Grève du 18 octobre : nous sommes tous concernés
8 octobre 2007 Éditorial des bulletins L’Étincelle
La moitié des cheminots touchent moins de 1 293 euros nets par mois, 14 % touchent 985 euros par mois : voilà les revenus des retraités prétendument « privilégiés » des régimes spéciaux de la SNCF. Régime dont on rappelle au passage qu’il est intégralement financé par les cotisations des cheminots, plus lourdes que pour les autres caisses de retraite.
Le jeudi 18 octobre prochain, les cheminots seront rejoints par les agents de la RATP, d’EDF et de GDF, dont les syndicats ont fini par se décider à appeler eux aussi à la grève pour défendre leurs retraites. Mais des enseignants seront également de la partie, alors que leurs retraites ont déjà été alignées sur celles du privé.
La remise en cause des régimes spéciaux n’est en effet qu’un prélude à une attaque contre toutes les retraites
Fillon a déjà annoncé que le nombre d’annuités nécessaires pour toucher une retraite complète va passer dès 2008 à 41 voire 42. Le but n’est d’ailleurs pas tant de nous faire travailler jusqu’à 65 ou 70 ans. Passé 50 ans, les patrons n’ont de cesse de nous faire partir en préretraite pour nous remplacer par des intérimaires encore moins payés. Par contre, il s’agit d’amputer considérablement le montant des retraites.
C’est là le fond du problème. Le gouvernement s’en prend en fait au niveau de vie de l’ensemble des travailleurs. Il va falloir « Travailler plus »… pour gagner moins ! Dans le public, il va inciter les fonctionnaires à partir avec un petit pécule et ne remplacer qu’un retraité pour deux. Dans le privé, il va faciliter le licenciement, remettre en cause la durée légale du travail parallèlement à l’augmentation constante des cadences de travail. On connaît déjà le résultat. Partout ceux qui restent voient leur charge de travail augmenter avec la réduction des effectifs.
Que gagnerons-nous de plus ? Certainement pas de quoi compenser la baisse des retraites. Ni de quoi compenser non plus les franchises médicales et permettre aux plus pauvres, voire même à une bonne partie des autres, de se soigner correctement. Tout cela alors que les salaires reculent depuis des années par rapport au coût de la vie (même le Smic ne sera pas augmenté cette année).
Retraites, salaires, emploi, tous nos problèmes sont liés
Tous les travailleurs doivent se sentir concernés par la lutte qui se prépare, à l’instar de bien des jeunes de la SNCF (80 000 embauchés sur 178 000 cheminots le sont seulement depuis 1995) : la direction comptait sur l’aspect lointain pour eux du problème des retraites pour faire passer son mauvais coup. Or, si l’on en croit les discussions dans les assemblées de préparation de la grève et entre collègues, ils ne sont pas les derniers à vouloir en découdre et à se mobiliser, eux dont la retraite après 37,5 années de travail est la contrepartie d’un salaire d’embauche avoisinant souvent les 1 000 euros.
Le 18 octobre n’est qu’une étape. Nous savons qu’il en faudra plus au gouvernement pour qu’il abandonne tout ou partie de ses projets. Pour le faire plier, il faudra au moins un mouvement de larges pans de la classe ouvrière. Le meilleur moyen pour cela, c’est de mettre en avant les revendications communes à tous. Par exemple, en embauchant partout où il y a manque d’effectifs, avec un salaire minimum à 1 500 euros nets, on résorberait le pseudo « trou » de la Sécu sans taxer les malades, et on aurait assez de cotisations pour payer une retraite à taux plein après 37,5 annuités pour tous, travailleurs du privé comme du public.
Parmi les travailleurs des secteurs qui ne sont pas appelés à la grève le jeudi 18, beaucoup attendent et espèrent que ce premier round en prépare un second, plus puissant encore. Oui, il faudra se retrouver tous ensemble à la prochaine occasion, pour ne pas se faire battre séparément. C’est tous ensemble que nous pourrons riposter avec succès aux attaques gouvernementales.

