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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 125, mars-avril 2019 > Venezuela

Venezuela

Avant et au temps d’Hugo Chávez

Mis en ligne le 29 mars 2019 Convergences Monde

Hugo Chávez a été élu président pour la première fois en 1998, après une période marquée par la crise de la dette en Amérique latine, par l’explosion des inégalités suite à des plans d’austérité et par des affrontements sociaux durs.

Après le choc pétrolier de 1974 :

la « Venezuela Saudita », un modèle de démocratie pour les riches

Le Venezuela avait connu une période assez faste dans les années 1970, surtout après le premier choc pétrolier de 1974 qui avait fait s’envoler le prix du pétrole, ce qui lui a valu le surnom de « Venezuela Saudita » (en référence à l’Arabie Saoudite). Son économie et le budget de l’État, totalement dépendant des exportations de pétrole et des redevances qui en découlaient étaient soumis aux aléas du prix de l’or noir. Durant cette période dite faste, des programmes sociaux avaient pu être mis en place, logement, santé ou subvention de produits de première nécessité pour les classes populaires. Mais le pays est resté très inégalitaire et c’est surtout la bourgeoisie qui s’est enrichie. Après la fin de la dictature militaire en 1958, un système d’alternance politique à l’américaine gouvernait. Les responsables des deux partis qui se partageaient le pouvoir, l’AD (Action démocratique, social-démocrate) et le Copei (Comité d’organisation politique électorale indépendante, démocrate-chrétien), ont profité de cette période pour se servir allègrement dans les caisses de l’État tout en continuant d’exercer une violence politique contre toute opposition. Même la « nationalisation » du secteur pétrolier en 1976 (avec indemnisations substantielles aux majors) a été en fait une manière de faire de la compagnie PDVSA (Pétroles du Venezuela SA) une sorte de multinationale, avec des filiales à l’étranger, comme le réseau de distribution Citgo aux USA, qui ne payaient pas d’impôts au Venezuela et qui ont servi notamment à Carlos Andrés Pérez, de l’AD, à alimenter des comptes secrets personnels aux USA. La corruption, l’enrichissement personnel qui aujourd’hui gangrène l’État et l’armée vénézuélienne d’autant plus que la crise s’approfondit, ne sont pas une nouveauté.

En 1989, la révolte populaire

Dans les années 1980, le pays se retrouve hypothéqué, les banques et le FMI ont exigé le remboursement des dettes (comme dans beaucoup de pays dits du tiers monde notamment en Amérique latine). C’est suite aux privatisations sauvages et à la mise en place d’un sévère plan d’austérité au Venezuela – doublement des prix dans les services publics, de l’essence, des transports – que la révolte (le Caracazo) va éclater. En février 1989, dans les cinq plus grandes villes, des émeutes éclatent à l’annonce du doublement des tarifs des bus, des manifestations, des pillages de supermarchés, etc. La répression a fait 300 morts officiellement, mais plus de 2 000 d’après certaines estimations.

Hugo Chávez, des armes aux urnes

Cela va ouvrir une période d’instabilité sociale où le retour des militaires au pouvoir est envisagé comme avant 1958. Mais cette fois-ci, c’est une organisation d’officiers subalternes, le MBR (mouvement bolivarien révolutionnaire), créé en 1982, dont le chef est Hugo Chávez, avec un discours tourné vers les masses pauvres, qui va faire une tentative de putsch en 1992. Chávez se retrouve en prison avec 1 200 autres militaires. Libéré en 1994, jouissant d’une popularité croissante, il se candidate aux présidentielles de 1998 à la tête de son parti rebaptisé « Mouvement pour la 5e République » en s’associant des petits partis de gauche dans un front patriotique et gagne à 57 %, alors que les partis traditionnels (AD et COPEI) s’effondrent.

À son accession au pouvoir, le chômage, la pauvreté, étaient au plus haut, les budgets sociaux au plus bas (- 70 % pour l’éducation et le logement en 15 ans !). Pas étonnant qu’il ait soulevé de grands espoirs dans les quartiers populaires et parmi les paysans pauvres.

Son programme, plus que modéré, se résumait à un « capitalisme à visage humain », pas question d’annulation de la dette ou de reprise en main immédiate de la compagnie pétrolière dont l’essentiel des redevances ou royalties n’allaient plus au fisc à la fin des années 90 (70 % en 1981, 38 % en 1999). Mais son discours anti-impérialiste, le fait qu’il se retrouve à la tête d’une des plus grosses puissances pétrolières du monde, le fait qu’il se rapproche de Cuba, tout cela a fait que dès le départ, la bourgeoisie vénézuélienne et le gouvernement américain ont vu d’un très mauvais œil l’accession au pouvoir de cet officier subalterne, d’origine indienne, au langage marxisant. Les partis de droite et d’extrême droite dont font partie aujourd’hui les principaux leaders opposants à Maduro, Capriles ou Guaidó, ainsi que l’Église, ont combattu pied à pied tout ce que pouvait dire ou faire Chávez, ils en avaient les moyens médiatiques en tout cas vu que les grandes familles bourgeoises détenaient tous les médias importants et c’est encore le cas aujourd’hui (groupe Cisneros).

En 1999, pour asseoir son pouvoir Chávez s’est appuyé sur son crédit dans les classes populaires. Il a lancé une émission « Aló Presidente », d’abord à la radio puis à la télévision, grâce à laquelle il s’adressait à la population pendant des heures avec questions et réponses en direct. Il encourageait ce qu’il appelait la « démocratie participative » qui se résumait surtout à de bonnes paroles mais soulevait des espoirs. Par ce biais, par voie d’élections et de référendums qu’il remporta haut la main, il va asseoir son pouvoir politique ; l’autre versant de sa politique c’est aussi de donner plus de pouvoir à l’armée (les militaires obtiennent le droit de vote, et des postes importants dans le gouvernement et l’administration leurs sont confiés), dans ce que Chávez appelait une alliance « civico-militaire ». Ses premières mesures phare sont de renforcer la sécurité sociale pour les plus pauvres (travailleurs au noir par exemple), lancer des programmes de santé, éducation, logement ou distribution de nourriture (Plan Bolivar 2000).

Le coup d’État échoué de 2002

Plusieurs lois vont définitivement mécontenter la bourgeoisie fin 2001 : une loi sur la terre pourtant timide, il s’agissait de faire un inventaire des propriétés inoccupées et de taxer les grands propriétaires qui en laissaient trop en friche afin de relancer la production locale (70 % de l’alimentation était importée). Et aussi la loi sur la gestion de l’entreprise pétrolière PDVSA, un véritable État dans l’État, sur lequel le gouvernement de Chávez voulait prendre le contrôle effectif.

Le 11 avril 2002, suite à un coup d’État, avec le soutien des principaux médias privés et celui des États-Unis, le président du patronat du Venezuela (Fedecamaras) se retrouva à la tête du pays. Mais seulement pendant 48 heures, car le gros de l’armée et des manifestations monstres sont descendues des barrios pour ramener Chávez au pouvoir.

Non satisfaite, l’opposition organisa une grève du pétrole et d’autres secteurs clef avec l’aide de la bureaucratie syndicale de la Confédération des travailleurs du Venezuela (CTV, liée à l’ancien pouvoir) pour mettre à bas Chávez, en payant y compris les grévistes ! Mais là encore, ce fut un échec et le régime chaviste en profita pour prendre le contrôle de la compagnie pétrolière PDVSA en licenciant et remplaçant tous les responsables et une partie du personnel.

Les « missions » de Chávez

Dans les années qui ont suivi, à la faveur du prix du baril qui allait monter jusqu’à 150 dollars à certains moments, Chávez put mener à bien des programmes sociaux, les « missions » en y allouant 7 % des redevances du pétrole : programmes d’éducation dans les barrios, de santé avec l’aide de 20 000 médecins cubains, subvention des produits de première nécessité grâce à un système parallèle de distribution de 7 000 coopératives, une réforme agraire qui a concerné 3 millions d’hectares (sur 30 millions) et a concerné quelque 200 000 familles.

Cette politique, même limitée, lui a valu une grande popularité, et c’est peut-être encore en partie grâce à cela que Maduro a tenu jusque là. Mais elle ne remettait aucunement en cause les fortunes de la bourgeoisie vénézuelienne (la banque n’a jamais été nationalisée ; les propriétaires terriens ont continué leur politique d’agriculture tournée presque exclusivement vers les exportations).

Atteint d’un cancer, Chávez avait désigné son vice-président Nicolás Maduro, pour lui succéder. Lorsque Chávez meurt en 2013, l’élection présidentielle anticipée est remportée par Maduro, avec seulement 50,6 % des voix. Maduro, qui avait milité dans des organisations de gauche et syndicales (il a été chauffeur de bus à Caracas) avant de rejoindre le mouvement de Chávez, ne bénéficie pas de la popularité de ce dernier.

Surtout la politique redistributive de la manne pétrolière n’a pu tenir que du temps des prix élevés du baril. Depuis, la pénurie s’est installée, et il ne reste plus grand-chose des programmes sociaux mis en place dans les années 2000.

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