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Françafrique : Les présidents passent, Total et Bolloré restent

22 février 2007

Réunissant à Cannes, pour la dernière fois de sa carrière présidentielle, le sommet Afrique-France (24e du genre), Chirac a joué à l’« ami de l’Afrique » et s’est permis des envolées pour dénoncer le pillage du continent, la colonisation, les dégâts sur l’environnement, le fléau du sida. En exemple d’Aide publique au développement, il a vanté sa taxe sur les billets d’avion. Grâce à elle, 18 pays africains auraient adhéré à Unitaid, un mécanisme d’achat de médicaments moins chers contre le sida, le paludisme et la tuberculose. Jusqu’ici pourtant, seuls 5 % de ces financements ont été alloués à des programmes de santé aidant concrètement les populations, les 95 % restants étant investis notamment dans de grands laboratoires pharmaceutiques. L’art de reprendre d’une main ce qu’on prétend donner de l’autre. Mais Chirac n’a pas perdu la boussole puisque le thème principal de son dernier sommet était les matières premières, l’essentiel pour les capitalistes français. Sans être directement présents au festival, les TotalFinaElf, Péchiney, Bouygues et autres Bolloré étaient les vedettes.

Certes, il y avait des trouble-fête. D’abord la répression en Guinée d’une opposition populaire tenace. Mais Chirac n’en a pas parlé. Ensuite, la guerre du Darfour, qui a déjà fait plus de 200 000 morts. Chirac s’est baptisé « facilitateur » et a obtenu des dictateurs du Soudan, du Tchad et de Centre-Afrique un pacte de non-intervention chez le voisin, qui peut-être, si lesdits dictateurs ont les moyens et la volonté de le faire respecter, permettrait aux intérêts français dans la région de fructifier sans gêne... et montrerait que le gouvernement français peut avoir de bonnes relations avec le gouvernement soudanais, n’en déplaise aux Etat-Unis.

Les médias se sont demandé si le départ de Chirac n’allait pas marquer la fin d’une ère, de cette « Françafrique » lancée par Gaulle et ses réseaux Foccard, Pasqua et compagnie... et relayée par Mitterrand, père et fils. Le dictateur du Gabon, Omar Bongo, grand ami de la France et de Total, affirme que non.

Nicolas Sarkozy ? Pas de problème, « parce qu’on est amis » dit-il, « si demain il me renie parce qu’il est président, je lui dirai : « ce n’est pas sérieux Nicolas ». L’affaire est entendue.

Ségolène Royal ? Dans un article de Témoignage chrétien, elle dénonce « la droite française à l’origine depuis cinq ans de désordres sans précédent sur le continent africain ». Mais ne dit rien du génocide Rwandais avec le soutien et l’aide de l’armée française, sous la présidence de Mitterrand. Rien de ce dictateur socialiste Gbagbo, mis en place avec l’aide du gouvernement Jospin, en Côte d’Ivoire aujourd’hui en proie à la guerre. D’ailleurs les solutions pour l’Afrique que préconise la candidate socialiste, ses micro-crédits, ressemblent comme des gouttes d’eau à la taxe sur les billets d’avion de Chirac, pendant que les mégas crédits et les prébendes de l’Etat français sont réservés aux trusts qui pillent l’Afrique. Ségolène Royal voudrait aider les femmes africaines à monter une sécherie de poisson ou autre artisanat, pour garder leurs fils au pays au lieu de les voir risquer leur vie sur une embarcation de fortune et devenir chômeurs en France. Ainsi, la France n’hériterait pas de la misère du monde, dit-elle avec un clin d’œil appuyé aux xénophobes français. Mais il y aurait toujours les trusts français razziant l’Afrique.

Rien d’étonnant si à ce festival de Cannes, on comptait nombre de tortionnaires de leurs propres peuples (souvent anciens adjudants ou officiers de l’armée française) : Omar Bongo - l’homme de Total-Elf au Gabon - au pouvoir de plus 40 ans grâce aux fraudes électorales, Idriss Déby qui impose la terreur au Tchad mais permet à l’armée française de maintenir sa plus grande base militaire sur le continent, Denis Sassou Nguesso qui a fait massacrer des dizaines de milliers de civils par ses milices Cobras au Congo Brazzaville en 1997.

Voilà les « bons amis » garants du maintien des intérêts des sociétés françaises. Un système qui ne finira qu’avec l’expropriation des trusts qui pillent les richesses du continent, à commencer par les trusts français.

Anne Hansen

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