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Fermeture des écoles : un an après, rien n’a changé !

6 avril 2021 Article Politique

Premier jour d’« école à la maison », premier énorme bug informatique qui, dans un grand nombre de régions, empêche les gosses de se brancher ! Bravo Blanquer ! Voilà pourtant des mois que Macron et ce zélé Blanquer fanfaronnaient autour de « l’exception française », en se félicitant que la France soit un des pays européens où les écoles ont été fermées le moins longtemps. Blanquer se targuait même « d’épargner à la France » la « catastrophe éducative » mondiale potentielle que représente l’épidémie. Sa formule magique ? Une bonne dose de méthode Coué sur tous les plateaux télé pour se convaincre que « ce n’est pas à l’école que les enfants se contaminent », et vive l’ouverture des fenêtres et le port du masque pour tout protocole !

Une année pour quoi ?

La fermeture des écoles pendant le premier confinement reste un mauvais souvenir pour tout le monde. Source d’angoisse pour les élèves et les familles, et en particulier pour celles, nombreuses, qui n’avaient pas l’équipement informatique suffisant, la période a été également un vrai casse-tête pour les enseignants, obligés de bricoler chacun dans leur coin face au manque d’anticipation. Dans un système scolaire déjà champion des inégalités, la fermeture des écoles les a encore accentuées.

« Plus jamais ça », c’est un peu ce qui mettait tout le monde d’accord au sortir de cette période de fermeture. Mais alors, qu’a mis en place le ministère depuis le mois de mai dernier ?

Des moyens matériels ? Dans bien des établissements, on a longtemps attendu les fournitures en gel hydroalcoolique ou en savon. Passons sur l’épisode des masques potentiellement toxiques que quelques chanceux avaient reçus dès septembre et qu’il a fallu rendre. On a même vu des enseignants s’échanger des tutos sur les réseaux sociaux pour fabriquer soi-même des purificateurs d’air. Ce qui ressort, ce sont surtout d’énormes disparités entre les établissements, aussi en fonction des collectivités locales…

Des postes ouverts aux concours ? Un recrutement massif d’enseignants pour mettre en place des effectifs réduits ? Le budget 2021, comme celui de 2020, ne prévoit aucune création d’emploi globalement. Pire, il supprime des postes dans les collèges et lycées.

Un « protocole » maintes fois « renforcé » ? Quelle blague. Avec des conditions durcies pour fermer les classes au fur et à mesure que l’épidémie progressait. Et une incitation à favoriser la distance entre les élèves et à limiter le brassage « dans la mesure du possible », autant dire pas souvent dans la réalité. Dans certains lycées, le passage en demi-groupes dès le mois de novembre pour permettre cette distanciation a été imposé par les mobilisations. Mais rien de tel n’a été possible dans les collèges ou les écoles.

Des formations sur le « distanciel » ? La grande majorité des enseignants n’en ont pas vu la couleur. Du matériel, alors ? Tout au plus une « prime informatique » de 150 euros net versée fin février pour les enseignants – et pas pour tous les contractuels –, censée permettre à chacun de s’équiper…

Comme un air de déjà-vu

Cette semaine, « l’école à la maison » fait son grand retour. Faute d’avoir pris les mesures nécessaires non seulement à l’école, mais dans toute la société – car les hôpitaux non plus n’ont pas reçu les effectifs ni les moyens suffisants pour éviter un nouvel engorgement, et le gouvernement a tout fait pour ne pas imposer la moindre contrainte aux grandes entreprises pour éviter les contagions – la fermeture des établissements scolaires s’est imposée à nouveau.

Pour bien des enseignants, il y a un mélange de soulagement et de colère. Soulagement de sortir d’une situation intenable, face à l’augmentation fulgurante des cas de Covid dans certaines classes, au non remplacement des collègues malades ou cas contact… Soulagement sans doute aussi d’une partie des élèves qui craignaient de ramener le virus à la maison. Mais aussi la colère de se retrouver encore devant le même choix binaire : soit on laisse les écoles ouvertes mais sans les moyens suffisants, soit on les ferme complètement, au détriment, nécessairement, de l’apprentissage et du suivi des élèves, et d’abord des plus fragiles. En somme, le sentiment d’un immense gâchis, alors qu’il aurait été possible de faire des choix bien différents ! De mettre en place des groupes réduits partout, de recruter des enseignants ou des animateurs pour s’occuper des enfants, d’occuper d’autres lieux… Et toujours des inquiétudes pour la suite, car au-delà de la désorganisation du calendrier scolaire avec une ou deux semaines en distanciel encadrant les vacances, les perspectives pour la suite restent bien floues, tant sur les possibilités de reprise que sur la vaccination.

Injonction aux « classes virtuelles »

Cerise sur le gâteau, les mêmes qui, au gouvernement, défendaient les écoles ouvertes coûte que coûte au nom de la lutte contre le décrochage et les inégalités, mettent aujourd’hui l’accent sur l’enseignement en visioconférence… Sans doute une des plus inégalitaires parmi les modalités d’enseignement à distance !

Des directives semblent ainsi avoir été transmises pour multiplier les cours en visio… Mais en l’absence de cadre clair, la réalité des pressions dépend surtout du zèle plus ou moins important des chefs d’établissement… Certains allant jusqu’à exiger des enseignants qu’ils fassent l’appel pour chaque heure de cours à distance ! Mais comment exiger des élèves une présence derrière la caméra de 8 à 17 heures, quand dans bien des familles populaires, s’il y a un ordinateur, il faut le partager entre les enfants… voire avec les parents en télétravail ? Sans parler de la difficulté à rester concentré face à un ordinateur ou un téléphone portable !

Pour la première journée « en distanciel », la question ne s’est même pas posée : dans une demi-douzaine d’académies, les Espaces numériques de travail (ENT) n’ont pas supporté l’afflux de connexions, tandis que la plateforme du Cned était victime, d’après le ministère, d’une attaque « apparemment venue de l’étranger ». Plutôt bel engorgement de leur système en dessous de tout. Blanquer avait pourtant répété que nous étions « prêts »…

Sabine Beltrand

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