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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 106, juin-juillet-août 2016 > Dans les entreprises

Heppner Strasbourg : Après 3 semaines de piquet de grève les salariés ne lâchent rien !

« L’entreprise familiale : une affaire qui marche. » C’est le titre que portait le reportage que TF1 a consacré à l’entreprise de transports Heppner le 21 mars dernier. Le journaliste y vantait une entreprise modèle qui n’avait jamais licencié. Moins de deux mois plus tard, c’est la douche froide.

La direction annonce la fermeture de trois sites (Saint-Ouen-l’Aumône, Brie-Comte-Robert et Strasbourg), totalisant 124 postes menacés de suppression. À Strasbourg, l’activité logistique devrait disparaître pour la fin de l’année. La direction voudrait que ses 63 employés se débrouillent avec des indemnités extra-légales ridicules (3 000 euros proposés initialement). Mais aucun d’eux n’a envie de s’en contenter, ni de laisser le patron s’en tirer à si bon compte. Dès le vendredi 29 mai, les travailleurs du site de Strasbourg ont débrayé, un peu comme pour un coup de semonce, et le mardi 1er juin, la grève a commencé pour de bon, avec la quasi-totalité de ceux qui sont menacés. Seuls les chefs sont restés au boulot. Les autres se relayent jour et nuit pour tenir les piquets devant les portes des deux sites strasbourgeois et filtrer les entrées.

Malgré la fatigue ils tiennent bon. Pourtant, ils ont eu droit à tout de la part de la direction. Craignant que leur lutte ne donne des idées aux employés du pôle transport, elle a interdit aux chauffeurs de camions de parler aux grévistes. Elle a dépêché un huissier qui ne quitte plus l’entreprise. Sur la base de dénonciations du DRH, l’huissier a tenté de transmettre aux grévistes des assignations à comparaître pour entrave au travail. En réalité il les a jetées par terre devant le piquet car aucun gréviste n’a daigné prendre la peine de tendre la main pour recevoir son assignation. Qu’importe, le tribunal les a annulées quelques jours plus tard. Alors la direction est allée plus loin. Très loin même, jusqu’à suggérer à des conducteurs de forcer le passage avec leurs camions. C’est finalement le patron d’une petite entreprise sous-traitante qui a tenté de forcer le piquet au volant d’un 33 tonnes. L’un des grévistes s’est retrouvé sous le pare-chocs, inanimé. Fort heureusement, il n’a subi aucune blessure grave mais l’incident en dit long sur la détermination du patronat, même ‘familial’.

Sur la bretelle d’autoroute qui longe l’entrée du site, c’est une symphonie permanente de coups de klaxons et de gestes d’encouragement. La lutte des Heppner devient populaire et donne du courage à bien des travailleurs qui se sentent vengés par ces quelques dizaines de femmes et d’hommes qui tiennent tête à leur patron. Au septième jour de grève, une dizaine de cheminots, en grève eux aussi, ont rendu visite au piquet des Heppner qui les ont accueillis par un tonnerre d’applaudissements. Ce n’est pas encore la convergence des luttes, dont tout le monde parle tant, mais les discussions fraternelles qui se sont engagées ont regonflé le moral des deux côtés. Dans le sillage de la mobilisation contre la loi travail, qui ne cesse pas depuis trois mois, bien des luttes se sont déclarées dans des entreprises plus ou moins grandes. À l’heure où nous écrivons, les travailleurs d’Heppner sont dans leur troisième semaine de grève, leur lutte continue.

Correspondant


Les Schmitt, une famille en or

Heppner, une entreprise familiale ? Sans doute puisqu’elle est toujours dirigée et détenue à 100 % par la famille Schmitt, qui l’a fondée en 1925. Mais qu’on ne s’y trompe pas, Heppner n’est pas une PME mais bien l’un des poids lourds du transport avec près de 70 sites, plus de 3000 salariés et plusieurs filiales. Loin d’être dans la panade, Heppner a réalisé l’an dernier un chiffre d’affaire de 637 millions d’euros, en hausse depuis plusieurs années. La fortune de la famille Schmitt, estimée à 120 millions d’euros, la classe parmi les 500 plus riches de France. Heppner est une grande famille !

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