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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 45, mai-juin 2006 > DOSSIER : Premier recul du gouvernement : le CPE enterré… restent le CNE et (...)

Courrier : Un témoignage sur les violences... policières, dans les manifs

Jeudi 6 avril, après avoir bloqué durant la nuit un convoi de l’A380, puis une des entrées d’Airbus dans la matinée, les étudiants et lycéens toulousains ont entrepris de paralyser la circulation ferroviaire dans la ville. Déjà l’évacuation de la nuit par la gendarmerie mobile avait pris une tournure musclée, mais le calme des manifestants et le « professionnalisme » de la majorité des gendarmes avait permis de limiter la casse...

L’occupation de la voie ferrée a débuté pour nous à Saint Agne, d’où nous avons rejoint la gare Matabiau et le cortège de l’université du Mirail et des lycéens. La police a alors commencé le délogement. Notre groupe s’est concentré sur un côté de la manifestation, nous avons formé la première ligne, en rang serré et en nous tenant pour éviter les dérives. Comme à notre habitude nous étions pacifiques et le premier rang était là pour éviter que le groupe ne perde un de ses membres. Les gendarmes mobiles, les mêmes que la veille, se trouvaient devant nous et l’ambiance restait calme alors que de l’autre côté de la manifestation les matraques dépassaient au dessus du cortège. Il semblerait qu’un jet de caillou ayant blessé un policier soit à l’origine de cette tension...

Je me trouvais en deuxième ligne devant les mobiles toujours « pro »... Ils nous tiraient vers la sortie jusqu’à ce que mon groupe arrive devant les policiers et la brigade anti-criminalité. La pression a alors augmenté, la ligne s’est brisée et je suis alors passé devant pour la refermer. Quand j’ai été saisi par une personne de la Bac, cela m’a immédiatement mis en panique...

Je me suis retrouvé à terre et j’ai subi un matraquage acharné de la part de la Bac et des policiers. J’avais l’impression que chacun d’entre eux mettait un point d’honneur à porter son coup de matraque. La Bac m’insultait, me traînait à terre, me frappait, jusqu’à ce qu’un d’entre eux me dise de me relever, ce que j’ai voulu faire avant de me faire à nouveau jeter à terre. J’ai alors rampé entre les flics jusqu’à trouver un camarade à qui m’accrocher pour sortir de cette situation, en état de choc et paniqué...

Arrivé hors des voies, j’ai découvert deux autres étudiants de mon groupe allongés, l’un venait de reprendre conscience, l’autre couverte de sang sur le visage. Quelques minutes après j’ai pu voir d’autres personnes craquer, des lycéens en état de choc, une étudiante qui avait perdu connaissance. Le commissaire se trouvait devant nous, répondant aux manifestants scandalisés mais protégé par une armée de policiers que l’on pouvait voir se moquer de nous en nous montrant du doigt, le même commissaire qui montrait une compréhension suspecte quant à nos mouvements depuis deux mois. Je me suis alors rendu compte que j’étais peut être le seul blessé à ne pas nécessiter de soins urgents. Un autre policier s’est présenté devant nous comme chef de brigade et nous a accusés d’insulter sa brigade sans preuve ni certitude.

J’ai pris la parole devant le commissaire pour lui signaler que ce qui venait de se passer était un grave dérapage et que je ferai tout ce qui est possible pour qu’il y ait des suites, j’ai également dénoncé le manque de courage et le déshonneur dont ils ont fait preuve. En réponse, toujours devant une armée de policiers armés jusqu’aux dents, il s’est approché de moi jusqu’à me faire reculer par la force pour me signaler qu’il n’avait pas peur de moi, même au cœur des manifestants. Le but était clairement de me faire craquer pour que je lui donne une bonne raison de m’interpeller, alors que les blessés étaient pratiquement à mes pieds, risquant de subir un nouveau mouvement de foule.

Le lendemain après une nuit blanche, toujours sous le choc, j’ai pu trouver une vidéo de TF1 sur laquelle on ne me voit pas mais j’ai pu reconnaître ma voix. Le matraquage a duré une dizaine de secondes, sous mes supplications, et le commissaire se trouve sur l’image, il semble donc évident qu’il a été témoin direct de la scène, sinon acteur.

Les témoignages d’autres étudiants qui ont assisté le blessé qui a perdu connaissance mettent en évidence une division au cœur des forces de l’ordre. Certains d’entre eux, surtout des policiers qui nous avaient évacués quelques jours plus tôt dans le calme (relatif) de la préfecture leur ont dit de ne pas nous diriger la où j’allais arriver, c’est à dire devant la Bac, au risque de nous faire matraquer. De même on constate que les gendarmes ont mieux gardé leur calme alors que la Bac a délibérément provoqué l’affrontement notamment en choisissant les cibles et en excitant les policiers, qui ont eux-mêmes frappé au hasard dès lors qu’ils ont vu la Bac frapper. Les victimes sont majoritairement des filles et de jeunes lycéens...

JEAN, étudiant Staps (Sciences et techniques des activités physiques et sportives) de Toulouse

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