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Débrayage à Renault Lardy (91) : les salariés ne sont pas à vendre !

19 mars 2021 Article Entreprises

Jeudi 18 mars, sur le site de Renault Lardy, à l’appel de tous les syndicats (alors qu’au niveau central la CFDT et la CFE-CGC ont approuvé le plan de départs), 300 salariés (Renault et prestataires) ont débrayé et sont sortis devant le site (et il faut ajouter plus de 200 des sites de Lardy, Guyancourt et Aubevoye qui ont participé au débrayage « à distance »). En parallèle, 150 salariés du centre d’essai d’Aubevoye ont débrayé eux aussi contre ce projet, puis ont manifesté et provisoirement bloqué l’entrée des camions.

Depuis l’annonce du plan d’économie de Renault, qui prévoit 4 600 suppressions de postes en France, les salariés du centre d’ingénierie de Lardy en Essonne ont régulièrement organisé des débrayages pour demander des comptes à la direction et protester contre la casse sociale. Mais depuis deux semaines, la pression monte : les sales coups se multiplient et les salariés exigent des explications, tandis que la direction reste muette.

Jeudi 4 mars, après une déclaration de Bruno Le Maire envisageant la « relocalisation » des salariés de Lardy ailleurs en Île-de-France en cas de fermeture du centre, une centaine débrayaient et se rassemblaient devant le site. Une semaine plus tard, une nouvelle « fuite » a encore exacerbé la colère : sur les sites franciliens de Lardy, d’Aubevoye et de Guyancourt, Renault veut « externaliser » de force trente salariés de la maintenance de bancs d’essais. La logique de Renault est claire : si les salariés ne veulent pas partir « volontairement » malgré les pressions pour qu’ils acceptent la rupture conventionnelle collective, ils seront tout simplement « vendus » à une entreprise sous-traitante (P2M) spécialement prévue pour cela.

La manœuvre n’est pas nouvelle, elle avait déjà été utilisée par PSA, qui avait d’abord sous-traité une vingtaine de salariés avec leur activité à la société P2M, et poursuivi par paquets pour se débarrasser in fine de quelque 300 salariés PSA. Le metteur en œuvre de la combine n’était autre que G. Le Borgne, désormais passé à la concurrence comme directeur de l’ingénierie chez Renault. Par ce dispositif, les patrons de Renault veulent faire passer leur plan d’économie à la vitesse supérieure : si les salariés ne veulent pas partir de leur plein gré, ils seront transférés d’office à cette société de prestation, au risque d’être licenciés. Car si Senard, le président du groupe, a annoncé qu’il n’y aurait pas de licenciement… cela ne concerne que les salariés Renault ! Chez les prestataires et tous les sous-traitants, c’est une autre affaire… alors qu’ils dépendent directement des commandes et des contrats passés par Renault.

L’opération ne vise aujourd’hui qu’une vingtaine de salariés, mais les enjeux sont de taille : si la méthode fonctionne, la direction pourrait la répliquer dans d’autres secteurs pour se débarrasser des employés pas assez « volontaires » pour partir.

La menace est clairement perçue par de nombreux salariés, bien au-delà des milieux qui se mobilisent d’habitude, ce qui explique le succès indéniable du débrayage de ce 18 mars par rapport aux précédentes actions qui rassemblaient une centaine de personnes.

Après les prises de parole syndicales, les salariés concernés se sont exprimés, rappelant que « ce qui nous arrive, ça peut arriver à tout le monde », et que l’externalisation s’accompagnerait probablement de licenciements de prestataires, qui sont aujourd’hui majoritaires à la maintenance. Plus de 250 salariés ont ensuite manifesté sur le site pour aller chercher le directeur du secteur des moyens d’essais et le sommer de s’expliquer. Un peu gêné, il n’a pas osé se montrer devant l’assemblée. Face à une délégation de militants syndicaux et de salariés menacés par cette externalisation forcée, la direction n’en menait pas large. Surtout quand ces derniers ont exprimé leur mécontentement. Les chefs ont eu beau répéter qu’il ne s’agissait « que d’un projet », cela n’a pas suffi à calmer la colère et la détermination des salariés, car la menace est bien réelle.

Sur d’autres sites de l’industrie automobile, la pression monte également. Aux Fonderies de Bretagne de Caudan (Morbihan), les syndicats appellent à la grève et à des actions le 23 mars, car Renault a annoncé se désengager du site, laissant sur le carreau 350 salariés. Les travailleurs de l’usine Bosch de Rodez étaient également en grève ce vendredi 19 mars contre le plan de la direction, qui menacerait 750 emplois dans les années à venir.

À Lardy, la mobilisation continue pour faire reculer la direction. Le 29 mars, une réunion de CSE est censée officialiser ce projet d’externalisation de ce secteur de la maintenance. Mais les salariés ne comptent pas en rester là. Les patrons de Renault ont passé la deuxième vitesse pour appliquer leur plan de casse sociale, mais les travailleurs sont bien partis pour y mettre un coup de frein !

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