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La fabrique des tests Covid-19 bioMérieux : l’envers du décor

30 mars 2020 Article Entreprises

Les tests de dépistage sont un des enjeux majeurs de la lutte actuelle contre la pandémie de Covid-19. L’OMS le rappelait il y a quelques semaines : « Vous ne pouvez pas combattre un incendie les yeux bandés. Et nous ne pouvons pas arrêter cette pandémie si nous ne savons pas qui est infecté par le virus. Nous avons un message simple pour tous les pays : testez, testez, testez. » [1] D’ailleurs le gouvernement a annoncé en début de semaine dernière, par la bouche de Jérôme Salomon, directeur de la Direction générale de la santé son objectif de passer de 9 000 dépistages par jour à 29 000 début avril.

C’est pourquoi certains laboratoires pharmaceutiques se sont lancés en grande pompe dans la fabrication de ces tests, à l’instar de bioMérieux [2]. Des techniciens « bioMérieux » vont ensuite installer ces équipements dans les laboratoires hospitaliers et former les équipes sur place.

Pour les techniciens de labo : des conditions dégradées et dangereuses

Les laboratoires hospitaliers sont à l’image du reste de l’hôpital : exsangues après des années de casse. Les suppressions de postes massives, la mutualisation des laboratoires des différents hôpitaux d’un même secteur ont fait leur œuvre. Les laborantins travaillent déjà à flux tendu en temps normal, avec un manque criant de matériel et des délais de traitement des résultats qui s’allongent, non pas pour des raisons techniques mais faute de moyen. Alors imaginez en période de pandémie !

Face à la demande de tests qui ne fait qu’augmenter de jour en jour et comme on ne peut pas former du personnel en urgence, on augmente la durée de travail, et surtout les cadences ! Dans de nombreux hôpitaux, comme au CHU d’Angers par exemple, depuis deux semaines, les techniciens de laboratoire doivent travailler de 7 à 19 heures, samedis et dimanches compris. Aux HCL [3], les labos tournent maintenant de jour comme de nuit. La fatigue s’accumule, il faut la gérer ! Ce qu’il faut gérer, c’est surtout la pénurie que connait l’ensemble de l’hôpital. Laborantins comme techniciens « bioMérieux », qui viennent installer les kits de dépistage, courent après les réactifs nécessaires aux tests qui sont distribués au compte-gouttes. On manque de masques, de gel hydro-alcoolique, on se met en danger dans ces espaces exposés au virus. Il suffit d’un clavier d’ordinateur, d’une poignée de porte mal désinfectés, et on est contaminé.

Pour bioMérieux : des profits faramineux

Pour les laboratoires qui se sont lancés dans la recherche et la production de tests pour dépister le Covid-19, il s’agit d’une course contre la montre pour lutter contre l’épidémie bien sûr… mais surtout pour conquérir de nouveaux marchés ! Car ce qui est en jeu, ce sont de colossaux profits ! Ainsi, alors que la capacité de production réelle des kits de dépistage de bioMérieux reste encore très faible (seulement quelques kits livrés à des hôpitaux la semaine dernière, des tests en plus grand nombre ne devraient arriver que dans deux ou trois semaines), les actionnaires se frottent déjà les mains ! Rien que l’annonce mi-mars de trois nouveaux tests à venir a déjà propulsé l’action bioMérieux vers des valeurs record, au moment où les marchés financiers s’effondrent à cause de cette crise.

Pourtant, on sait maintenant que tous ces tests dits PCR [4] (ceux de bioMérieux, mais tous ceux disponibles actuellement) ne sont efficaces qu’à 70 %. En effet, ils consistent à détecter dans un échantillon prélevé dans le nez la présence du virus via son ADN. Or, comme l’explique Vincent Thibault, chef du laboratoire de virologie du CHU de Rennes [5], pour 30 % des patients, selon certaines phases de l’infection, le virus est indétectable dans cette partie du corps. De plus, la qualité du résultat est très liée à la qualité du prélèvement, qui n’est pas évident à faire. Des patients contaminés par le Covid-19 rendront donc des tests négatifs. Un besoin de tests plus fiables, plus nombreux, administrés par un personnel formé en nombre suffisant et décemment protégé se fait donc cruellement sentir !

Les tests sérologiques sur lesquels travaillent certains chercheurs seront certes un progrès, car ils permettront de détecter dans le sang des anticorps prouvant que la personne a été confrontée au virus, mais le délai de quelques semaines entre l’infection et la possible détection les rend peu réactifs durant le pic de l’épidémie.

En attendant, dans les services hospitaliers, ce manque de fiabilité des tests actuels conduit les équipes à doubler, voire tripler les tests pour un même patient, mais également à faire passer de plus en plus systématiquement des scanners pulmonaires, pour établir leur diagnostic. Mais avec l’arrivée massive de malades, ces « croisements » de données seront là aussi mis à mal.

En matière de dépistage comme pour les autres aspects de la lutte contre cette pandémie, les malades comme les personnels hospitaliers et les salariés des entreprises impliquées, payent les conséquences d’un système tourné depuis des années vers l’austérité budgétaire d’un côté, et la seule recherche du profit maximum de l’autre.

30 mars 2020


[1Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS dans son allocution du 16 mars 2020.

[2Entreprise française spécialisée dans le diagnostic médical.

[3HCL : Hospices civils de Lyon

[4PCR : « polymerase chain reaction »

[5https://www.ouest-france.fr/sante/virus/coronavirus/entretien-la-plupart-des-tests-covid-19-actuels-ne-sont-fiables-qu-70-6794022

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