Aller au contenu de la page

Attention : Votre navigateur web est trop ancien pour afficher correctement ce site internet.

Nous vous recommandons une mise à niveau ou d'utiliser un autre navigateur.

Archives > Autres archives > Tribunes de la fraction dans l’hebdomadaire « Lutte Ouvrière » > 2000 > avril > 7

Les impérialistes et la bourgeoisie russe félicitent leur zélé serviteur Poutine

7 avril 2000

Comme prévu, Poutine a été élu président de la république en Russie. Les dirigeants des grandes puissances occidentales l’avaient anticipé avec assurance. Ils lui avaient en effet apporté un soutien sans détours et l’ont complimenté de son succès. Ainsi Jospin lui a adressé ses « plus vives félicitations » et l’a assuré de « l’amitié » et du « soutien » du gouvernement français, « dans le succès comme dans les difficultés ». Les gouvernements américains, allemands, britanniques et autres n’ont pas eu plus de retenue. Et cette élection, visiblement jouée d’avance, a été présentée comme une grande victoire pour la démocratie en Russie. Pas question de s’étendre sur la manière dont s’est déroulé le vote en Tchétchénie, où la population a dû voter sous la menace des armes dans les camps de réfugiés. En Ingouchie, dont la population a pratiquement doublé depuis l’afflux des Tchétchènes, le résultat annoncé est de 85 % en faveur de Poutine. Il y a comme une réminiscence des scores brejnéviens... Mais cette fois, comme ces scores vont dans leur sens, les dirigeants des pays riches se gardent bien d’ironiser... Pas question non plus d’insister sur les massacres en Tchétchénie.

Un Poutine aux mains couvertes de sang avec la sale guerre en Tchétchénie est visiblement un homme très fréquentable pour les Etats impérialistes. Il a en effet de leur point de vue de nombreux atouts. Il représente à la fois les intérêts de la bourgeoisie russe et de l’impérialisme en général. Avec la guerre il tente de souder la population russe derrière lui sous la bannière du nationalisme. Dans le but évident de dévier son mécontentement face au développement de la misère : 40 % des Russes doivent survivre avec moins du minimum vital officiel. Pendant ce temps, la nouvelle bourgeoisie continue à s’enrichir et se félicite du redémarrage de l’économie russe. Poutine est le solide serviteur de ceux qu’on nomme les oligarques, il a d’ailleurs été choisi pour avoir évité au clan Eltsine une enquête sur ses malversations financières. Ce ne sont pas ses récentes rodomontades contre les hommes d’affaires qui vont effrayer ceux-ci. Ils savent que ce n’est qu’une mise en scène aux relents populistes, en même temps qu’il promet une aide sociale qu’il n’a pas du tout l’intention d’instaurer. Il a ainsi laissé un de ces grands bourgeois, Berezovski, faire main basse sur 60 % de la production d’aluminium russe malgré une pseudo législation antimonopole. Il consulte régulièrement le patron d’Alfa, puissant groupe financier et pétrolier, sur la politique à mener...

Poutine est en fait chargé de mettre de l’ordre en Russie, d’établir des règles, pour que les capitalistes de tout poil, autochtones ou étrangers, puissent y faire tranquillement leurs affaires. Pas question de gêner véritablement la mafia, qui fait partie de la nouvelle bourgeoisie. Il s’agit au contraire de rendre la Russie attractive pour les mafias étrangères, c’est-à-dire les investisseurs étrangers ! Pour faire régner cet ordre, le nouveau président russe est prêt à tout, comme il le montre en Tchétchénie. Il est en train d’installer un pouvoir fort, qui s’appuie sur l’armée. On a pu voir comment il traitait un peuple en révolte. On peut donc lui faire confiance pour agir de la même manière face à des mouvements dans la classe ouvrière russe, par exemple pour le paiement des arriérés de salaires. C’est pour ces raisons que les dirigeants des pays riches le soutiennent : il applique contre les peuples la même politique qu’eux, pour faire régner l’ordre à l’échelle du monde et faire accepter leur misère à toutes les populations défavorisées.

Il n’est pourtant pas dit que les Russes se laissent faire, même son score peut en témoigner : avec la fraude, le fait que les médias en Russie n’aient parlé que de lui et pas des autres candidats, avec le soutien sans faille des chefs d’Etats et le fait qu’il n’y avait aucune alternative - les autres candidats, y compris celui du soi-disant Parti Communiste, n’étant pas d’une nature différente - faire 52,5 % dans ces conditions ce n’est après tout pas si glorieux ! Il semble que les électeurs en aient eu assez qu’on leur dicte leur choix avec tant de clarté, et ils sont un certain nombre à avoir coché la case « contre tous » du bulletin de vote, qui permet de refuser de choisir un candidat. On parle de montée du nationalisme en Russie avec la démagogie anti-tchètchène du pouvoir. Il est possible que celle-ci ait relativement bien marché jusqu’à présent, mais il ne sera pas possible d’occulter longtemps les problèmes de la population, au moment où le niveau de vie des travailleurs ne cesse de se dégrader...

Lydie GRIMAL

Imprimer Imprimer cet article Réagir Réagir à cet article