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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 125, mars-avril 2019 > Livres et films

Livres et films

Livre

J’ai couru vers le Nil

de Alaa El Aswany

Mis en ligne le 29 mars 2019 Convergences Culture

J’ai couru vers le Nil [1]

de Alaa El Aswany

Actes Sud, 23 €.


J’ai couru vers le Nil, de l’auteur égyptien Alaa el-Aswany, paru en 2018, fait revivre, à travers les histoires croisées de personnages issus de diverses couches de la société égyptienne, la révolution de 2011 qui avait renversé le président Moubarak, puis la reprise en main du pouvoir par l’armée.

Se côtoient dans son récit le chef de la Sécurité d’État dont la fille, étudiante en médecine, ne peut pas s’empêcher de se retrouver aux côtés des manifestants de la place Tahrir ; le prêcheur islamiste renommé confesseur de ce général-là, et de nombre de familles de la haute société égyptienne ; les ouvriers en grève d’une cimenterie face à leur directeur, militant communiste dans sa jeunesse, mais qui ne croit plus à rien, sauf à préserver sa carrière ; l’intellectuel oisif, issu d’une bonne famille, qui recueille les manifestants fuyant la police et finit par rejoindre leur cause… et ces jeunes qui ne rêvent que d’en finir avec la dictature et l’injustice.

El Aswany brosse une véritable fresque de toute l’Égypte de cette année 2011 : la fraternité des manifestants, indépendamment de leur communauté d’origine ou de leur religion, qu’ils soient coptes ou musulmans ; les attentats contre les Coptes ; le massacre par l’armée de la manifestation de la place Maspero, en octobre 2011 ; cette place Tahrir où les manifestants, hommes ou femmes, se sentaient égaux ; la chasse aux manifestantes, l’humiliation des « tests de virginité » pratiqués par la police quelques mois plus tard, et de sévices pires encore. L’utilisation, par une armée qui prétendait protéger le peuple, de supplétifs armés matraquant du haut de leurs montures les manifestants lors de la « bataille des chameaux » (le 2 février 2011) ; l’utilisation des voyous.

L’auteur, au travers des personnages de son roman, dresse un portrait sans concession des tenants de l’ordre, de l’armée, de la police, ainsi que des Frères musulmans avides d’obtenir leur part de pouvoir aux côtés de l’armée. En évoquant les faits de la révolution de janvier-février, il rappelle l’entourloupe du retour sur le devant de la scène de l’armée au nom de la rénovation du régime, d’une prétendue transition vers la démocratie et de la répression pendant que les politiciens se gargarisaient avec les perspectives d’une « Constituante ».

Et en ces jours où les privilégiés de la société algérienne, rejoints par les Macron ou les Trump, espèrent trouver une entourloupe semblable pour sauver le régime algérien de la déconfiture de Bouteflika, cette évocation romancée de l’année 2011 en Égypte a des accents d’actualité.

Olivier Belin


[1Titre original en arabe : Al-Ǧumhūriyyaẗ kaʾanna, ‘La prétendue République’. Traduction en français par Gilles Gauthier, parue en septembre 2018 aux éditions Actes Sud. Alaa El Aswany est l’auteur de nombreux romans parus en traduction française, dont le best-seller L’immeuble Yacoubian. Les éditions Actes Sud avaient déjà publié en 2011 ses Chroniques de la révolution égyptienne, disponibles aujourd’hui en collection de poche chez Babel.

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