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Livre

L’État d’Israël contre les Juifs

Sylvain Cypel

11 avril 2020 Article Culture

L’État d’Israël contre les Juifs

par Sylvain Cypel

La Découverte, collection les Cahiers libres, 2020

13,99 euros en format numérique (320 p.)

Lien vers l’émission « Un monde à vif » entretien avec Sylvain Cypel sur Médiapart le 28 février 2020 : https://youtu.be/eHFGKMmmoZ4


Sylvain Cypel est un ancien journaliste de Courrier international puis du Monde, dont il a été le correspondant aux États-Unis. Dans sa jeunesse, il a vécu douze ans en Israël et milité dans les années 1970 au Matzpen, organisation d’extrême gauche israélienne. Il publie ce livre pour dénoncer l’évolution actuelle de l’État israélien et en montrer les dangers pour la population juive elle-même.

En 2018, le vote de la loi proclamant Israël comme l’État-nation du peuple juif est pour lui un véritable moment de rupture et à la fois l’aboutissement d’une politique : à travers cette loi, Israël revendique pleinement sa politique de ségrégation vis-à-vis de la population palestinienne. Le racisme et les discriminations s’expriment clairement et sont même revendiquées. Sylvain Cypel évoque de manière saisissante « l’imposition de la frayeur » par l’armée israélienne dans les territoires occupés. Pour lui, l’affaire Elor Azaria, jeune soldat franco-israélien condamné à huit mois de prison pour avoir tiré une balle dans la tête d’un jeune palestinien en 2016, est emblématique de cette ambiance : le soutien dont a bénéficié Elor Azaria à travers le pays, y compris de la part de Netanyahou lui-même, est révélateur de la manière dont l’armée israélienne commet ses crimes au vu et au su de tous, et en toute bonne conscience. De même, dans le monde politique, le racisme s’exprime désormais de manière décomplexée. Tout est fait pour séparer toujours plus Juifs et Arabes, et continuer à expulser la population arabe. Les colonies illégales sont régularisées.

Des villes n’hésitent pas à empêcher l’installation de nouveaux résidents parce qu’ils sont arabes. Le racisme monte également contre les réfugiés, qualifiés d’« infiltrés » et la députée du Likoud Miri Regev, devenue par la suite ministre de la culture (!) avait ainsi publiquement qualifié les Soudanais de « cancer dans notre corps » en 2012. Deux ans plus tard, elle fera expulser un député arabe de la Knesset aux cris de « foutez-moi ça dehors, saleté de terroriste » !

Les Juifs israéliens que le pouvoir qualifie de « déviants » font aussi les frais de ce climat de guerre permanente. Ceux qui critiquent la colonisation, la loi sur l’État-nation, sont montrés du doigt et surveillés. Si Gaza a servi de « laboratoire » pour expérimenter de nombreux outils de contrôle de la population, ces outils sont désormais disponibles pour l’ensemble de la population. L’association Breaking The Silence est ainsi présentée comme un véritable ennemi intérieur. Elle regroupe des militaires de réserve israéliens se donnant pour objectif d’informer la population sur la répression des Palestiniens par des témoignages de soldats. Quant au mouvement international BDS (boycott, désinvestissement, sanctions), il est présenté comme une « menace stratégique ». Tous ceux qui sont accusés de lui apporter leur soutien de près ou de loin se voient interdits l’entrée du territoire israélien.

L’expertise en cybersurveillance et le caractère peu regardant de la politique extérieure israélienne permettent à Netannyahou de cultiver des liens commerciaux, mais aussi politiques, avec des régimes que Sylvain Cypel caractérise comme « autocratiques et identitaires » : ceux de Victor Orban, Narendra Modi ou Jair Bolsonaro. Le fait que certains de ces gouvernements affichent clairement leur antisémitisme, comme en Hongrie ou en Pologne, ou les liens de Trump avec les suprémacistes, ne gênent pas Netanyahou pour afficher sa proximité avec eux, au nom d’une commune « islamophobie ».

Pour Sylvain Cypel, comme pour de nombreuses personnalités de la communauté juive américaine, qui prennent de plus en plus leurs distances avec l’État d’Israël, cette politique mène Israël dans une impasse et constitue un danger pour l’ensemble des Juifs. Citant Frantz Fanon qui écrivait « quand vous entendez dire du mal des Juifs, dressez l’oreille, on parle de vous », il conclut que les Juifs devraient comprendre que quand on dit du mal des Musulmans, on parle aussi d’eux.

Un livre très instructif. Même si, s’appuyant sur un article écrit en 2003 par l’intellectuel américain Tony Judt, Sylvain Cypel, qui n’est certes pas un militant révolutionnaire, s’en tient sans doute comme bien des démocrates réformistes d’Israël, à proposer comme perspective légaliste un État démocratique, qui serait commun aux Juifs, aux Arabes, et aux autres minorités. Mais pour cela il faudrait une révolution sociale, briser les frontières… et mettre en place un pouvoir ouvrier.

Lydie Grimal

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