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Grève en temps de pandémie : ce serait un crime de réagir ?

Éditorial des bulletins d’entreprise du RSO-Allemagne, du 18 août 2021

20 août 2021 Article Monde

(Photo : manifestation d’hospitaliers le 19 août 2021)

La campagne des législatives tourne à plein régime ; partout des affiches de candidats radieux nous promettant tout et son contraire, du SPD [1] à la CDU [2] en passant par Die Linke [3] ou les Verts : des loyers abordables, des retraites moins misérables, la protection de l’environnement et l’amélioration des services publics. Ce sont pourtant eux, ces partis, qui sont responsables des dégradations de nos conditions de travail et de vie, par leur politique de privatisation des hôpitaux et des loyers, d’austérité dans les services publics et de réformes Hartz IV [4] contre les chômeurs. Et par-delà toutes leurs promesses électorales, ils montrent aujourd’hui quel cas ils font des luttes et grèves en cours, menées par celles et ceux qui ne veulent plus subir les conséquences de leurs politiques.

Car les mêmes qui réclament davantage de justice sociale dans cette campagne électorale, s’insurgent contre les grèves à la Deutsche Bahn, refusent les augmentations de salaire dans les hôpitaux de Berlin, et acceptent qu’une juridiction ait interdit une « grève d’avertissement » de deux jours dans le groupe hospitalier Vicantes, groupe public. Sous un gouvernement « rouge-rouge-vert » ! [5].

Le manque de soignants n’est pas un « problème Covid »

Le manque de personnel qualifié dans la santé était un problème, bien avant la pandémie, alors que les médias ne le couvraient pas et qu’on n’applaudissait pas aux balcons. À l’hôpital de La Charité à Berlin, par exemple, les collègues ont manifesté dans la rue et fait grève à plusieurs reprises depuis 2014 pour réclamer davantage d’effectifs. L’année dernière encore, lors de la renégociation de la convention collective des services publics, ils ont fait grève aux côtés de centaines de milliers d’autres. Cette année, les mouvements ont eu lieu dans les deux groupes hospitaliers régionaux de Berlin, la Charité et Vivantes, ainsi que dans des filiales de Vivantes, unifiés sous le mot d’ordre « Mouvement des hôpitaux de Berlin – Plus de personnel et une convention collective pour tous [6] ».

Depuis des semaines, différents secteurs ont débrayé, ce qui pourrait culminer dans une « vraie » grève fin août, tous ensemble. Les directions des cliniques de leur côté y vont déjà de leur propagande : avant comme depuis le Covid, à chaque fois les patrons du secteur hospitalier reprochent aux soignants de mettre en péril, par leurs grèves, la vie des patients. Si la pandémie a bien montré une chose, c’est que ce sont les conditions quotidiennes de travail dans les services qui mettent en danger les patients.

Tous les trains sont bloqués…

Les cheminots aussi, après deux premiers jours de grève, se sont vus confrontés à une meute de dirigeants de la Deutsche Bahn, politiciens et « experts économiques » dressés contre eux sur tous les médias. À croire qu’ils demandent 10 % de salaire en plus, qu’ils exigent 90 000 euros d’augmentation annuelle – ce que le dirigeant de la Deutsche Bahn, Lutz, a revendiqué pour lui-même l’an dernier…

Mais non, il s’agit d’une revendication plutôt timide du syndicat des conducteurs GDL [7] : 1,4 % d’augmentation pour cette année, 1,8 % pour la prochaine, et 600 euros de prime Covid. C’est l’équivalent de ce qui a été obtenu dans les services publics l’année dernière. Mais la direction voudrait geler les salaires pour ce round de négociation, et s’attaquer à la petite retraite complémentaire qu’elle paie aux cheminots.

Les cheminots ont travaillé durant toute la pandémie. Revendiquer une prime Covid est plus que légitime. Au vu de l’inflation, il faudrait revendiquer des augmentations bien plus importantes, pour qu’elles ne soient pas englouties par la hausse de prix. Les cheminots sont loin d’être des privilégiés, contrairement à ce que les patrons de la DB et leurs amis journalistes ou politiciens voudraient nous faire croire. Leur lot, ce sont les horaires décalés, le travail de nuit, une responsabilité importante, voilà leur quotidien.

De nombreux autres travailleurs connaissent de telles conditions, connaissent aussi l’arrogance des chefs qui réclament leur « contribution » à la rentabilité de l’entreprise. Cette grève est tout aussi justifiée et nécessaire que dans les hôpitaux et ailleurs. Ces commentaires anti grève agressifs de la presse voudraient probablement nuire à la solidarité entre les salariés ! Mais pas si facile.

Oui, on ose !

Eh oui, il est vital de faire grève, même en pleine pandémie ! Au bout du compte, il en va des intérêts de tous les travailleurs, de tous les secteurs. Si certains relèvent la tête pour affirmer qu’ils ne se laisseront pas prendre pour des idiots et qu’ils ne sont pas prêts à payer pour la crise ; s’ils arrivent à imposer leurs revendications pour de meilleurs salaires et conditions de travail, ce sera un encouragement pour tous les travailleurs. Et voilà qui peut réellement faire la différence !


[1Parti social-démocrate.

[2Parti chrétien-démocrate, d’Angela Merkel.

[3« Parti de gauche ».

[4Série de réformes mises en place sous le nom de « Agenda 2010 » par la coalition social-démocrate/écolo au milieu des années 2000, concernant notamment les retraites, l’assurance chômage et les « minima sociaux ».

[5Une coalition de gauche entre Die Linke, le SPD et les Verts, qui constitue le gouvernement régional de Berlin.

[6Une partie des services qui ont été sous-traités à des filiales ne sont pas rattachés à la convention des services publics.

[7Plus de détails sur la GDL et sur l’origine de la grève, du 16 avril 2021 : La Deutsche Bahn en Allemagne : guéguerre syndicale ou lutte de classe ?

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