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Novillars (dans le Doubs)

Le Covid-19 et ses conséquences en psychiatrie

6 avril 2020 Article Entreprises

(Photo : banderole du personnel de Novillars en lutte, février 2014, devant l’ARS)

L’hôpital psychiatrique de Novillars (près de Besançon), désormais dénommé Centre hospitalier spécialisé (CHS) s’organise comme les autres hôpitaux, au jour le jour. Comme partout, rien n’a jamais été anticipé et rien n’est réellement réfléchi, puisque les ordres viennent d’en haut et sont donnés par des gens qui ne sont pas médecins et encore moins psychiatres.

Une unité spécialisée

Lorsque les autorités se sont aperçues que nous allions faire face à une crise sanitaire, la direction a demandé à ce que les services d’admission vident au maximum les patients pour faire de la place. Ils ont transformé un premier pavillon en unité de « cohorting » [1], afin de recevoir des patients infectés par le Covid-19, afin de soulager le CHRU (Centre hospitalier régional universitaire). Cela a créé une certaine panique chez les soignants, car nous ne faisons pas de soins généraux, à part la bobologie, et nous avons perdu une partie de ces compétences. D’autre part se posait, comme dans tous les hôpitaux, le problème des protections. L’hôpital avait quelques masques FFP2 en réserve, mais peu et en partie périmés.

Pour l’heure, surtout des lits vides

Il a été précisé plus tard que cette unité de « cohorting » était destinée à rassembler des patients présentant des problèmes psychiques. Cela pose un autre souci, et de taille : pourquoi les personnes malades psychiquement ne pourraient-elles pas bénéficier de soins de qualité au même titre que le reste de la population ? Sans compter que cette unité n’a pas de chambre d’isolement et qu’en cas de comportements à risque chaque unité doit garder ses patients agités.

Ce pavillon a été doté d’un personnel conséquent : trois soignants par équipe, nuit comprise, plus une de journée. Dans la réalité, cette unité a pour l’instant reçu des patients au compte-gouttes, suspectés d’être infectés, mais qui ne l’étaient pas au vu des résultats des tests. Ainsi, il y a eu, au maximum, deux patients en même temps. Du coup, l’unité de « cohorting » ne garde pour l’instant que des lits, ce dont tout le monde se félicite. Néanmoins, les collègues souffrent, car même avec un ou deux patients, les conditions de travail sont compliquées : il faut s’habiller comme dans les unités infectées au CHU, ce qui reste pénible, et ce service fonctionne avec du personnel qui tourne en permanence, où les soignants ne se connaissent pas la plupart du temps…

Les salariés qui avaient posé des congés pour partir quelques jours en avril ont dû les maintenir et rester confinés chez eux. Les ASH, chargées entre autres du nettoyage et de l’entretien, ont été débordées pendant quelques semaines, avant que la direction finisse par embaucher quelques personnes. Les choses sont gérées au jour le jour.

Autre difficulté, les soignants ont eu beaucoup de mal à faire garder les enfants. Beaucoup de nounous ont refusé et certains villages n’ont pas voulu ouvrir leurs structures comme prévu.

Les autres pavillons en effectif minimum

Et cela a entraîné des conséquences importantes sur le reste de l’hôpital. Tout d’abord, les autres pavillons ont été dépouillés de leur personnel pour faire ce que l’hôpital appelle une « réserve » de personnel. Les agents sont donc dans les unités ou payés pour être chez eux, mais d’astreinte en cas de besoin. De plus, l’hôpital a finalement recensé les agents présentant des risques importants dus à leur état de santé qui doivent rester chez eux ou éviter ce pavillon de « cohorting ». L’hôpital compte aussi beaucoup d’arrêts maladie, 50 dans les deux ou trois jours après qu’il a été décidé d’ouvrir cette unité. Mis à part l’unité « cohorting », les autres unités sont donc en tension.

Ainsi les autres pavillons fonctionnent en effectif minimum depuis plusieurs semaines, avec des patients dont l’angoisse monte. Angoisse due peut-être à l’actualité anxiogène, mais surtout au fait qu’ils ne peuvent plus avoir de visite, que les grilles sont fermées, que le personnel est moins disponible et qu’ils ne peuvent pas sortir des unités, ou seulement accompagnés et uniquement dans le parc. Et comme nous sommes dotés de vieux ordinateurs, les patients ne peuvent pas communiquer avec leurs proches en visio, mais juste au téléphone.

Dans les unités extérieures

Pour l’extra-hospitalier, la situation est très tendue. Les collègues qui travaillent dans les centres médico-psychologiques (CMP) [2] ont vu leur nombre diminuer drastiquement pour aller en renfort dans les unités, notamment celle de « cohorting ». Seule la moitié des effectifs reste. Mais comme les aides extérieures qui dépendent d’organismes publics ou privés se sont bien souvent arrêtées (aides ménagères, etc.) les collègues doivent, dans les cas d’urgence et de détresse, en plus de leur travail habituel, aller chez des patients faire le ménage et des courses, c’est-à-dire des heures de queue.

La détresse des patients, seuls, isolés et confinés

Ce qui est le plus grave, et médecins et soignants avertissent la direction depuis de nombreux jours sans réponse, c’est la situation sur les patients. Ceux-ci n’ont plus l’aide et l’assistance à domicile qui leur permettaient de vivre dehors, vu que la direction a fait pression sur les médecins pour vider au maximum les services, et que les structures extérieures ont réduit considérablement l’accueil des malades. Sans compter que les services enfants ont fermé. Tous ces patients, qui avaient besoin de l’hôpital pour vivre, se retrouvent donc seuls, isolés et confinés dans des appartements minuscules (ils n’ont que l’Allocation aux adultes handicapés pour vivre), sans aide de femme de ménage, ni personne pour les courses. Les consultations sont presque toutes arrêtées, les entretiens se font par téléphone…

Nous recevons de nombreux appels téléphoniques de patients très angoissés. Les médecins tirent donc la sonnette d’alarme depuis des semaines, craignant qu’une grande partie de ces patients ne décompense et qu’on les voie d’ici quelque temps arriver en masse à l’hôpital, très malades, et sans moyen de les prendre tous en charge (un lit sur deux a été supprimé en 20 ans en psychiatrie). Une seconde catastrophe sanitaire qui s’annonce.

Correspondante


[1Regroupement. L’anglais est à la mode chez les « gestionnaires », même dans les hôpitaux !

[2Unités de coordination et d’accueil en milieu ouvert dépendant de l’hôpital, organisant des actions de prévention, de diagnostic, de soins ambulatoires et d’interventions à domicile.

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