’obtenir du gouvernement des mesures préventives, gravées dans la loi, contre les réactions prévisibles des salariés.
C’est qu’ils ont peur des travailleurs, de nous tous, en fait ! Donc ils y vont de l’intimidation. Et ce n’est pas sans raison qu’ils nous craignent. Car l’exemple de la combattivité est venu des plus vulnérables d’entre nous. Ce projet antigrève arrive à l’Assemblée juste après la longue grève courageuse de décembre dernier pour l’augmentation des salaires, de la catégorie la plus mal payée et la plus précaire des travailleurs des aéroports : les agents de sureté en butte aux multiples mafias patronales se disputant les contrats véreux des donneurs d’ordre. Leur détermination et leur courage a donné le coup de pouce aux autres catégories, lesquelles, aujourd’hui toutes solidaires, réagissent contre la dernière provocation du gouvernement.
Ce qui se passe aujourd’hui dans le transport aérien concerne l’ensemble des salariés. En ces temps de crise, on voudrait nous faire croire que la classe ouvrière est tétanisée et sans réaction. Mais c’est faux. Partout la colère est la même, même si, pour l’heure, elle s’exprime de façon très dispersée et localisée. Ce n’est pas la combattivité qui manque, mais la fusion de toutes les combattivités. Dans le transport aérien, les petites barrières catégorielles viennent d’être franchies. Que les salariés de tous les secteurs, de tout le pays, franchissent les autres barrières professionnelles ou régionales, et le patronat comme le gouvernement présent ou à venir, auront du souci à se faire !

