Aller au contenu de la page

Attention : Votre navigateur web est trop ancien pour afficher correctement ce site internet.

Nous vous recommandons une mise à niveau ou d'utiliser un autre navigateur.

Accueil > Éditos de bulletins > 1998 > avril > 6

Parents licenciés, jeunesse sacrifiée, cela ne peut plus durer !

A leur quatrième semaine de grève les enseignants de Seine Saint-Denis n’ont pas dit leur dernier mot puisqu’une nouvelle manifestation est prévue pour ce mardi. Leur détermination est déjà une victoire sur le ministre Allègre : la résignation ne dure qu’un temps et ceux qui ont commencé à se battre sont loin d’être découragés.

Il faut dire que les raisons de manifester sa colère ne manquent pas. Et pas seulement dans le 93 ! Mais dans tous les établissements, dans les quartiers populaires notamment où les conditions de travail ne cessent de se dégrader parce que les effectifs sont notoirement insuffisants et parce que l’Etat-patron refuse, comme les patrons du privé, d’embaucher. Les enseignants ne sont pas seuls : les lycéens eux aussi sont descendus dans la rue et les parents d’élèves soutiennent activement cette grève. Car tous font le même constat : « l’égalité des chances » comme « le droit au travail » n’existent que dans les discours. La réalité, pour ceux qui n’ont pas eu la chance d’être nés dans les beaux quartiers, ce sont des études au rabais et de plus en plus souvent le chômage ou des petits boulots à la sortie.

Allègre commence certes à en rabattre un peu. Après avoir fait la sourde oreille et roulé des mécaniques, il semble faire quelques concessions. Du moins en apparence. Car il n’entend pas débourser un centime de plus : les moyens qu’il promet, il veut les prendre ailleurs. De quoi inquiéter les enseignants des autres départements qui ne sont pas forcément mieux lotis : à l’échelle du pays il manque déjà des dizaines de milliers de postes d’enseignants, et aussi des milliers de postes d’infirmières, de secrétaires, de femmes de service et d’ouvriers d’entretien, tous indispensables à la bonne marche des établissements scolaires. Il faudrait recruter massivement. Mais le gouvernement actuel préfère laisser au chômage des dizaines de milliers de jeunes, pourtant compétents et prêts à travailler.

C’est vrai à l’Education Nationale, dans tous les services publics, dans toutes les entreprises : partout la charge de travail a augmenté parce qu’il n’y a pas assez de personnel. L’Etat rogne sur les effectifs mais il distribue l’argent aux patrons sous prétexte de « lutte contre le chômage ». Ces derniers rognent eux aussi sur les effectifs tout en empochant le pactole afin d’augmenter toujours plus leurs profits. Le résultat est une véritable catastrophe sociale.

Mais ce qui apparaît de plus en plus clairement, c’est que le gouvernement n’entend pas combattre une telle situation. Il se contente de proposer aux patrons ses emplois flexibles et ses emplois au rabais, menant de fait une véritable guerre, enrobée de quelques bonnes paroles, non pas contre le chômage mais contre les travailleurs.

Allègre, qui n’est pas à un dérapage près, a osé affirmer que ce sont les enseignants en grève qui font le jeu du Front National. Alors que c’est en se battant pour plus d’égalité et de justice qu’on pourra réellement faire reculer le danger de l’extrême-droite. Pas en entretenant la misère comme le fait Allègre ! Pas, comme le fait Chevènement, en expulsant quelques travailleurs sans-papiers, menottés, garrottés, bâillonnés, au mépris de leurs droits et de leur dignité comme des promesses qui leur avaient été faites !

La grève des enseignants n’est pas tombée du ciel. Il y a d’abord eu quelques conflits isolés. Puis une dizaine d’établissements ont pris le temps de se coordonner, lançant un mouvement qui a fini par s’étendre à tout le département. Cela n’a pas été facile : il a fallu pour les grévistes vaincre les réticences voire l’hostilité des directions syndicales, s’organiser à la base, se rassembler dans chaque établissement, dans chaque ville, établir un lien au niveau de tout le département, afin de contrôler leur mouvement.

Nul ne sait encore si les enseignants auront la force cette fois de poursuivre leur mouvement jusqu’à la satisfaction de toutes leurs revendications. Mais ce qu’ils ont commencé à faire, il faudra bien le continuer un jour tous ensemble, dans l’Education nationale, mais aussi tout le public et le privé. Pour en finir avec la misère, le chômage et le danger de l’extrême-droite.

Imprimer Imprimer cet article