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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 90, novembre-décembre 2013

Autriche : Le parti d’extrême droite FPÖ et la question sociale

16 novembre 2013 Convergences Monde

Des élections législatives ont eu lieu le 29 septembre en Autriche, qui ont vu le FPÖ (Parti libéral d’Autriche), d’extrême droite, obtenir un score important. Nous publions l’essentiel d’un article de camarades du RSO (Revolutionär Sozialistische Organisation, petit groupe trotskyste) sur la question.


Le FPÖ est de retour. Avec 21,4 % des suffrages et un gain de 3 %, les libéraux du FPÖ sont les heureux gagnants des dernières élections législatives. Ce résultat de l’extrême droite suscite chez certains indignation et perplexité.

Tentative d’explication

Quand nous écrivons que le FPÖ est de retour, précisons qu’il n’a jamais vraiment disparu. L’espoir que le parti soit affaibli par le scandale des déclarations de son actuel dirigeant Heinz-Christian Strache ou de certains de ses amis, minimisant la politique criminelle nazie, comme par l’implication de son dirigeant dans les coups tordus de l’homme d’affaires Stronach, a été éphémère. Rien d’étonnant dans la mesure où il n’y a eu aucune poussée à gauche ni aucun changement social et politique dans le pays. Depuis 1994, soit près de deux décennies, l’extrême droite (FPÖ, seul ou avec le BZÖ) a toujours obtenu plus de 20 % aux élections nationales, à l’exception de ces années où elle a participé au gouvernement [1]. Les sondages donnent toujours à ce camp d’extrême droite jusqu’à un tiers des voix. Il faut reconnaître à Strache la prouesse d’être parvenu à détourner vers d’autres la responsabilité de scandales de corruption dans lesquels ont pourtant largement trempé ces bandes noires-bleues ! Lui comme d’autres membres en vue du parti sont mêlés jusqu’au cou dans ces affaires.

Les résultats, vus de plus près, indiquent une différence nette entre le vote pour le FPÖ des hommes (29 %) et celui des femmes (16 %). Tandis que le SPÖ (Parti social-démocrate) devient de plus en plus un parti de retraités, le FPÖ prend la première place parmi les moins de 30 ans, où son potentiel est à la hausse. Parmi les ouvriers (du moins ceux que les critères officiels placent dans cette catégorie), le FPÖ deviendrait de loin le parti le plus fort avec 34 %, devant le SPÖ avec 25 % des voix. Parmi les employés, le SPÖ garde une courte longueur d’avance sur le FPÖ, même s’il faudrait voir de plus près selon les « revenus » de ces différentes couches de salariés.

Le FPÖ profite de la crise

Les bons scores du FPÖ viennent probablement d’une campagne qui a abordé la question sociale. Ce que seul le FPÖ, parmi les partis représentés au parlement, a osé. Les sociaux-démocrates du SPÖ avaient certes quelques affiches électorales sommaires sur la question, mais claironnaient surtout que l’Autriche se porte bien, comparée aux autres pays de l’Union européenne. Réconfortant pour les chômeurs, actuels ou en puissance, d’entendre que c’est bien pire en Espagne ! Quant aux Verts, ils sont depuis longtemps devenus un parti de petits-bourgeois qui gagnent bien leur vie et n’abordent que marginalement la question sociale.

Le FPÖ a donc revendiqué un salaire minimal de 1 600 euros, la construction de nouveaux logements sociaux, une augmentation des aides familiales et une retraite minimale de 1 200 euros. Jamais évidemment le FPÖ n’imposera ces revendications, lui qui n’est pas prêt à toucher aux profits des banques et des entreprises – mais de nombreux ouvriers pensent pourtant qu’avec lui leurs intérêts sont dans de meilleures mains. C’est pourquoi il est vain, selon nous, de diaboliser le FPÖ sur un plan strictement moral, avec des slogans du style « Voter pour le FPÖ est inexcusable », comme l’a fait un regroupement de gauche. Les électeurs du FPÖ, de toute évidence, savent pour qui ils votent. Ils prennent leurs responsabilités. Et rabâcher en boucle que l’extrême droite est d’extrême droite, en la montrant du doigt à la manière d’un maître d’école (ce dont les Verts sont experts), ne fait pas changer d’avis les électeurs.

Le FPÖ dans les entreprises

(…) Nous avons pu constater que, dans de nombreuses grandes entreprises, le FPÖ est perçu comme une force d’opposition critique, à la différence des syndicalistes de la fraction social-démocrate du syndicat (FSG) qui font des courbettes devant le management ou qui, dans les entreprises (étatiques ou semi-étatiques) dirigées par des sociaux-démocrates, apparaissent ouvertement comme jaunes et pro-patronaux. Il n’est pas rare que, dans ces entreprises, le FPÖ appuie où ça fait mal, pose les vrais problèmes – d’autant plus facilement qu’il est la seule opposition et que personne n’est là pour rappeler sa pourtant grande compréhension à l’égard du patronat. Dans notre travail d’entreprise, il n’est pas rare que des collègues combattifs, qui sont d’accord avec nous sur tout… concluent cependant qu’ils vont voter pour Strache.

Les grandes entreprises pourraient pourtant jouer un rôle décisif dans la lutte contre les plans d’austérité actuels et futurs – si des travailleurs, des membres de comités d’entreprises, des syndicalistes, étaient capables d’organiser la résistance, y compris contre la direction de l’ÖGB (la centrale syndicale). Car, en Autriche, ces entreprises dominent les secteurs importants de la santé, de l’énergie, des transports de proximité… Les conséquences concrètes de grèves y seraient importantes, sans oublier quelques autres entreprises comme Magna Steyr Graz, GM Vienne-Aspern ou l’industrie de la chimie à Linz.

Ne pas chercher à convaincre les seuls convaincus

Découvrir, comme certains à gauche, que le FPÖ profite de la situation sociale reste abstrait si l’on n’en tire aucune leçon. La question est de savoir quoi conclure de ce constat que, d’un côté, les travailleurs des grandes entreprises jouent un rôle stratégique pour une politique anticapitaliste (puisque leur grève peut sérieusement mettre à mal le système) mais que, de l’autre, l’extrême droite gagne du terrain précisément auprès de ces travailleurs.

La conclusion selon nous est que les organisations d’extrême gauche ne doivent pas travailler là seulement où c’est « facile ». Là où personne ne sympathise avec le FPÖ. Là où les convaincus sont déjà acquis. Mais avant tout dans ces grandes entreprises où un contre-pouvoir social est possible mais où l’extrême droite gagne de l’influence.

Confronter l’extrême droite aux questions sociales !

Nous devons tenter de mettre à mal l’extrême droite, démonter le programme du FPÖ et ce qu’il signifie réellement pour la classe ouvrière. Chercher pour cela à être présents dans les luttes des travailleurs et à la porte des entreprises. Nous devons aussi rappeler ce qu’a été la politique du FPÖ lors de son passage au gouvernement. Avec les conservateurs de l’ÖVP, il avait alors donné le signal de la casse sociale et – comme nous le savons aujourd’hui - trempé dans de sales affaires. Sa marche en avant en avait d’ailleurs été stoppée et il était passé sous les 5 % dans les sondages.

Bien sûr, il nous faut aussi nous en prendre au racisme du FPÖ. Une extrême gauche qui, dans les entreprises, ne s’intéresserait qu’aux revendications sociales et ferait silence sur le racisme, le sexisme, l’homophobie abdiquerait. Nous devons constamment agir, et de façon conséquente, avec les collègues antiracistes et ceux qui sont la cible des racistes, contre cette gangrène de la haine et de la division. Mais à notre avis pas « d’en haut », pas sur un ton moralisateur et professoral.

Ainsi, à côté de la participation aux manifestations massives contre les rassemblements fascistes tels que la marche nazie sur Dresde ou un genre de « bal des corporations » annuel à Vienne, l’implantation de l’extrême gauche révolutionnaire dans les entreprises et les quartiers est indispensable pour lutter sérieusement contre l’extrême droite.

30 septembre 2013, Stefan HORVATH


[1Dans une coalition dite « noire-bleue », entre le FPÖ (extrême droite dite « noire ») et les conservateurs de ÖVP (droite classique dite « bleue »), qui a gouverné à l’époque où Jorg Haider dirigeait le FPÖ, entre 1999 et 2002.

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