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Archives > Autres archives > Tribunes de la fraction dans l’hebdomadaire « Lutte Ouvrière » > 2000 > septembre > 15

Les gros culs... et les faux culs !

15 septembre 2000

Ces camarades ont demandé à se constituer en tendance structurée ou, autrement dit, en fraction.

C’est pourquoi ils s’expriment dorénavant chaque semaine à cet endroit, dans les colonnes de notre hebdomadaire, parfois pour défendre des opinions identiques ou semblables à celles de la majorité, parfois pour défendre des points de vue différents.

Durant cette semaine de « fronde fiscale » des transporteurs routiers, à laquelle se sont joints agriculteurs, ambulanciers, taxis et quelques autres, les directions syndicales ouvrières ont appelé leurs adhérents... à ne rien faire ! Les responsables des fédérations des salariés routiers, dans un communiqué commun CFDT, CGT, FO, CFTC et FNCR, ont demandé aux chauffeurs de ne pas participer aux barrages, dénoncés comme « des actions du patronat routier qui loin de défendre un problème de coût du carburant pour l’ensemble de la population (...) prend la population en otage pour la défense de ses intérêts. » On peut comprendre les réactions des salariés routiers. Mais beaucoup moins celles des responsables confédéraux. Un communiqué de la CGT-Montreuil daté du 7 septembre mettait en garde contre ces « groupes de pression patronaux » défendant des « intérêts totalement étrangers à ceux des salariés » qui plongeraient le pays dans « une situation difficile qui pourrait devenir inacceptable »...

Certes, les transporteurs routiers qui ont pris le relais des marins pêcheurs, appartiennent indéniablement au monde patronal, défendent indéniablement leurs marges de profit, exploitent les salariés de la branche auxquels ils imposent les pires horaires et conditions de travail. Au risque d’accidents. Et au bénéfice des grandes entreprises industrielles ou de commercialisation dont ils sont de fait les sous-traitants.

Certes, les revendications de ce milieu sont loin d’être une baisse des carburants pour tous, mais plutôt une collection d’exonérations de taxes, de primes spécifiques, de subventions particulières, voire pour les taxis d’augmentations de tarifs que les particuliers les moins riches vont payer le plus cher ! Et le gouvernement a donné partiellement satisfaction, et vite, à ce monde patronal et artisanal - et les plus gros d’entre eux en tireront le maximum de bénéfice -, tout en jouant sur la somme de leurs corporatismes. Alors que transporteurs routiers, agriculteurs, ambulanciers, taxis s’étaient agglutinés sur les mêmes barrages, Jospin a fait convoquer leurs représentants séparément, qui au ministère des Transports, de l’Agriculture, de la Santé, de l’Intérieur... pour négocier à des rythmes différents des « solutions » différentes. Tactique du salami d’autant plus aisée que les responsables patentés des catégories en lutte ne demandaient pas mieux que de négocier chacune pour elle-même. Petit monde de rivalités et de concurrences oblige !

Cela dit, « nos » Thibault, Notat et autres Blondel qui ont dénoncé une « situation difficile qui pouvait devenir inacceptable », n’ont pas été les seuls à chanter ce refrain. Ils se sont même retrouvés en sale compagnie. Celle du duo Seillière-Jospin ! Le premier, Seillière, défenseur direct des grandes sociétés, de Citroën à Totalfina-Elf en passant par les géants de la commercialisation, craignant que le blocage n’égratigne leurs profits. Le second, Jospin, en larbin des sociétés ci-dessus, que l’Etat ne cesse d’arroser en pressurant les travailleurs en activité ou au chômage.

Alors bien hypocrites, ces dirigeants de confédérations dites ouvrières qui ont fait chorus avec l’état-major ennemi et ont dénoncé la fronde des patrons pour... ne pas organiser l’offensive nécessaire des travailleurs. Car c’est bien de cela qu’il s’est agi au moment pourtant où le mécontentement est grand dans les classes populaires. La sympathie à l’égard des barrages des transporteurs l’a reflété à sa façon et c’était certainement l’occasion pour la classe ouvrière, si ce n’est de s’y mettre, du moins de manifester clairement et fermement ses propres revendications et sa détermination à user de sa force collective pour les faire aboutir.

Oui, en finir avec cette hausse de quelque 20 % en un an du prix de l’essence que les travailleurs sont les seuls à payer au prix fort. En finir avec ces taxes exorbitantes prélevées par l’Etat et qui pénalisent au premier titre les classes populaires. L’Etat doit faire payer les grandes sociétés, dont les trusts pétroliers. Totalfina-Elf, l’unique mastodonte français de la profession, qui s’est illustré par une catastrophe écologique restée impunie, par l’achat d’hommes politiques africains et français puis de flics pour subtiliser les preuves de ses escroqueries, a réalisé pour le seul premier semestre de l’année 22 milliards de francs de bénéfices, soit 165 % de mieux sur le même trimestre de l’année précédente. Ce n’est qu’un exemple.

Alors puisque les profits et les prix augmentent et que la croissance est claironnée, en finir avec le blocage des salaires. Et pourquoi pas les indexer sur l’augmentation des profits patronaux, en particulier ceux de Totalfina-Elf.

En finir avec une politique contre les chômeurs mais pas contre le chômage et en particulier avec ce projet de PARE qui consiste à imposer aux chômeurs n’importe quel travail, à n’importe quel prix sous peine de leur couper les indemnités. Ce que les confédérations syndicales, malgré leurs contorsions et leurs grimaces, semblent bien près de toutes signer.

Dans ce contexte où même des patrons prennent le coup de sang, les travailleurs ne peuvent faire moins ! Ils doivent lutter pour eux-mêmes, pour leurs revendications qui, à la différence de celles des patrons, correspondent à celles de toute la collectivité. Exploiteurs mis à part.

Mais plutôt que de profiter des querelles de la classe adverse pour proposer ces objectifs propres aux salariés, nos hypocrites dirigeants syndicaux ont préféré prendre partie pour un camp patronal contre l’autre. Et comme par hasard, celui des grands patrons et du gouvernement.

Michelle VERDIER

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