Les faux-culs de la gauche gouvernementale
30 mars 1998 Éditorial des bulletins L’Étincelle
Une bonne partie de la population s’inquiète à juste titre du poids croissant du Front National sur la vie politique française. Mais comment combattre l’influence de ce parti aussi raciste et xénophobe qu’anti-ouvrier ? Certainement pas en comptant sur la gauche gouvernementale.
Samedi dernier, celle-ci appelait à manifester dans la rue contre Le Pen. Dans le même temps Chevènement envoyait sa police contre les travailleurs immigrés sans papiers, usait de la matraque et expulsait par charters. La semaine précédente, c’était en Nouvelle Calédonie qu’il s’en prenait aux « boat people ».
Alors, ils ont vraiment bonne mine ces politiciens de gauche qui se pavanent en tête de manifestations anti-Lepen avec drapeaux bleu-blanc-rouge et en chantant la Marseillaise comme pourraient le faire un Pasqua, Debré ou Seguin, et ne songent qu’à récupérer les présidences régionales qui leur sont passées sous le nez ! Elle a bonne mine, cette gauche qui tend la main à la droite pour n’envisager, comme seule mesure pour « barrer la route à l’extrême droite », que de supprimer la proportionnelle aux élections qui en bénéficient encore, ce qui n’aurait comme conséquence que d’empêcher l’élection... des candidats d’extrême-gauche ! Comme si la suppression de la proportionnelle aux législatives de 1988, qui certes avait fait passer le FN de 35 députés à zéro, avait empêché la montée de l’influence de l’extrême-droite !
Elle a bonne mine, cette gauche bourgeoise et patronale qui en appelle à « l’honneur de la droite », mais qui au gouvernement se refuse aux seules mesures qui couperaient l’herbe sous le pied de Le Pen, en s’attaquant au chômage, au désespoir des jeunes, à l’abandon des banlieues ouvrières.
Et puis, cette gauche au gouvernement qui voudrait nous promener dans les rues derrière elle pour redorer son blason, quel camp choisit-elle ? Les chômeurs en lutte qui campent sur la place de Jaude, à Clermont ? Elle les fait évacuer ! Les enseignants de la Seine Saint Denis qui font grève pour réclamer des moyens supplémentaires dans un département où les enfants d’ouvriers étudient dans des conditions catastrophiques ? Elle les insulte : « il est plus facile de manifester que de retrousser ses manches, il y a des attitudes irresponsables qui nourrissent le Front National » a déclaré Allègre. On comprend que ces enseignants en lutte soient venus samedi à Paris manifester, oh, pas sagement derrière les organisateurs, mais en obligeant les officiels du PS à passer entre leur rangs aux cris de « Allègre démission » !
On la voit venir, cette gauche respectueuse, qui voudrait nous demander de renoncer aux luttes en calomniant les grévistes, quels qu’ils soient, au nom de son unité de pacotille contre le Front National !
Ne nous laissons surtout pas prendre au piège d’un tel chantage. La seule façon de faire pièce à l’enracinement du Front National et de ses émules, de redonner une boussole aux travailleurs qui se laissent prendre à la sale démagogie de ceux qui les incitent à s’en prendre à plus pauvres qu’eux, ce n’est certainement pas de se laisser démobiliser, comme en 1981, par la gauche au gouvernement, ni de se laisser promener par elle. C’est de montrer la force du monde du travail, sa combativité et sa capacité à s’unir dans les luttes, à se faire respecter des gouvernements de droite comme de gauche et à renverser le rapports des forces sociales en sa faveur.
Il suffit de voir comment la mobilisation des chômeurs, ces derniers mois, à elle seule, à déjà redonné confiance à bien des travailleurs, avec ou sans emploi. On n’a plus beaucoup entendu les aboyeurs du Front National devant la sympathie générale qu’ont rencontré les chômeurs en lutte.
Oui, nous vivons aujourd’hui une situation d’injustice sociale intolérable qui exige des solutions radicales, quitte à avoir recours aux grands moyens, ceux des grandes luttes sociales quand elles deviennent irrésistibles. La poussée de l’extrême-gauche aux dernières élections régionales montrent qu’une partie de l’opinion populaire en est parfaitement consciente. De la conscience aux actes, il n’y a pas forcément très loin. C’est la voie de l’espoir.

