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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 114, septembre-octobre 2017 > Films

Le jeune Karl Marx

5 octobre 2017 Convergences Culture

Le jeune Karl Marx

de Raoul Peck

Le 27 septembre, dans tous les bons cinémas


Combien de portraits de Marx en vieux barbu ont pu être imprimés au XXe siècle, bien souvent en la compagnie douteuse de Staline et de Mao ? On en viendrait à oublier que Marx a eu une jeunesse. Militante, révolutionnaire, et combien inspirante.

En 1842, aux débuts de l’ère industrielle, les paysans forment encore la grande majorité de la population. Le journaliste allemand de 24 ans vient de publier une série d’articles sur les débats au parlement rhénan concernant le « vol » de bois mort dans les forêts. Le jeune Marx s’intéresse à la suppression d’un droit hérité du Moyen Âge, autorisant la population à ramasser du bois pour se chauffer. Le film s’ouvre sur les images terribles de la répression sauvage des paysans dans la forêt. Les articles de Marx dans La Gazette rhénane (Rheinische Zeitung, publiée à Cologne) sont plus que ce que peuvent supporter les autorités : le journal est interdit et Marx doit fuir à l’étranger. Après ces premières scènes illustrant l’éclosion de Marx à la vie politique, on fait connaissance du jeune dandy Engels, fils d’un industriel prospère de Manchester, qui tombe amoureux de l’ouvrière qui s’est rebellée contre le patron. Laquelle, magnifique Mary Burns, introduira Engels dans le milieu des révolutionnaires irlandais.

Marx, aux côtés de sa compagne Jenny, tout aussi engagée, entreprendra rapidement avec Engels la construction d’une organisation ouvrière internationale. Le film montre avec humour les débuts de cette extraordinaire amitié et collaboration théorique, politique et militante.

En 1845, au sortir d’une nuit très arrosée avec Engels (du moins dans le film), Marx décrète que les philosophes, n’ayant fait jusqu’à présent « qu’interpréter le monde de différentes manières… il s’agit maintenant de le transformer ». Comme toute la philosophie de Marx, cette phrase, qui – bien que n’ayant jamais été publiée de son vivant – passe pour l’une de ses plus géniales, n’était pas facile à porter à l’écran. Le réalisateur a trouvé une solution ! Au point que bon nombre des quelque 500 spectateurs subjugués entassés dans la grande salle de l’université d’été du NPA, en août dernier, terminèrent à haute voix la citation avec enthousiasme !

Sur le terrain, Marx et Engels ne sont pas les seuls anticapitalistes (dirait-on aujourd’hui) de l’époque. Proudhon, qui vient de prononcer son célèbre anathème « la propriété, c’est le vol », cherche alors une « solution du problème social » à travers une nouvelle « organisation du crédit ». Avec l’insolence de la jeunesse, Marx rétorque que la formule ne tient pas debout et répond au livre de Proudhon La Philosophie de la misère, par un pamphlet intitulé Misère de la philosophie. Débats théoriques mis à part, Marx veut faire de Proudhon le correspondant français de l’organisation internationale. Du haut de sa célébrité, et avec des répliques authentiques (extraites d’une lettre de Proudhon à Marx) Proudhon envoie promener gentiment le jeune Marx, de neuf ans son cadet. Parmi les militants qui participent à la formation de la future Ligue des communistes, le tailleur Weitling est le mieux incarné.

Suite à la projection de son film à l’université d’été du NPA, Raoul Peck a expliqué de façon très convaincante qu’il avait voulu faire à la fois un film historiquement fidèle et néanmoins populaire. Pari plus que réussi. Le film se termine sur une scène en 1848 où les deux amis peaufinent la rédaction du Manifeste du parti communiste, où il est question « … des eaux glacées du calcul égoïste ». De quoi se précipiter sur la lecture (ou la relecture) du manifeste en question. Peut-on alors qualifier un tel film de marxiste ? Qu’importe : en sortant de la séance, on est certainement mieux armé pour la révolution !

Laurent VASSIER

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