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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 94, juin-juillet-août 2014 > DOSSIER : Élections européennes, pas de surprise pour ceux qui ont fait le (...)

Élections européennes : pas de surprise pour ceux qui ont fait le lit du FN

Manuel Valls, en bon comédien, a présenté une mine grave et catastrophée au soir des élections européennes, qualifiant de « séisme » les scores de ce dernier scrutin, que tous avaient grosso modo pronostiqués, y compris son propre parti. Au point d’en faire un argument de vote, agitant à plaisir l’épouvantail du FN tout au long de la campagne électorale. La raclée annoncée du Parti socialiste (moins de 14 % des exprimés) n’avait nullement détourné Hollande et Valls de leur politique, caractérisée entre autres par les cinquante milliards d’économies budgétaires à faire sur le dos des plus pauvres – ils ont qu’à ne pas être aussi nombreux ! – avec son fameux « Pacte de responsabilité ». Même si, après la déroute des élections municipales, le gouvernement avait tenté d’en atténuer les effets dévastateurs en faisant la promesse pour l’année à venir de la baisse d’un milliard d’impôts pour les plus petits contribuables… après tout de même une augmentation de 12 milliards pour l’année en cours. Ce qui n’a pas eu l’effet escompté, les « cochons de payants » ayant réitéré à leur manière leur désaveu dans les urnes.

Bien sûr en utilisant surtout un moyen trompeur au regard de leurs propres intérêts. Pas tant par l’abstention qui, alors qu’elle était annoncée plus importante que jamais, a été dans les faits de près de deux points inférieure à celle de 2009 (43 % de participation en 2014). Mais par le vote pour le parti des Le Pen, avec un taux record, encore supérieur à celui des municipales, se montant cette fois à 25 % des exprimés (6,34 % en 2009).

Ceux qui ont distillé la même démagogie que le FN, les mêmes poisons

Cette victoire pour le FN, devant laquelle au soir des élections presque tous les représentants de partis ont fait les étonnés et les indignés, a été préparée davantage par eux-mêmes − qui s’étaient relayés ces dernières années au pouvoir en faisant la même politique − que par la propagande des militants de Marine Le Pen. Ils n’ont pas seulement fourni à cette dernière les arguments prouvant que les couches populaires n’avaient à attendre que des coups de la part de ces partis. Ils ont fait la même démagogie que le Front national, distillé les mêmes poisons. Essayant même de le doubler sur sa droite.

C’est ainsi que Montebourg, quelques jours avant le scrutin, nous sortait son décret sur la surveillance des prises de contrôles d’entreprises françaises par les firmes étrangères, histoire de se montrer plus franchouillard que la droite et l’extrême droite, caressant « le patriote » dans le sens du poil. De Villepin, quand il était aux manettes, en avait fait passer un semblable avec le succès que l’on a pu constater.

C’est ainsi que Mélenchon et le PCF brandissaient eux aussi leur volonté d’en finir avec l’euro, comme si dans des pays comme la Grande-Bretagne qui ont leur propre monnaie nationale, l’austérité n’était pas aussi durement imposée aux classes les plus pauvres. Sans compter ce tintouin sur le TAFTA (en français le GMT - Grand marché transatlantique) − un traité de plus pour essayer de réglementer le commerce international en faisant valoir les différents intérêts des capitalistes de chacun des pays. Un tintamarre orchestré par le FN, mais aussi par le Front de gauche et d’autres prétendus membres de la « Gauche de la Gauche ». Dans le but essentiel de désigner les Américains comme adversaires du « bon peuple » français (voire, pour le coup, européen !) plutôt que les capitalistes exploiteurs de tous les pays et en particulier du leur.

Du chauvinisme à la propagande anti-immigrés et au racisme, il n’y a jamais bien loin. C’est ainsi qu’on a vu des candidats du Parti socialiste aux dernières municipales, comme celui d’Aulnay-sous-Bois en Seine-Saint-Denis, faire une campagne anti-Roms qui n’avait rien à envier à celle des candidats de l’extrême droite. Sans compter les discours de « fermeté » à l’égard de « l’immigration illégale » et les mesures à l’égard des sans-papiers, dont se sont vantés les responsables du Parti socialiste au gouvernement, notamment lors de « l’affaire Leonarda ». On vient encore d’en avoir une illustration avec la honteuse expulsion des migrants de Calais, accompagnée de la destruction de leurs campements, au prétexte qu’ils seraient atteints de la gale…

La droite, elle non plus, n’a pas voulu être en reste sur ce terrain nauséabond. Elle a applaudi Sarkozy qui, quelques jours avant la date du scrutin, a réclamé « un nouveau Schengen » pour remplacer l’ancien, selon lui pas assez efficace pour contrôler les frontières. Ces frontières qui doivent être poreuses pour les capitalistes et leurs capitaux mais empêcher ceux qui fuient la misère ou la guerre de garder l’espoir d’un droit à une existence meilleure. Nouveau Schengen ou pas, cela n’a pas empêché l’UMP de reculer sérieusement et d’en être ébranlée, au point d’assister aux déballages publics que l’on sait.

Eh bien non ! Ces gens-là, à force de vouloir doubler le FN sur sa droite, n’ont pas réussi à en capter les voix. Ils n’ont fait que renforcer son audience et conforter dans leurs pires préjugés tous ceux qui espèrent leur salut, non pas en s’en prenant aux exploiteurs mais en tapant sur plus pauvres qu’eux.

La démagogie empruntée au FN n’a ainsi pas sauvé la Gauche gouvernementale, ni les écologistes d’EELV, leurs alliés au gouvernement (moins de 9 % au lieu de 16 % en 2009). Les envolées protectionnistes n’ont rien rapporté au Front de gauche, stagnant à 6,3 %, résultat qui nous a valu en direct à la télévision un sanglot de Mélenchon, accompagné de quelques phrases toujours dans le même registre cocardier que sa campagne. Étant donné le double jeu de son parti vis-à-vis du gouvernement − se traduisant notamment par des listes PS-PCF au premier tour des municipales et une fusion de toutes au second tour – il ne fallait pas s’étonner qu’il n’attire pas plus que cela les mécontents de la politique de Hollande.

Une campagne internationaliste et anti-gouvernementale de l’extrême gauche, mais en rangs séparés

Quant à l’extrême gauche, elle est passée sous la table : 1,2 % en moyenne sur les huit circonscriptions pour Lutte ouvrière ; 0,4 % pour le Nouveau parti anticapitaliste (présent dans seulement cinq circonscriptions et sans distribution aux électeurs de profession de foi). Avec pourtant chacun un programme clair, à la fois sur leur opposition au gouvernement et sur leurs positions résolument internationalistes.

Pourquoi deux listes dans ce cas nous ont demandé un certain nombre de sympathisants et d’électeurs ? D’une part parce que LO, qui avait annoncé avant même les municipales vouloir se présenter seule aux deux scrutins à venir, n’a aucunement cherché un accord mais, au contraire, a cultivé l’espoir de marquer des points contre celui qu’elle considère avant tout comme un concurrent. D’autre part parce qu’à la direction du NPA, on ne voulait sans doute pas plus d’un accord, ce qui s’est traduit par une proposition de faire des listes communes LO/NPA/Front de gauche, un mariage de la carpe et du lapin qui laissait beau jeu à LO de refuser. Il est probable, dans le climat ambiant, qu’une présentation en commun n’aurait pas beaucoup changé les résultats, mais elle aurait au moins, par sa cohérence, mieux satisfait le milieu des électeurs et des sympathisants de l’extrême gauche. Dans la situation actuelle, leur moral peut aussi compter pour les luttes à venir.

Hollande et Valls ont d’ores et déjà annoncé qu’ils allaient continuer comme avant. De toute façon, ces élections européennes n’auront que des répercussions limitées sur les problèmes réels de la population, en particulier ceux des travailleurs, qui ne sauront se régler par des bouts de papier dans l’urne. Même avec une extrême droite à 25 % (des exprimés, et 57 % d’abstentions), ce n’est pas le fascisme, ni dans ce pays ni ailleurs en Europe – encore que dans certains pays comme la Grèce ou la Hongrie, l’extrême droite soit passée à des actions de groupes de choc, et qu’il n’est jamais dit que dans d’autres, comme la France, nous devrions y échapper si la crise devenait plus aigüe. La classe ouvrière conserve jusque-là tous ses moyens de lutte. Elle n’y a d’ailleurs pas renoncé, même pendant la période électorale : un certain nombre de grèves et de manifestations pour la défense de ses intérêts ont eu lieu. C’est toujours sur ce terrain que nous devrons continuer à tenter de peser de toute notre énergie militante.

27 mai 2014, Louis GUILBERT

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