Aller au contenu de la page

Attention : Votre navigateur web est trop ancien pour afficher correctement ce site internet.

Nous vous recommandons une mise à niveau ou d'utiliser un autre navigateur.

Archives > Autres archives > Tribunes de la fraction dans l’hebdomadaire « Lutte Ouvrière » > 2003 > septembre > 23

Chez Raffarin, on ne vole que les pauvres

23 septembre 2003

Les vagues de licenciements continuent. Les chômeurs (officiels) sont maintenant 2,470 millions, 9,6 % de la population active. Sans compter bien sûr les RMIstes, les « fin de droits », et tous les précaires, qui sont encore plus nombreux !

Sans complexe, le gouvernement choisit ce moment pour s’attaquer à l’allocation de solidarité spécifique, l’ASS.

Quand les chômeurs ont épuisé leurs droits à l’assurance-chômage, un tiers devient RMIste, un tiers perd tout droit, et le dernier tiers bascule dans le système de l’ASS, versée par l’Etat. Le gouvernement a décidé de limiter la durée de versement de l’ASS : 2 ans pour les futurs allocataires, 3 ans pour ceux qui en bénéficient déjà. Au-delà, ils deviendront RMIstes.

Les allocataires de plus de 55 ans seront exemptés de cette réforme, mais la majoration de 40 % à laquelle ils avaient droit jusqu’à présent est supprimée !

Enfin, le gouvernement durcit les conditions de prise en compte des revenus du conjoint, ce qui amènera pour beaucoup une forte réduction de l’allocation.

Il faut dire que ce sont de terribles richards, ces gens que le gouvernement braque ainsi : l’ASS est plafonnée à 406,80 euros par mois ! La réforme permettra en tout cas à l’Etat d’économiser sur leur dos 150 millions d’euros en 2004, et 500 millions l’année suivante. A comparer aux 1,8 milliards d’euros que Raffarin offre aux plus riches par la baisse de l’impôt sur le revenu, et aux… 17 milliards d’exonérations de cotisations sociales accordées annuellement au patronat ! C’est la solidarité sauce Raffarin : les chômeurs en fin de droits se serreront la ceinture pour aider les familles bourgeoises à se payer une bonne de plus.

20 ans d’attaques contre les chômeurs

Le hold-up a été commenté avec émotion par les dirigeants du PS : on matraque les pauvres, disent-ils en fins connaisseurs. Martine Aubry est montée au créneau dans Libération (20/09) : « Cette mesure me paraît catastrophique. (…) Ce n’est vraiment pas au moment où le chômage augmente sans cesse - et notamment le chômage de longue durée -, où l’on assiste à des avalanches de licenciements, qu’il faut limiter l’accompagnement des chômeurs. » Elle doit parier sur notre manque de mémoire, car la gauche aussi a fait le sale boulot d’amputation de l’assurance-chômage.

Au début des années 1980, face au développement du chômage de masse, les patrons voulaient réformer l’assurance-chômage (l’Unedic) pour réduire leurs frais de service après-licenciements. Le gouvernement Mauroy, a donc créé à côté de l’Unedic un filet social à moindre coût, entièrement financé par l’Etat, pour les chômeurs en fin de droits qui n’intéressaient guère les patrons et n’avaient que peu de chances de retrouver un emploi. Aujourd’hui, le régime Unedic ne concerne plus qu’à peine 40 % des sans-emplois.

En 1992, la dégressivité des allocations de l’Unedic a été instaurée… par une certaine Aubry, qui accordait également la possibilité de radier des listes « les personnes qui refusent sans motif légitime un emploi compatible avec leur spécificité ou leur formation antérieure » (convention Unedic de 1992) ! La même, redevenue ministre du Travail, a donné en été 2000 son agrément au PARE, le « Plan d’Aide au Retour à l’Emploi », signé par le Medef, la CFDT et la CFTC : un système de sanctions pour contraindre le demandeur d’emploi à accepter n’importe quelle offre de travail, avec diminution puis suppression des allocations. Avec, au passage, 38 milliards de francs de baisse de cotisations sociales aux employeurs...

Et la régression continue. Dans 3 mois, la situation d’un grand nombre de chômeurs va brutalement s’aggraver. D’abord à cause de la nouvelle convention Unedic signée en décembre 2002 par le Medef, la CFDT, la CFTC et la CGC, bien sûr approuvée par le gouvernement : la durée d’indemnisation est réduite de 30 à 23 mois pour les moins de 50 ans et de 45 à 36 mois au-delà. La réforme de l’Unedic devrait frapper dans les deux ans 850 000 personnes, et celle de l’ASS 420 000 allocataires. Avec un effet immédiat et massif sur une grosse fraction des classes populaires : d’un coup, dès le 1er janvier 2004, 180 000 chômeurs vont être chassés de l’Unedic, et 130 000 vont perdre l’ASS au cours de l’année 2004 ! Avec une nouvelle aggravation de la misère à la clef, qui sera immédiatement perceptible dans tous les quartiers populaires.

Dans le Journal du Dimanche du 21/09, Fillon assène : « On ne peut pas indemniser le chômage indéfiniment ». Mais les travailleurs, eux, ne patienteront pas non plus indéfiniment.

Bernard RUDELLI.

Imprimer Imprimer cet article Réagir Réagir à cet article