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Explosion au Liban : rien à attendre, ni des classes dirigeantes locales… ni de Macron !

14 août 2020 Article Monde

200 morts, 6 000 blessés et près de 300 000 sans-abri, voilà le bilan de l’explosion du port de Beyrouth par négligence des autorités. Tout comme l’explosion de l’usine AZF à Toulouse en 2001, par la faute du groupe Total. La population libanaise ne décolère pas et a raison d’accuser tous les clans dirigeants du pays, occupés qu’ils sont depuis trente ans à se bâtir des fortunes sur le dos des classes populaires. Elle n’a rien à attendre non plus de « l’aide » de Macron débarqué dès le 6 août pour se poser en organisateur de l’aide internationale. Quelques jours plus tôt et avant la tragique explosion, le ministre français des affaires étrangères, Le Drian, était venu faire la morale à cette population libanaise, lui reprocher de ne pas être prête à de nouveaux sacrifices pour mériter une aide financière du FMI, sur le ton de celui qui se croit encore au temps des colonies !

L’explosion géante a soufflé tout le centre-ville, les silos qui contenaient 85 % de la réserve de céréales du pays, et la moitié des hôpitaux. Elle s’ajoute à la crise économique profonde que vit la population depuis l’année dernière : hyperinflation (prix multipliés par dix pour certaines denrées de base), licenciements en masse, restrictions bancaires pour les petits épargnants. Sans parler des services publics déliquescents, voire inexistants.

Qu’ils s’en aillent tous !

Excédée par un système politique dont les leaders – milliardaires du BTP, banquiers, affairistes en tout genre et de toutes les communautés confessionnelles –, se partagent le pouvoir et dilapident l’argent public, la population libanaise avait manifesté en masse dès le 17 octobre 2019. Les mesures d’austérité, les augmentations de taxes venaient s’ajouter aux coupures d’eau et d’électricité, au chômage (46 % de la population), c’en était trop ! La jeunesse et la population laborieuse exigeaient que l’argent volé soit rendu et que toute la clique dirigeante s’en aille. Le gouvernement de Saad Hariri a fini par démissionner fin 2019 en remballant les mesures d’austérité prévues pour 2020.

Sous le confinement, une même explosion de colère

Les manifestants scandaient « On préfère mourir du corona que de la faim », « Révolution », « Le peuple veut la chute du régime ». Ni la répression du nouveau gouvernement de Hassan Diab, ni les attaques de militants des Forces libanaises (parti chrétien) ou du Hezbollah (parti chiite), tous d’accord contre les manifestants, ne les ont découragés.

La nouveauté de ces manifestations, c’est qu’elles unissent des Libanais sunnites, chrétiens ou chiites dans le même dégoût des clans confessionnels qui se partagent le pouvoir (un président de la république chrétien, un premier ministre sunnite et un président de l’assemblée nationale chiite). Les classes populaires – près de 50 % de la population vit actuellement sous le seuil de pauvreté –, ne veulent plus de ce système où la classe politique organisée en clans confessionnels, sous influence des puissances occidentales ou locales, maintient la population dans une division artificielle. Tout cela pour mieux extorquer les richesses à son profit, jusqu’à accumuler 92 milliards de dette publique sans aucune retombée pour la population. La catastrophe du port de Beyrouth témoigne de la négligence notoire des autorités, plus occupées à sauver les banques libanaises qu’à assurer des services vitaux pour la population. Ce week-end, les manifestants en colère (ils sont des milliers ou dizaines de milliers à manifester quasi quotidiennement depuis la catastrophe) ont exigé de la classe dirigeante qu’elle dégage : du parti sunnite « Courant pour le futur » au Hezbollah en passant par les partis chrétiens (dont fait partie le président de la république, Michel Aoun, un général proche des autorités françaises). Des ministères ont été brièvement occupés par la population, le siège de l’Association des banques libanaises brûlé. Lundi, le gouvernement d’Hassan Diab a finalement démissionné.

La mise en scène de Macron

Alors Macron a débarqué très vite à Beyrouth avec un convoi d’aide humanitaire, promettant quelques dizaines de millions d’aide de l’UE, une broutille. Il s’est érigé en mentor de l’aide internationale, participant avec trente chefs d’État à une visio-conférence pour « sauver » le Liban. Mais ces dirigeants sont surtout préoccupés de contrôler la situation. La ministre française des armées y est actuellement, avec tout un arsenal militaire, sous prétexte de déblaiement du port détruit. Et Macron y est allé de ses conseils pour qu’un nouveau gouvernement « fasse ses preuves » et pourquoi pas sous tutelle internationale !

Mais c’est précisément de cette ingérence permanente des grandes puissances pour se tailler la part du lion dans la région dont souffre la population libanaise ! C’est l’État français lui-même qui y avait instauré le système de division confessionnelle, pour asseoir à l’époque son pouvoir dans son ancien protectorat.

Les classes populaires libanaises, qui ont fait preuve de solidarité et d’entraide pendant le confinement et à la suite de la dévastation de Beyrouth, ne doivent compter que sur elles-mêmes face à la rapacité de la bourgeoisie locale et aux ambitions de ceux qui prétendent les sauver. Leurs seuls alliés réels sont les travailleurs et cette jeunesse qui partout dans le monde manifestent aujourd’hui contre des possédants et des gouvernants qui les acculent à la misère.


Image By Shahen books - Own work, CC BY-SA 4.0/WikiCommons Beirut 2019

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