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Le peuple palestinien est en deuil, mais les grandes puissances sont en manque

16 novembre 2004

A peine Arafat décédé, la presse s’est empressée de souligner la chance que serait sa disparition pour la paix en Palestine, si les grands de ce monde savaient la saisir et en convaincre Sharon.

Selon l’éditorialiste de Libération, libérés de la « figure tutélaire mais paralysante » d’Arafat, ses successeurs « ne peuvent camper dans l’impasse sanglante d’une Intifada qui n’a pas la moindre chance de faire reculer Israël ». Même son de cloche dans le journal américain New York Times, pour qui « la sortie d’Arafat », après l’élimination de Saddam Hussein serait « une véritable opportunité pour le monde arabe ». Plus prudent et jouant l’impartial, Le Monde se demande s’il existe « du côté israélien comme du côté palestinien » des dirigeants qui croient suffisamment aux compromis nécessaires et « ont le courage de les imposer » à leurs peuples.

Ces espoirs reflètent l’inquiétude des gouvernants des grandes puissances, qu’aucun successeur potentiel d’Arafat n’ait assez d’influence pour faire accepter au peuple palestinien misère et relégation dans des ghettos.

Et tous de spéculer sur le « meilleur » successeur : Abou Mazen, premier ministre considéré comme modéré qui remplace Arafat à la tête de l’OLP ? Ou son antithèse Farouk Kaddoumi, opposé aux accords d’Oslo, qui dirige désormais le Fatah ? Ou encore le moins connu des trois, Rahoui Fattouh qui assure la présidence par intérim de l’Autorité palestinienne ? Ou faudrait-il faire appel au leader semble-t-il le plus populaire, Marouanne Barghoutti, qui croupit dans les geôles israéliennes ? Enfin le Hamas et le Jihad islamique accepteront-ils, cette fois, de participer aux élections et partager les responsabilités gouvernementales, plutôt que de récupérer le mécontentement de la population et plus particulièrement des jeunes en apparaissant comme les plus radicaux poursuivant les attentats contre Israël ?

En attendant, les dirigeants israéliens poursuivent leur politique d’apartheid, symbolisée par la construction du mur.

Des compromis acceptés par ses dirigeants, le peuple palestinien en a payé plusieurs fois le prix. A l’époque où pourtant sa révolte soulevait la solidarité des peuples de la région, mais où l’alliance des dirigeants de l’OLP avec les gouvernants des Etats arabes a permis, en 1970, au roi de Jordanie d’écraser les camps de réfugiés palestiniens sur son territoire. Cinq ans plus tard au Liban, il n’était pas question non plus de lier la lutte des Palestiniens avec les habitants des quartiers pauvres en révolte et aux prises avec les milices d’extrême droite. Puis dans les années qui ont suivi on assista à l’évacuation des combattants de l’OLP, sous l’égide des troupes « d’interposition » des grandes puissances et aux massacres de 1982 dans les camps de réfugiés, désarmés, du Sud-Liban.

La seule concession au peuple palestinien, en 1993, à la suite de la révolte des pierres qui rendait de plus en plus difficile l’occupation israélienne, la reconnaissance par les accords d’Oslo du principe d’un état palestinien, même s’il ne s’agissait que d’un embryon d’Etat morcelé en plusieurs territoires isolés, n’a été qu’une tromperie. A peine Arafat rentré dans les territoires dont on lui concédait le contrôle, avec son administration et surtout sa police pour mettre fin à l’Intifada, les exigences du gouvernement israélien vis-à-vis de la nouvelle autorité palestinienne se sont multipliées. Malgré son prix Nobel de la paix, le président palestinien s’est retrouvé à nouveau rejeté, son quartier général plusieurs fois bombardé, sous prétexte qu’il était incapable de mettre fin à la révolte palestinienne et d’empêcher la surenchère des groupes reprenant la politique d’attentats. Alors qu’Israël multipliait les implantations de colons et étranglait de plus en plus les territoires concédés.

Les gouvernements israélien et américain, qui avaient mis Arafat au banc des accusés, bichent en apparence mais se demandent néanmoins par qui le remplacer.

Pour le peuple palestinien, l’issue ne réside ni dans le parrainage d’un Chirac ou d’un Bush remettant sur le tapis la promesse d’un Etat, ni dans les fractions rivales, alliées ou non, du mouvement nationaliste qui aspirent à le diriger. Il ne peut avoir espoir que dans sa lutte. Si elle devient celle d’opprimés qui, loin de s’enfermer dans le nationalisme, savent accroître leur force en s’adressant aux autres opprimés de la région, ceux des autres peuples arabes bien sûr, mais aussi les pauvres d’Israël qui n’ont rien à gagner à l’oppression du peuple palestinien, si ce n’est de vivre en permanent état de guerre.

Aujourd’hui que l’impérialisme met à nouveau le Moyen-Orient à feu et à sang, il a toutes les raisons de craindre la révolte des peuples.

Olivier Belin

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