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Israël-Palestine : les Arabes israéliens entrent en scène

12 mai 2021 Article Monde

Les affrontements entre jeunes manifestants palestiniens et policiers israéliens se sont poursuivis à Jérusalem-Est et rien n’indique que dans les jours qui viennent les choses vont s’apaiser. Au contraire même. La célébration samedi prochain de la « Journée de la catastrophe » (la Nakba), qui commémore l’expulsion de 750 000 Palestiniens de leurs terres et de leurs maisons lors de la création de l’État d’Israël en 1948, risque de relancer la mobilisation.

Mais au cours des derniers jours, on a vu un nombre grandissant de jeunes Arabes israéliens prendre fait et cause pour leurs frères palestiniens. Ces Arabes israéliens, qui sont environ deux millions aujourd’hui et représentent 20 % de la population de l’État sioniste, se sont toujours sentis solidaires des Palestiniens de Cisjordanie, de Gaza, de Jérusalem-Est ou de ceux qui croupissent dans les camps de réfugiés disséminés dans les pays arabes. Ils sont les descendants des 15 % de la population palestinienne originelle qui sont restés en Israël après la guerre israélo-arabe de 1948. Mais jusqu’alors cette solidarité était largement retenue ou se manifestait, lors d’élections, par le vote en faveur des listes arabes à la Knesset.

Une nouvelle mobilisation

Aujourd’hui ils descendent dans la rue et manifestent un peu partout sur le territoire israélien. Cela a été le cas dans le nord du pays, à Jisr A-Zarqa, Wadi Ara et Saint-Jean-d’Acre, au centre, à Jaffa, le quartier arabe de Tel Aviv et dans le sud à Beersheva, où plusieurs centaines de jeunes se sont réunis devant l’université Ben Gourion, dans le sud de la ville.

Les incidents les plus sérieux ont eu lieu à Lod, ville proche de Tel Aviv qui jouxte l’aéroport international. Les vols ont été temporairement suspendus et les autorités ont imposé l’état d’urgence, donnant à la police des pouvoirs encore plus étendus que ceux qu’elle avait déjà. Au cours de mini-émeutes, des bagarres ont opposé Juifs et Arabes et une synagogue a été incendiée.

Ce qui a amené le chef de l’État, le président Reuven Rivlin, à déclarer : « Les scènes de pogrom à Lod et les troubles à travers le pays de la part d’une foule arabe assoiffée de sang, blessant des personnes, endommageant des biens et s’attaquant même à des lieux sacrés juifs, sont impardonnables. » Certains officiels ont même comparé les violences de Lod à la nuit de Cristal, un pogrom organisé par les nazis contre les Juifs dans la nuit du 9 au 10 novembre 1938 à l’échelle de l’Allemagne, au cours duquel des centaines de magasins appartenant à des Juifs furent vandalisés.

Il s’agit là d’une rhétorique sioniste classique qui vise à comparer les Arabes israéliens et les autres Palestiniens aux nazis pour faire passer la répression menée par la police et l’armée israéliennes comme de simples mesures d’auto-défense et de survie.

Discriminations multiples

Mais pourquoi les Arabes de l’État hébreu – qui sont sur le papier des citoyens à part entière, tout comme leurs concitoyens juifs – en viennent-ils à se révolter et à descendre dans la rue ?

Parce que, dans les faits, ils ont toujours été considérés comme des citoyens de seconde zone. Ils sont discriminés à l’embauche et pour la recherche de logement. Leurs écoles sont sous-financées par rapport aux écoles juives, on ne leur accorde qu’avec parcimonie des permis de construire (alors que des Juifs n’ont aucun mal a en obtenir), leurs quartiers et leurs villages sont largement laissés à l’abandon par les autorités israéliennes, qui, dans le même temps, investissent des milliards dans les nouveaux quartiers juifs des colonies.

Au total, il existe dans le droit israélien une cinquantaine de lois discriminatoires à l’égard des non-Juifs en général, et des Arabes en particulier. Et les choses ne font que s’aggraver au fil des années.

Une situation qui fait dire à Thabet Abou Rass, un des porte-paroles de la communauté arabe en Israël et un membre actif de l’organisation pacifiste Une terre pour tous : « Il y a une exclusion systématique de la société arabe en Israël et nous avons atteint le point d’ébullition. »

Et l’explosion qui se produit actuellement n’est que l’aboutissement d’un processus qui a commencé avec la naissance même d’Israël.

12 mai 2021, Jean Lievin


Un affrontement militaire asymétrique

Si les appels hypocrites à la « modération » se multiplient de la part de l’ONU et des grandes puissances – ce qui revient à renvoyer dos à dos les opprimés et les oppresseurs – les affrontements purement militaires entre, d’une part le Hamas et le Djihad islamique à Gaza, et l’armée israélienne de l’autre, montrent la gigantesque disproportion des forces en faveur de cette dernière.

Sur le millier de roquettes de fabrication artisanale lancées par les islamistes palestiniens contre le territoire israélien, 850 ont été interceptées par le système anti-missiles « Dôme de fer », livré à Israël par les États-Unis. À l’exception d’une ou deux tombées sur une ville côtière en détruisant quelques maisons et en faisant six morts et quelques dizaines de blessés, toutes les autres sont tombées dans la nature en provoquant des feux d’arbres et de broussailles. Mais ces tirs sont moins militaires que politiques. Pour le Hamas, il s’agit d’occuper le devant de la scène et de tenter de récupérer le mouvement de révolte de la jeunesse palestienne qui a commencé sans lui.

Par contre la puissance de feu de l’armée israélienne et ses 250 raids ont provoqué la mort de 56 personnes à Gaza (parmi eux cinq chefs militaires du Hamas et deux du Djihad islamique) dont 14 enfants. Et parmi les « dommages collatéraux », cinq maisons détruites, une école endommagée, une usine dévastée, un centre médical visé, une mosquée touchée et trois puits d’eau détruits. Difficile d’affirmer qu’il s’agissait là d’objectifs militaires.

Mais pour Tsahal – le nom de l’armée israélienne – il s’agit moins d’affaiblir le Hamas que de terroriser l’ensemble de la population palestinienne, notamment celle de Gaza qui subit, depuis 14 ans, le blocus d’Israël… et de l’Égypte.

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