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Accueil > Éditos L’Étincelle > 2022 > mars > 7

Non à la guerre de Poutine contre l’Ukraine. Non aux enjeux impérialistes qui mettent de l’huile sur le feu. Travailleurs de tous les pays, unissons-nous !

(Photo : Kiev, 25 février 2022, wikipedia)

Déjà près de quinze jours d’invasion guerrière de l’Ukraine par l’armée de Vladimir Poutine, quinze jours de bombardements, de destructions de vies humaines et d’infrastructures dont des habitations – car il n’y a pas seulement des cibles militaires. Aujourd’hui, près d’un million et demi d’Ukrainiens – hommes, femmes et enfants – ont choisi la route d’un exode incertain tandis que d’autres tentent de se protéger dans des abris ou s’organisent pour résister par les armes, en forces supplétives de l’armée régulière. On ne trouve pas les mots pour qualifier un tel drame, un tel gâchis, une telle barbarie. C’est la sidération et la rage contre Poutine l’agresseur. De grandes villes d’Ukraine, Kherson, Marioupol, Kharkiv sont quasiment encerclées et des quartiers en flammes… Odessa est à son tour menacée. L’étau se resserre sur Kiev, la capitale et centre du pouvoir, que Poutine veut manifestement renverser. L’autocrate russe a décidé qu’il s’agissait d’un pays de nazis et de drogués… lui dont les députés de son parti, Russie unie, ont honoré de leur présence des congrès du parti de Marine Le Pen. Et tandis que Poutine fait bombarder y compris les zones de sites nucléaires ukrainiens, il a l’indécence de se mettre en scène au Kremlin, samedi 5 mars, entouré d’hôtesses de l’air qu’il a invitées pour un thé. À la barbarie s’ajoute la grossièreté.

Fou furieux, Poutine ?

Peut-être pas, mais beau spécimen de ces dirigeants du monde de la pire espèce. Il règne en autocrate sanglant depuis plus de vingt ans, s’est fait voter en 2020 une révision constitutionnelle pour rester en place jusqu’en 2036. Il est cul et chemise avec la hiérarchie orthodoxe du pays et a fait inscrire la « foi en Dieu » dans la Constitution. C’est un nationaliste forcené. À l’intérieur du pays, il traque toute opposition, étouffe toute liberté démocratique, activité syndicale ou associative.

Il s’est imposé au pays, comme successeur d’Eltsine par la guerre totale déclenchée contre la Tchétchénie, dans le Caucase du Nord, dont il a fait raser sous les bombes la capitale Grozny. En 2014, à la suite de la révolte de Maïdan en Ukraine, il a annexé à la hussarde la Crimée et apporté une aide non négligeable aux séparatistes de la région du Donbass, aux frontières de laquelle il masse depuis des troupes toujours plus nombreuses, menaçant l’Ukraine. Il s’est aussi illustré par une intervention militaire en Syrie, aux côtés du dictateur Assad, par des incursions en Afrique… Certes, tous les dirigeants des grandes puissances ont leurs dictateurs amis, et Poutine était et reste d’ailleurs quelqu’un avec qui Biden et Macron causent, et même continuent à faire des affaires… Les sanctions économiques sont âprement discutées et pesées, en fonction de leurs intérêts capitalistes.

Manifestations et protestations en Russie malgré la répression

Avec la crise économique de 2008, le vent a commencé à tourner pour une Russie dont les hydrocarbures, la finance ou l’agro-alimentaire ont apporté de super-dividendes à une caste d’oligarques – des mafieux qui se sont imposés en affaires après la chute de l’URSS pour devenir des capitalistes presque ordinaires –, mais laissent le gros des classes populaires dans la misère. De telle sorte que depuis une dizaine d’années, Poutine cherche à compenser son impopularité montante par une fuite en avant guerrière. Depuis une dizaine d’années aussi, il est aux prises avec des manifestations et des protestations en Russie, malgré leur dure répression, contre l’absence d’un minimum de libertés démocratiques comme contre la baisse du niveau de vie, entre autres par une réforme des retraites. Le 24 février dernier, jour d’invasion guerrière de l’Ukraine, des milliers de personnes ont manifesté en Russie pour crier leur refus de cette guerre. Oui, si les travailleurs de Russie se dressaient contre une infâme politique guerrière dont ils vont faire durement les frais, eux aussi et pas seulement leurs frères et sœurs d’Ukraine, Poutine n’y résisterait pas longtemps.

Une guerre pas comme les autres

Cette guerre n’est pas plus horrible parce qu’elle a lieu en Europe même, presque « chez nous ». Elle n’est pas plus insoutenable que tant d’autres dans le monde ces dernières décennies. Mais elle marque une bascule parce que les enjeux en sont indéniablement des rivalités entre grandes puissances, et qu’elle peut annoncer des affrontements plus planétaires. C’est certainement le fond de l’affaire.

Le peuple ukrainien qui tente de se défendre, légitimement, contre une brutale agression extérieure, est l’otage d’une situation créée par l’exacerbation de relations entre grandes puissances. Depuis plus de vingt ans, les dirigeants ukrainiens qui se sont succédé ne sont pas plus tendres avec leur peuple que tous les dirigeants de la planète capitaliste, et pas plus démocrates non plus. Mais ils ont été pris en étau entre d’un côté la Russie de Poutine à laquelle ils sont liés par la culture, l’histoire et l’économie, et de l’autre les puissances occidentales. Celles-ci tentent, pour des raisons de profits et d’influence politique, de les ficeler à elles… sans pour autant avoir jamais accepté que l’Ukraine devienne membre de l’UE ou de l’Otan. Il fallait tout de même préserver les bonnes relations, ou plutôt les bonnes affaires, de Total, Renault, Auchan et bien d’autres, avec la grande Russie ! Même si, à l’arrière-plan de la guerre en Ukraine, il y a la pression récente des USA pour « débrancher » au maximum l’Allemagne et le reste de l’Europe de l’approvisionnement en gaz russe, pour favoriser le gaz américain, et bien d’autres enjeux du monopoly capitaliste planétaire.

Macron annonce du sang et des larmes aux travailleurs, pas à Total, Dassault, Thalès et autres marchands de mort !

Venons-en à Macron qui cherche à s’immiscer dans le jeu. Lui et son ministre de l’Économie viennent de partir en guerre… contre nous toutes et tous. Se prenant pour Churchill au début de la Deuxième Guerre mondiale, Macron dans son discours du 2 mars nous a promis « du sang et des larmes ». Encore des sacrifices, l’annonce d’une inflation et d’une paupérisation accrues. Guerre en Ukraine oblige !

À nous aussi une militarisation inquiétante. Des généraux se succèdent sur les ondes pour pointer la faiblesse des armées françaises. Et d’envisager 50 milliards supplémentaires à venir pour l’armée. Ces annonces nationalistes et militaristes sont faites aussi aux travailleurs des USA, de Grande-Bretagne ou d’Allemagne (100 milliards de plus tout de suite !). Le remodelage des échanges internationaux et les tensions militaires vont donc réorienter les économies des pays impérialistes vers des budgets militaires hypertrophiés. On n’entre pas encore en guerre mondiale, mais on se prépare à entrer en économie de guerre. Soit des profits colossaux pour les Dassault, Thalès et autres marchands de mort – dont la France est une des championnes mondiales, derrière les USA et la Russie. Il faut donc s’attendre à des coupes sombres sur tous les budgets sociaux. À une politique anti-ouvrière qui va s’intensifier avec, pour justification, la menace militaire.

Travailleuses et travailleurs du monde, toutes et tous concernés !

Il n’est pas question de se laisser embarquer dans cette nouvelle version de l’union sacrée. Notre solidarité va au peuple ukrainien, aux travailleurs et aux jeunes qui tentent de se dresser en Russie contre cette guerre de Poutine, mais nous ne sommes pas davantage solidaires des Macron, Biden ou leurs fleurons du type Dassault. « Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage », disait Jaurès dans un discours de juillet 1914. Les événements se précipitent sans doute. Il est urgent que s’organise le camp des travailleurs, à l’échelle internationale, pour en finir avec un système capitaliste qui n’est pas seulement injuste et inégalitaire, mais qui est aussi meurtrier et dévastateur.

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