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Accueil > Éditos de bulletins > 1999 > août > 9

Les trains d’atterrissage de l’impérialisme

La mort de deux adolescents guinéens retrouvés gelés dans le logement du train d’atterrissage d’un Airbus de ligne Conakry-Bruxelles est bouleversante. Les deux jeunes portaient une lettre à l’attention des chefs politiques occidentaux, qui au delà de sa forme suppliante, était profondément accusatrice.

Ils y évoquent la misère de cette région et spécialement de la Guinée, un pays où le chômage touche 65 % de la population active, délabré à tous les niveaux. Les infrastructures sont le plus souvent inexistantes et les routes, ponts, chemins de fers, réseaux d’alimentation d’eau et d’électricité qui existent sont à l’abandon. Fréquentes sont les noyades d’enfant traversant les fleuves en pirogue, sur le chemin de l’école souvent trop éloignée du domicile. Car les équipements en écoles et hôpitaux y sont aussi rares que vétustes.

Depuis quelques années sous prétexte de modernisation l’Etat guinéen a lâché la bride à tous les commerces et trafics, privatisé les rares installations industrielles et les réseaux de transport au profit d’ aventuriers attirés par la pratique dite de « cannibalisation des entreprises » en reprenant à prix dérisoires une usine ou un lot de véhicules pour les liquider en pièces détachées.

Et si la guerre ne touche pas la Guinée-Conakry elle-même, le flux permanent de réfugiés de Guinnée-Bissau, du Libéria ou de Sierra-Leone, rappellent les guerres civiles qui ensanglantent ces Etats frontaliers soumis à la vendetta de cliques rivales armées.

Car c’est toute l’Afrique qui connaît ce sort de zone sous-développée. Pourtant l’arriération et la misère qui règnent sur ce continent n’est pas une fatalité ; elle n’est que le résultat direct du pillage de la région par les bourgeoisies européennes ou américaines. L’endettement de l’Afrique noire représente près d’un cinquième de ses revenus. En outre, dramatique est la fuite de la richesse produite par les ouvriers et les paysans africains dans les sous-sols incroyablement prodigues de cette région du monde avec ses gisements de pétrole, de gaz, de minerai, de métal ou de matières précieuses (or, diamant) et ses terres souvent très fertiles comme c’est le cas en Guinée. Les peuples d’Afrique voient les richesses qu’ils produisent enrichir les banques et les trusts commerciaux sans oublier les comptes privés des cliques dirigeantes locales.

Ces dirigeants d’Europe auxquels s’adressaient les deux adolescents, sont eux-mêmes les organisateurs et les garants de ce pillage. Telle la France avec sa « cellule Afrique de l’Elysée », service aussi opaque pour les populations française qu’africaines. La France qui contrôle jusqu’à la monnaie d’une large zone du centre ouest du continent, le fameux franc CFA dont le cours se décide depuis Matignon, comme ce fut le cas en 1994, où sa dévaluation de moitié décidée par Balladur a provoqué un brusque doublement des prix.

Ce sont les mêmes profiteurs de cette situation qui font les lois racistes de contrôle des frontières sans lesquelles tous ces jeunes ne risqueraient pas leur vie en traversées périlleuses. Tandis que c’est à bras ouverts qu’ils accueillent les dictateurs de leurs chasses gardées.

Car la bourgeoisie, en ce qui la concerne, ne connaît pas les frontières et se tient les coudes face aux peuples qu’elle exploite et opprime. Comme c’est en tant que classe que les travailleurs et les pauvres du nord comme du sud pourront s’organiser et lutter ensemble contre leurs oppresseurs communs.

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