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Archives > Autres archives > Tribunes de la fraction dans l’hebdomadaire « Lutte Ouvrière » > 2007 > septembre > 6

Joyeuse fête pour l’Huma !

6 septembre 2007

Les rédacteurs de l’Humanité semblent être devenus adeptes d’un « certain Blaise Pascal » qui selon Georges Brassens donnait le conseil amical : « Priez et implorez, faites semblant de croire et bientôt vous croirez… ». Leur foi « à gauche » est de cet acabit. Rien pourtant à l’université d’été du Parti socialiste n’a pu nourrir un quelconque espoir d’alliance à gauche, dont PS et PC seraient les piliers. Tout au contraire.

Quoi qu’en aient dit les médias, la rencontre des socialistes à La Rochelle n’a pas été marquée par ses absents (pour ralliement à Sarkozy ou convenance personnelle) ni par l’art déployé par les diva et ténors présents pour s’éviter. Les combines ou rivalités personnelles pour décrocher la future direction du parti en 2008 ou l’investiture pour la présidentielle de 2012, n’ont été que désaccords de façade, derrière lesquels un accord sur le fond – l’ancrage le plus à droite possible.

« La France doit travailler plus », selon Hollande. Il faut effectivement un allongement de la durée de cotisation et une remise en question des « régimes spéciaux », selon Montebourg. « Je ne crois pas qu’à l’époque de la mondialisation notre slogan puisse être toujours la rupture », après avoir assumé le réformisme « dans sa pratique » depuis 1980, le PS doit l’assumer « dans ses discours », dit Cambadélis et autres amis de Strauss-Kahn. Il n’y a « pas de sujet de droite ou de gauche », pas d’affrontement « bloc contre bloc », le marché « nous est aussi naturel que l’air que nous respirons et l’eau que nous buvons », dit Royal. A qui mieux mieux ! Ce ne sont pas seulement Kouchner, Bockel, Allègre, Besson, Lang ou Rocard qui se rallient à tout ou partie de la politique de Sarkozy. C’est la tentation du PS tout entier. Jusqu’au ridicule, quand Hollande croit nécessaire de s’écrier que « le grand soir, c’est fini ! » ou quand un expert socialiste de « sciences po » appelle à « prendre congé » du « modèle léniniste dépassé » ! Credo général : « rénover », « gérer », mais plus rien à « transformer » !

Derrière tout ça, il y a à bref horizon les élections municipales. Et les alliances calculées pour gagner ou conserver des mairies. Vu les très faibles scores du PC ou des Verts aux présidentielles, c’est l’électorat potentiel de Bayrou qui est convoité. Un « atelier » de l’université du PS a été consacré à « l’alliance au centre ». Selon Moscovici : « Aujourd’hui, la gauche n’est pas en mesure de devenir majoritaire seule » (…) « si notre objectif est de battre Sarkozy, nous ne devons pas écarter les voix du MoDem ».

Le parti socialiste n’a pas attendu son université d’été pour négocier la chose – ici ou là, selon les configurations électorales locales mais dans la ligne de l’orientation de Royal vers Bayrou entre les deux tours de la présidentielle. Restent évidemment les grandes villes où le PC a gardé des positions, avec l’apport des voix socialistes. Le PS va manœuvrer pour s’assurer les voix du PC là où elles lui sont nécessaires (par un zeste de verbiage de gauche, en l’occurrence l’évocation par Hollande d’un éventuel « comité de liaison de la gauche »), sans pour autant renoncer à rafler au PC quelques bastions (comme aux dernières municipales Pantin et Trappes en région parisienne). On souhaite bien du plaisir aux rédacteurs de l’Humanité pour faire vivre la foi du charbonnier en un prétendu « espoir à gauche ».

Au bout du compte, le seul trait d’union entre PC et PS est leur irritation commune contre ce qui est à leur gauche… c’est-à-dire l’extrême gauche. Ils ne la nomment pas, comme pour ne pas exorciser les démons, mais c’est bien elle qu’ils redoutent. Selon l’éditorialiste de l’Humanité du 1er septembre, il importerait de résister « à la tentation d’acter la dérive libérale d’une majorité de la gauche et d’enferrer l’anticapitalisme dans un ghetto d’opposition. » Force est de constater que pour la période qui s’ouvre, avec un PS qui s’accroche aux basques du centre, tandis que le PC s’agrippe à celles du PS, il n’y a plus rien à gauche que l’extrême gauche comme opposition irréductible au système capitaliste et aux politiciens qui le défendent.

A débattre à la prochaine fête de l’Huma !

Certes, le moral et la combativité des classes populaires, cibles du gouvernement Sarkozy et du patronat, ne sont pas des meilleurs. Mais des dizaines de milliers de travailleurs et de jeunes ont néanmoins conscience qu’une transformation sociale est indispensable, par la lutte de classe. Et qui leur en ouvre la voie, avec certes un lot d’épreuves et de défis, si ce n’est une extrême gauche présente et vivante dans le pays ?

Michelle VERDIER

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