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Le PS et le PC sont au gouvernement, le Front National est en embuscade

1er juillet 1997 Politique

La gauche a donc gagné les élections législatives que Chirac a choisi d’avancer d’un an pour donner les meilleures chances à la droite. Une majorité de sièges pour la gauche a installé une coalition gouvernementale PS-PC-Verts-PRS-MDC où bien évidemment les ministres socialistes, derrière le Premier ministre Jospin, dominent. Mais fait notable, cette « victoire » de la gauche n’a pas suscité beaucoup d’illusions dans le monde du travail. Dans les milieux militants surtout, s’exprime la crainte que le Front National profite de la politique anti-ouvrière du nouveau gouvernement et du mécontentement qu’elle engendrera.

La situation qui s’ouvre est effectivement du pain béni pour le Front National. Le Pen est en embuscade. D’autant que ces élections n’ont exprimé aucune poussée à gauche sur le terrain électoral et que le FN y a vu son influence confirmée. Son député, le maire de Toulon Jean-Marie Le Chevallier, puisque le FN n’en a qu’un seul avec 15,24 % des suffrages dans le pays, peut se flatter d’être « le véritable poids lourd de l’opposition » dans l’hémicycle, puisqu’à lui seul en effet, il est porte-parole de près de 4 millions d’électeurs (3 773 901 exactement).

Aucune poussée à gauche, et une droite toujours plus extrême.

La victoire de la gauche est en effet toute relative. Le Parti socialiste a certes recueilli au premier tour 25,5 % des suffrages exprimés, soit 8 points de plus qu’en 1993. Mais les scores de 1993 (17,31 % aux législatives, soit près de la moitié des 31,04 % des législatives de 86), étaient particulièrement bas. Les dirigeants socialistes avaient essuyé la sanction brutale de leur politique d’austérité, de chômage, sur fond d’« affaires » de sang contaminé et d’argent contaminant. Et le PS ne dépasse pas aujourd’hui les 30 %, sauf si on lui ajoute les scores des Verts et de quelques autres.

Le PC, lui, avec 9,91 % des suffrages exprimés, frise la barre des 10 % mais ne la dépasse pas. C’est presque un point de plus qu’aux législatives de 1993, mais le PC ne retrouve ni les 11,2 % des Européennes de 1984, ni les 15-16 % de 1981 et a fortiori les 20 % des années soixante-dix.

La gifle que le PS avait reçue en 1993, c’est la droite gouvernementale qui l’a eue cette fois-ci. Pour les mêmes raisons. Les partis de la majorité gouvernementale derrière Chirac-Juppé ont reculé de 8 points par rapport à 93. Et si on s’en tient à cette comparaison entre les scores des partis de l’ancienne majorité gouvernementale et ceux de la nouvelle, on constate que l’alternance du discrédit et le balancier de la sanction ont joué à plein et fait perdre aux uns ce que les autres ont gagné.

Mais ce serait un peu vite se féliciter d’une prétendue « victoire de la gauche » et oublier les 15,24 % d’un FN extrêmement de droite. Si on compte ces scores-là où il se doit, la droite reste majoritaire électoralement dans le pays, au premier tour comme au deuxième. Au premier tour et en laissant de côté les 2,22 % de l’extrême gauche et les 2,72 % d’écologistes qui n’avaient pas passé d’accord avec le PS, la gauche (PS et PRS, PC, Verts, MDC et divers gauche) a totalisé 42,25 % des suffrages exprimés, contre 35,78 % à la droite (RPR, UDF, LDI et divers droite). Mais le Front National a fait 15,40 % des voix, ce qui porte à plus de 50 % les votes à droite. Au second tour, en « métropole » (comme dit Le Monde dont les chiffres sont tirés), la gauche a totalisé 48,28 % des suffrages exprimés, la droite 46,02 % et le Front National 5,70 %, ce qui porte là encore les scores de la droite à plus de 50 %. Face à la droite et à l’extrême droite, aux deux tours, la gauche est donc restée minoritaire et elle n’a progressé que d’un point par rapport aux 47,32 % de Jospin au second tour des présidentielles de 1995.

Evidemment, Le Pen est apparu comme plus redoutable à ses concurrents de droite qu’à ses adversaires de gauche dans ces élections. La droite et l’extrême droite se disputent traditionnellement une bonne partie du même électorat. C’est la même famille, même si elle compte pas mal de faux-frères. Et en la circonstance, c’est elle qui, aux rênes de l’État, a accusé l’usure et le discrédit dont Le Pen n’a pas voulu payer une once. C’est donc elle qui a été prise pour cible par le FN. C’est elle qui a été pénalisée par le maintien des candidats du FN au second tour dans 132 sur les 133 circonscriptions où ils dépassaient le seuil nécessaire des 12,5 % des inscrits. Et le fait que par calcul politique, précisément pour marquer le maximum de points contre la droite concurrente, Le Pen ait largement appelé à « sortir les sortants » et autres formules du genre « Chirac, c’est Jospin en pire », déjà avancée en 1995, explique en grande partie que, selon des sondages, moins de 50 % des électeurs FN du premier tour aient reporté leurs voix sur les candidats de droite.

On ne peut donc pas dire que ces élections aient marqué une poussée à gauche. La droite n’est plus au gouvernement, certes, mais la tactique politique du FN y a fortement contribué.

De meilleurs scores pour le FN dans un milieu ouvrier déboussolé.

Ces législatives de 1997 ont ressemblé à celles de 1986 et 1993 : à chaque fois, la majorité sortante a été battue, parce qu’une frange de l’électorat, somme toute assez faible, a basculé de l’autre côté pour la sanctionner pour son incapacité à résoudre les problèmes et d’abord celui du chômage. A chaque fois, il y a donc eu l’alternance. Alternance des équipes au gouvernement, mais permanence de la même politique pro-patronale qui a enrichi les plus riches et paupérisé, voire licencié les travailleurs. A chaque fois, le FN a pu profiter du discrédit des uns et des autres, en engrangeant une partie des voix des « déçus de la droite » ou des « déçus de la gauche ». A chaque fois, le FN s’est fait porte-voix plus puissant des sentiments nauséabonds que le chômage et la misère font remonter à la surface : racisme, chauvinisme, intégrisme religieux, prétendu sens de l’ordre et de la discipline, particulièrement bien partagés chez certains petits cadres, petits chefs, boutiquiers ou patrons de bistrot, comme chez une partie de leur clientèle ouvrière, habituée de leurs comptoirs. C’est cette « dynamique » qui a permis à l’extrême droite de progresser de façon à peu près continue dans l’électorat depuis quinze ans. Gouvernements de gauche et de droite se sont succédé pour faire la politique du patronat et appauvrir les classes populaires, et Le Pen s’est contenté de spéculer à la baisse de leur crédit. N’importe quel aventurier de la finance comme de la politique vous dira que ça peut rapporter.

Résultat : le FN est bel et bien là. Avec 15,24 % des voix, il a obtenu son meilleur score national, en améliorant de plus de 2 % les 12,69 % des législatives de 1993.

Une démagogie d’extrême droite fascisante qui fait pression sur la droite... et sur la gauche.

C’est en octobre 1972 qu’était créé le Front National. Autour du politicien Jean-Marie Le Pen, député poujadiste de Paris de 1956 à 1958, se regroupèrent une poignée d’anciens pétainistes, d’anciens paras des guerres coloniales perdues (dont Le Pen et Holeindre, toujours à la tête du FN), d’anciens de l’OAS (dont Susini, aujourd’hui directeur d’une société de sécurité et qui s’est présenté dans la 4e circonscription des Bouches-du-Rhône) et des étudiants de groupuscules d’extrême droite, Occident et Ordre Nouveau (dont quelques membres sont toujours au FN, mais d’autres, comme Madelin ou Longuet, ont atterri à l’UDF ou au RPR). Anti-communistes, colonialistes, militaristes, tels étaient leurs titres de gloire. Aux élections législatives de 1973, le Front National se présenta dans une centaine de circonscriptions où il fit des scores infimes. A l’élection présidentielle de 1974, Jean-Marie Le Pen recueillit 0,75 % des suffrages exprimés (189 304 voix). A celle de 1981, il ne se présenta pas.

C’est en fait sous la gauche au pouvoir qu’il engrangea ses premiers succès, lors des élections municipales de 1983. Et aux Européennes de 1984, c’était la percée, avec plus de 11 % des voix. L’accentuation du chômage et la déception des classes populaires devant la politique des socialistes et communistes au gouvernement, avaient vite poussé à un geste protestataire fruste qui, avec des hauts et des bas, ne cessa plus de se renouveler au fil des diverses consultations électorales.

Il faut rappeler que Mitterrand n’avait pas dû sa victoire en 1981 a une radicalisation à gauche sur le terrain électoral, mais plutôt à un mouvement vers le centre : c’est le déplacement au second tour de quelque 300 000 voix d’électeurs de Chirac vers lui qui ont fait la différence. De l’autre côté, le PC passait de 20 % à 16 %, autre manifestation de l’absence de radicalisation. La rapacité de la bourgeoisie dans la crise commençait à avoir ses effets, le million de chômeurs semblait monstrueux à l’époque, et avec le chômage et la misère, la gangrène du racisme gagnait du terrain. Des attentats racistes avaient marqué les dernières années du règne de Giscard. Le Pen marqua donc des points par la démagogie la plus facile, la démagogie anti-immigrés, celle qui consistait à amplifier les imbécillités que beaucoup pensaient tout bas. Et comme le coup d’essai fut une réussite, Le Pen ne se priva pas de continuer. Les succès électoraux du FN lui viennent à ce jour pour l’essentiel du hochet qu’il agite du « trop d’immigrés ». Rien de plus faux évidemment. La France ne compte pas plus de travailleurs étrangers, et plutôt moins aujourd’hui qu’à d’autres époques du passé. Mais l’extrême droite n’a jamais fait dans la dentelle. En ce qui concerne Le Pen, le mensonge est d’autant plus efficace qu’une partie déboussolée de la classe ouvrière et des petits boutiquiers et assimilés ne demande qu’à être bercée de ses propres préjugés.

La démagogie de Le Pen a eu un écho indéniable parmi les hommes politiques de toute obédience qui lui ont emboîté le pas et ont confirmé que l’immigration serait un « problème ». Repris d’autant plus vite par les grands partis - au pouvoir comme dans l’opposition - que ce prétendu « problème de l’immigration » était un exutoire au problème

réel. Montrer du doigt les immigrés, les sans- papiers, en faire les boucs-émissaires du chômage et de la misère, c’était une façon de dédouaner les vrais responsables, c’est-à-dire les licencieurs, les profiteurs... et les gouvernements à leur service.

Certes, les gouvernements n’avaient pas attendu Le Pen pour durcir, pour ces raisons mensongères et démagogiques, l’arsenal des lois répressives contre les travailleurs immigrés. Déjà sous Giscard, l’arrêt de l’immigration avait été annoncé à son de trompes. Et la gauche a persisté et signé une politique de la même eau. Sur fond de licenciements massifs dans la sidérurgie, dans l’automobile, dans l’électronique, dans les mines, vint le renforcement du « contrôle de l’immigration », l’instauration des certificats d’hébergement en 1982. Prenant le relais en 1986, la droite a durci à nouveau l’arsenal des lois contre les immigrés « irréguliers », en inaugurant les premiers charters pour le Mali. Elle renchérissait d’autant que Le Pen, avec sa démagogie, avait commencé à mordre sérieusement sur son électorat.

Alors que la droite au gouvernement prenait ce type de mesures pour flatter l’électorat la plus sensible à la propagande du FN, l’opposition de gauche protestait mollement et rajoutait son couplet sur les prétendus seuils de population immigrée qu’il ne faudrait pas dépasser.

Les dispositifs contre les immigrés ont régulièrement été aggravés. Hormis par une fournée de « régularisations » au début des années quatre-vingt, jamais la gauche n’est revenue en arrière, elle a au contraire prolongé la politique de la droite. Le dernier épisode en date a eu lieu il y a quelques mois, avec le vote des lois Debré, durcissant encore celles de Pasqua. Jospin et les autres n’ont pas brillé par leur opposition à ces textes. Ils s’étaient bien gardé de prendre part au débat - c’est-à-dire de s’opposer au gouvernement sur ce terrain - jusqu’à ce que la protestation s’exprime dans la rue. De la même façon que le PS n’a pas spécialement brillé par sa solidarité aux « sans-papiers ».

Le FN n’a pas de ministres. Il n’en a jamais eu encore. Il les a violemment critiqués tous, à sa façon certes. Il n’a pas non plus beaucoup fréquenté le Palais-Bourbon, si ce n’est de 86 à 88 où il a dû sa trentaine de députés au changement éphémère et politicien de la loi électorale à l’initiative de Mitterrand. Mais il n’en a pas moins le poids politique que lui valent les voix de ses électeurs. Un poids politique qu’il gagne dans les milieux populaires déboussolés, y compris ouvriers, sur la base de la politique la plus nuisible pourtant pour la classe ouvrière. C’est le paradoxe le plus dramatique de la situation. La « préférence nationale », le « problème de l’immigration » sont de la poudre aux yeux pour berner précisément les travailleurs, pour les faire se tromper d’ennemis et dédouaner les vrais responsables : les riches et les possédants qui ont accumulé de fantastiques surprofits sur le dos des travailleurs français et immigrés, et les gouvernements qui se sont relayés pour les y aider.

Le parti le plus viscéralement anti-ouvrier se prétend le « premier parti ouvrier de France »...

A la suite de son score aux Présidentielles de 1995, Le Pen a déclaré que le FN était « le premier parti ouvrier de France ». Une série de sondages de la SOFRES - avec leur marge d’erreur - indiquent en effet une forte progression du vote FN en milieu ouvrier :

les « artisans, commerçants (petits et gros) et industriels » avaient été :

  • 17 % à voter FN en 1984
  • 27 % en 1988
  • 14 % en 1995.

les « cadres supérieurs et professions libérales » avaient été :

  • 14 % à voter FN en 1984
  • 19 % en 1988
  • 7 % en 1995.

les « classes moyennes et employés » avaient été :

  • 15 % à voter FN en 1984
  • 13 % en 1988
  • 16 % en 1995

les « ouvriers » avaient été :

  • 8 % à voter Le Pen en 1984
  • 19 % en 1988
  • 30 % en 1995

Pour ces dernières élections de 1997, un sondage CSA estime que 25 % des ouvriers et 23 % des chômeurs ont voté FN.

S’il ne déplaît pas aux inspirateurs et commanditaires de sondages de montrer quelque malveillance à l’endroit des ouvriers, qui seraient frustes, peu instruits et vulnérables aux démagogues d’extrême droite, il n’en reste pas moins qu’une fraction de la classe ouvrière est gangrenée par les idées de Le Pen, qui ne sont que le reflet amplifié de préjugés communs, d’autant plus envahissants que la situation sociale n’est pas seule à désespérer la classe ouvrière. Les grands partis de gauche ont déçu ces quinze dernières années ceux qui avaient encore des illusions en eux, en gérant au gouvernement les affaires de la bourgeoise, et en se préparant dans l’opposition à s’y remettre. C’est fait et c’est la promesse de nouveaux points à gagner pour Le Pen.

Mais la démagogie de Le Pen est tous azimuts. Il tente de marquer des points partout où il pense rencontrer une bonne dose de préjugés, de désespoir, et de crédulité. Si bien que le FN a pu faire quelques-uns de ses meilleurs scores aussi bien dans certaines zones rurales d’Alsace, traditionnellement de droite où le PC ne dépasse pas ou peu les 5 % des voix, que dans les banlieues ouvrières les plus touchées par le chômage qui, il y a vingt ans, étaient des fiefs du PC. Cela ne signifie pas que l’électorat perdu par le PC ait été directement gagné par le Front National. Les mouvements de voix ont été bien plus complexes. La politique de désistement systématique du PC en faveur des socialistes a fait fondre l’électorat communiste en grande partie en faveur de l’électorat socialiste, dans une beaucoup moindre mesure en faveur de l’extrême gauche dont les scores augmentent sensiblement, mais probablement aussi en faveur du FN.

Le ton un peu nouveau pris par Le Pen depuis quelque temps, parlant de « social », de « monde du travail », de « plus grand parti ouvrier »... est une façon d’adapter, dans certaines occasions ou dans certains meetings, sa démagogie à ce public qu’il a pu acquérir dans les entreprises ou dans les quartiers ouvriers. Car, en bon démagogue, Le Pen utilise tous les préjugés et sait souffler avec le vent selon le milieu auquel il s’adresse.

De tout dans la bourriche de Le Pen, même des baisers de vampire pour les travailleurs.

Même si son rêve est de devenir un jour, au gouvernement, le serviteur musclé du grand patronat, c’est en premier lieu au petit patron ou boutiquier que Le Pen, émule de Poujade dans sa jeunesse, s’est d’abord adressé. Ce sont des petits-bourgeois grisonnants, écoeurés par les impôts qui les écorchent, mais néanmoins prospères, qui constituent une bonne partie de son public. C’est pour eux que son programme proposait de « supprimer les impôts inquisitoriaux comme l’impôt sur les plus-values ou les grandes fortunes » et revendiquait « que le chef d’entreprise ait la liberté de ses choix. Choix des prix auxquels il vend ses produits. Choix de son personnel, ce qui implique la liberté de l’embauche et du licenciement (...) Possibilité de porter au-delà de 39 heures la durée hebdomadaire du travail ».

Mais avec l’accroissement du chômage et de la misère, avec l’écoeurement général soulevé par les politiciens qui prêchent l’austérité mais se font graisser la patte par les magnats de l’eau ou du béton, le FN a détecté une autre clientèle électorale à pêcher dans les quartiers ouvriers, parmi les chômeurs. En ferrant les mêmes préjugés. En utilisant avant tout les mêmes appâts, le racisme, l’ordre, la sécurité. Mais en sachant que l’abaissement des droits d’héritage ou la liberté d’entreprendre ne constitueraient pas pour elle les arguments les plus alléchants. Chirac lui-même lors de sa campagne électorale de 1995 s’était mis à évoquer démagogiquement la « fracture sociale », à rencontrer des ouvriers licenciés et à faire mine de se soucier de la misère. Pourquoi Le Pen se serait privé d’en faire autant ?

Lui qui en décembre 1995 avait écrit dans « France d’abord » que « la grève est un procédé archaïque et ruineux, totalement inadapté à la résolution actuelle des conflits sociaux, une sorte de suicide organisé de notre économie », lui qui avait même précisé qu’une grève dans les services publics était « un procédé immoral et scandaleux », adopta un autre ton pour son discours du 1er mai 1996. « Cette fête du travail et des travailleurs a vu en d’autres temps la protestation passionnée et souvent violente de ceux qui, pour vivre, devaient vendre leur force de travail à un prix souvent dérisoire » déclarait-il. « Même si ces pulsions (sic !) légitimes furent utilisées à des fins partisanes et manipulées sans vergogne, (...) il convient de saluer la longue lutte des travailleurs et des syndicats pour plus de justice, de sécurité, plus de liberté dans le travail ». Ce qui ne l’empêchait pas de mêler à tout ça la fête de Jeanne d’Arc.

Lui qui s’était dans le passé prononcé pour la suppression du droit de grève, pour la suppression du SMIC (comme de nombreux patrons), a commencé à mettre en avant la défense du service public, le SMIC à 7 000 F bruts mensuels. Ce n’était pas bien dangereux puisqu’il s’empressait de mêler étroitement le « social » et le « national ». En l’occurrence les diatribes contre les « bacilles de la mondialisation » qui remplacent les vieilles lunes d’extrême droite contre le cosmopolitisme et la finance juive ou apatride !

Un proche de Mégret, Philippe Olivier, argumente ainsi en faveur des services publics « à la française » : « Si demain la Poste est privatisée, votre facteur sera tunisien ou sri-lankais. Enlevez la condition de nationalité à l’embauche à la RATP, et vous verrez les ressortissants du tiers monde demander à y travailler à des conditions anormalement avantageuses, ou vous aurez des Tamouls prêts à conduire les bus parisiens pour 3 000 F par mois ». Dans les années quatre-vingt, le FN dénonçait le « trop d’État » et défendait une privatisation de tous les secteurs. Le statut public est désormais défendu, parce qu’il garantirait la condition de nationalité à l’embauche !

La sacro-sainte « préférence nationale » est sauvée... Elle sert aussi la formule démagogique attrape- tout pour la politique prétendue « ouvrière » du FN. Pour preuve, la « promesse » de Bruno Mégret de septembre 96, selon laquelle « en cas de licenciement économique, les Français ne pourront éventuellement être licenciés qu’après les étrangers de même qualification » (voilà qui n’aurait pas sauvé beaucoup de techniciens et cadres du licenciement, car il ne faut pas grimper bien haut dans la hiérarchie des entreprises pour ne plus trouver d’immigrés à licencier avant soi-même... hormis les Américains !).

Et c’est armé d’un tel programme, « Produisons français... avec des travailleurs français » que Mégret est allé diffuser des tracts à la porte de l’usine Moulinex de Mamers, condamnée à la fermeture, comme d’autres notables du FN seraient allés faire leur « diff » à la Thomson-Angers, à Alcatel-Lannion, à Valéo-Evreux.

L’implantation du FN en entreprise ?

Le FN affiche aussi aujourd’hui sa volonté de créer des syndicats qui lui seraient liés. Dans les transports, à la RATP ou dans les bus lyonnais, par exemple, ils se sont fait un petit trou. Chez les gardiens de prison aussi. Et surtout chez les flics, où les extrémistes fascisants n’ont pas attendu Le Pen pour exister. Le champ d’action y est évidemment propice aux maniaques de l’uniforme et de la gâchette.

Un « Cercle National des Travailleurs Syndiqués » (CNTS) existerait au sein du FN rassemblant autour de Samuel Maréchal les quelque 1500 salariés, membres du FN, qui militeraient à la CGT, CFDT, FO, CFTC ou CGC.

Bruno Mégret a confirmé récemment cette orientation : « La question sociale doit devenir, avec l’immigration et l’insécurité, le troisième pilier de notre crédibilité pour la conquête du pouvoir ». D’où les efforts pour toucher la plus grande masse des ouvriers et chômeurs déboussolés, qu’on trouve dans les entreprises, mais aussi dans les cités.

C’est plus vite dit que fait. Car trouver un électorat en juxtaposant une ribambelle de promesses destinées à flatter tous les mécontentements, même ceux de couches sociales dont les intérêts sont diamétralement opposés, est une chose. Il suffit que chaque électeur ne retienne que ce qu’il veut entendre, ce qui le flatte lui. Créer des syndicats, et trouver pour cela des militants, sauf dans le cas des entreprises où le patron lui-même et sa maîtrise aideraient à fonder un syndicat maison (ce qui n’est pas l’orientation générale du patronat), est une autre paire de manche. D’autant que si Le Pen a trouvé des électeurs parmi les travailleurs du rang, ils se sont révélés à ce jour plutôt honteux et discrets dans leurs entreprises. Ce qui évidemment pourrait changer.

L’objectif affiché pour l’année 1997 par le FN est plus modeste : les élections prud’hommales de décembre 1997. Quinze millions de travailleurs et de patrons iront élire les organisations qui les représenteront dans les tribunaux spécialisés dans les relations du travail. Samuel Maréchal annonce pour cette échéance « un vrai tremblement de terre syndical et social ». La participation aux élections dans les deux collèges (ouvrier et patronal) et chacune de leurs cinq sections, suppose la présentation de quelques milliers de candidats. Le FN ne manque pas de petits patrons et autres DRH pour pouvoir, au moins dans le collège patronal, espérer gagner quelques postes, et par là, accroître aussi son influence. Mais, trouvera-t-il des représentants ouvriers pour constituer ses listes ? Ce n’est pas dit. Mais ce n’est guère impossible non plus.

Dans la période qui s’ouvre, parce que la politique du gouvernement de gauche ne manquera pas de décevoir encore dans les rangs ouvriers, le chemin lui sera plus facile. Et il ne suffira sûrement pas alors des pleurnicheries des grandes confédérations syndicales, allant quémander au gouvernement et aux tribunaux de bien vouloir protéger leur monopole de représentation des travailleurs, pour empêcher l’influence du FN de grandir. Pas plus que le mode de scrutin pour les législatives, qui favorise les grands partis et leurs regroupements et exclut quasiment du parlement le FN, n’empêche la gangrène fascisante de s’étendre.

Le FN, une p... respectable ? Et une droite sensible à ses charmes ?

Mais il n’y a pas au FN deux politiques qui seraient contradictoires : sa politique de parti politicien de droite, le plus à droite possible, mais cherchant à se montrer « respectable » et à participer comme tous les autres partis à la course aux postes, et ses plus récentes tentatives de se tailler une présence en milieu ouvrier. Démagogie sociale et nationalisme ont toujours été les deux mamelles de l’extrême droite. La plus funeste expérience de l’histoire ayant été baptisée « nationale-socialiste ».

Il n’y a pas davantage, aujourd’hui, depuis l’élection des 25 mai et 1er juin derniers, d’opposition réelle entre des attitudes apparemment contradictoires de dirigeants du FN : celle de Le Pen plus semblable à une démagogie et des méthodes fascisantes, celle d’un Mégret courant vers les alliances politiciennes et les postes à prendre.

Il y a de toute évidence une concurrence personnelle entre les deux coqs du FN. Au point qu’il suffit que l’un lance une tirade dans un domaine, pour que l’autre se fasse le chantre d’un autre des volets de la politique du même parti ou affirme des ambitions immédiates différentes, face aux derniers succès électoraux.

Mais le louvoiement permanent du FN entre d’une part sa démagogie à relents fascistes, son « sortez les sortants » destiné à profiter de la déconsidération des politiciens de droite comme de gauche et, d’autre part, ses clins d’oeil gourmands à la droite classique que les voix de Le Pen peuvent contraindre à partager les postes, est sa façon d’avancer dans les eaux troubles du monde politicien.

Car le FN est loin d’être insensible aux charmes des places électives dans l’appareil d’État et à l’influence, aux privilèges, aux prébendes qui vont avec. Des notables, il en a déjà un paquet. Il n’a qu’un seul député à l’assemblée, mais 11 députés au parlement européen, 4 maires de grandes villes, quelque 2 000 conseillers municipaux, 239 conseillers régionaux et des positions dans ces conseils qui lui ont permis d’arbitrer l’élection de certaines présidences de régions, dont celle du PR Gérard Longuet en Lorraine. Le FN lui-même tient trois vice-présidences de conseils régionaux, une en Haute-Normandie et deux en Alsace.

Ces postes sont certes moins voyants que ceux de députés ou de maires. Mais des milliers de notables FN en vivent, y nourrissent leurs relations, y tissent leurs intrigues

politiciennes.

Dans la situation actuelle, la bourgeoisie française n’a pas besoin de nervis pour faire le coup de poing (ou le coup de feu) contre les travailleurs. Le Front National se prépare à éventuellement jouer ce rôle un jour. Mais il a aussi des visées plus immédiates, le gain de postes et sinécures dont il n’est pas parmi les mieux dotés jusque-là. Ce qui passe obligatoirement par des marchandages et ses alliances avec ces partis de la droite classique tant décriés, ces « sortants » sortis du parlement, mais pas de tous les postes du pays, mairies, conseils généraux et régionaux, où il y a des postes à prendre, de l’argent à gérer, des marchés à distribuer, et des pots- de-vins à toucher. Ce n’est pas le FN qui crache dessus, pas plus Le Pen que Mégret. C’est la droite classique qui n’a pas voulu (ou très peu) d’une alliance avec lui... jusque-là.

Les 15 % du FN et la déconfiture électorale que vient de connaître la droite peuvent la rendre plus compréhensive envers les trublions de son extrême droite. L’heure est propice aux menées politiques du FN vis-à-vis d’elle. Un notable UDF déclarait au Monde : « Si nous perdons (au second tour), il va y avoir dans nos rangs de fortes pressions pour que la majorité adopte vis-à-vis de l’extrême droite une stratégie du type de celle que François Mitterrand a adoptée dans le passé vis-à-vis du Parti communiste ». Comme pour répondre à l’appel ou l’anticiper, Bruno Mégret lançait l’idée d’« instaurer entre la droite et le FN une discipline nationale », un « désistement national » systématique ou sélectif, sans accord programmatique, pour permettre à des notables de droite ou d’extrême droite de se faire élire. La balle est dans le camp de la droite. L’idéologie peut ne plus peser bien lourd si un poste de conseiller général ou de conseiller régional (et a fortiori la présidence d’un tel conseil) est en balance. Des politiciens de la droite dite classique peuvent être tentés par les sirènes frontistes dans un futur proche, comme un bon paquet déjà dans le passé.

Le FN est un parti différent des autres en ce sens qu’une partie de son appareil s’affiche depuis longtemps candidate à être le recours anti-ouvrier musclé dont le patronat pourrait avoir besoin contre la classe ouvrière et ses organisations, en cas de dégradation brusque de la situation économique et sociale.

En attendant la situation qui imposerait la mobilisation d’une telle force de frappe, le recrutement, autour de cadres existant dans les franges les plus réactionnaires de l’appareil d’État ou dans des sociétés de vigiles, de troupes formées de jeunes crânes rasés ou de chômeurs paumés, et le financement de tout ce beau monde par des PDG (dont ceux de Plastic-Omnium ou de la Compagnie des bateaux- mouches n’auraient été que précurseurs), le FN connaît un développement parfaitement légal et présentable... ou presque.

Et le FN pourrait même connaître un avenir semblable à celui de l’ex-MSI italien, parti néo-fasciste devenu parti gouvernemental en 1994, à la suite d’une alliance électorale avec la Ligue du Nord et Forza Italia de Berlusconi. Le MSI devenu alors Alliance nationale ne recueillait que 13,5 % des voix aux législatives de 1994 - moins que Le Pen aujourd’hui - quand ses ententes lui valurent d’entrer au gouvernement. Tout dépend de ce que la situation va lui offrir comme possibilités. Le Pen ne cache pas qu’il est ouvert à tout.

Au dernier congrès du Front National de la fin mars 97, il déclarait que « comme Clémenceau ou De Gaulle », dans quelques années, à 70 ans passés (il en a actuellement 68) il pourrait jouer un grand rôle. Toute la presse a rapporté l’image légaliste que les responsables du FN ont tenu à donner à ce congrès. Jusqu’à discuter en commissions d’initiatives ou projets de lois, sur papier à en-tête de l’Assemblée Nationale, comme pour bien montrer que toute cette fine équipe se préparait vraiment à gouverner. D’un côté la vulgarité de langage, la grossièreté des comportements comme récemment Le Pen provoquant sciemment l’incident physique sur le marché de Mantes-la-Jolie, de l’autre les ronds-de-jambe de notables. D’un côté plusieurs milliers d’hommes organisés dans une milice baptisée DPS (Direction-Protection-Sécurité), jouant à l’occasion aux faux-flics quand elle ne recrute pas parmi des vrais. Et de l’autre, des ex-polytechniciens cravatés, transfuges du RPR ou de l’UDF, dont Mégret est un prototype, qui jurent leurs grands dieux que « Le FN depuis 25 ans n’a jamais rien fait d’autre que se présenter aux élections », comme l’a déclaré Gollnisch au dernier congrès. Et un Le Pen qui rappelle lui aussi que « Le Front National est une formation politique qui concourt à l’expression du suffrage universel dans le cadre des institutions de la République et du pluralisme démocratique ».

C’est au mouvement ouvrier de jouer, en évitant les pièges tendus par les ministres de gauche et leurs relais dans les vieilles bureaucraties politiques et syndicales.

Avec une gauche à nouveau revenue au pouvoir et qui ne fera que s’y déconsidérer une fois de plus, et une droite qui pleure sa défaite mais n’aurait pu être majoritaire qu’alliée au FN, les possibilités s’ouvrent à celui-ci de marquer de nouveaux points.

La gauche « doit réussir », entend-on déjà, car Le Pen « attend au tournant ». Mais c’est une nouvelle façon de brandir l’épouvantail de Le Pen pour nous présenter le gouvernement de gauche comme le dernier rempart contre lui, pour demander y compris à tous ceux qui s’en méfient, et ils sont nombreux, de s’en contenter, d’espérer qu’« ils réussissent ».

« Le Pen attend au tournant » ? Certainement. Mais précisément, il ne fait qu’attendre au tournant, de façon passive. Il va certes faire des déclarations provocantes d’un côté, des avances à la droite classique de l’autre, pour des accords de désistement réciproque qui affermiront ses positions dans les conseils généraux ou régionaux. Mais c’est ainsi depuis le début de la progression du F.N. : il ne progresse pas parce qu’il est une force, il progresse grâce à la déconfiture des autres, grâce à la pourriture de la droite et aux bassesses de la gauche.

Et il trouvera à n’en point douter à nouveau sa pâture dans la critique du gouvernement Jospin, cette coalition de ministres « socialo-communistes », dira-t-il avec mépris, dont c’est le tour d’aller au charbon faire les chefs-porions au service de la bourgeoisie, contribuer à voler et mécontenter les plus pauvres en faisant la politique des plus riches.

La déclaration de politique générale que vient de faire Jospin illustre on ne peut mieux l’orientation : lanterner les travailleurs sur l’essentiel - salaires, réduction du temps de travail et emploi - et ne leur concéder que des broutilles d’ailleurs financées par les contribuables. Mais même pas le tout petit geste que Hue l’avait supplié de faire pour justifier le ralliement du PC, à savoir l’augmentation du SMIC d’un peu plus que ce qu’avait fait Chirac l’année de son élection. Mais non. Ce sera 4 % au premier juillet, exactement comme Chirac en 1995. Et sur les fournées de licenciements confirmées par le patronat, pas un mot.

Un peu partout dans la classe ouvrière, s’exprime aujourd’hui la crainte que le FN tire les marrons du feu dans la période à venir. Tout travailleur un tant soit peu lucide et politisé peut spontanément et raisonnablement le craindre. Certes. L’inquiétude est fondée. Mais si elle se répand si vite, ce n’est peut-être pas par hasard. C’est parce que les dirigeants du PC, du PS et des bureaucraties syndicales ont quelque intérêt à focaliser les craintes contre Le Pen.

Plutôt que contre le nouveau gouvernement de la bourgeoisie. Ce n’est pas innocent.

Mais qui, de Jospin ou Le Pen, va laisser faire les licenciements chez Renault, Peugeot, Electrolux ou Alcatel ? Qui, de Jospin ou Le Pen, va conserver les salaires bloqués ? Qui va continuer à prendre dans la poche des plus pauvres les dizaines de milliards consacrés chaque année à grossir les comptes et les coffres des patrons, sous couvert d’aides à l’emploi ? Poser la question, c’est y répondre, et c’est pourquoi tous les faux-amis des travailleurs, à la direction du Parti socialiste comme du Parti communiste, dans les hautes sphères de la CFDT comme dans celles de la CGT ou de FO, se gardent de la poser.

Les amis de Jospin dans les syndicats et les associations, vont nous expliquer évidemment qu’on ne peut pas avoir tout tout de suite, sans préciser que Jospin rime avec « tintin » et qu’on n’aura rien, jamais. Et au fur et à mesure que la situation se dégradera, que l’extrême droite xénophobe redressera la tête, ils rééditeront peut-être les mobilisations du passé sous les auspices de la petite main jaune de SOS, ou les indignations polies du Manifeste contre le Front National. Ils appelleront peut-être à manifester contre les effets d’une politique, mais pas à lutter vraiment contre ses causes, puisque cette politique est la leur, celle qu’ils font au gouvernement dans l’intérêt du seul grand patronat. Et on peut imaginer que les directions syndicales ayant leurs amis au gouvernement, auront plutôt le pied sur le frein et n’abuseront pas des appels à la riposte, si ce n’est à des journées d’action symboliques destinées à servir de soupapes de sûreté.

Les amis de Hue auront la même politique. Voilà plusieurs mois qu’ils rêvent d’être au gouvernement et nous serinent qu’il ne s’agira pas de « recommencer 1981-84 ». Fort bien. Mais pour faire quoi de différent ? Pour taper du poing sur la table parce que Jospin n’augmente le SMIC que de 200 F ? Pour démissionner parce que Jospin n’ordonne pas à Renault le maintien de Vilvorde ? Potiches et complices du gouvernement, ils resteront. En disant que la politique des ministres communistes ne peut pas tout, et que le « mouvement social » doit y suppléer. Autrement dit, avec l’excuse honteuse que si rien ne change, ce ne sera pas la faute des ministres, mais celle des travailleurs qui ne luttent pas assez.

Il ne faudra pas « recommencer 1981-84 » ? Après la déclaration de Jospin au parlement, on peut dire que c’est déjà fait. Et dans une situation pire.

Pour que le FN ne tire pas les marrons du feu, il faut que le mouvement ouvrier affirme sa propre politique et l’impose par ses propres luttes. Il faut qu’il ne laisse pas au Front National le monopole de la contestation du gouvernement. Autrement dit, il faut qu’il rassemble ses forces, car il en a de tout autres que Le Pen dans les entreprises et les quartiers, qu’il les instruise, les encourage, et les mobilise contre la politique des patrons et contre ce gouvernement formé de ministres socialistes et communistes à leur solde.

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