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Archives > Les articles du site > Meeting vidéo du 9 mai 2020

Automobile : au nom de la loi du marché !

[Intervention d’un salarié de PSA lors du meeting Zoom de l’Étincelle-NPA du samedi 9 mai]

Comme pour l’ensemble de l’économie, l’industrie automobile sort progressivement de sa longue léthargie après sept à huit semaines d’arrêt. Le démarrage restera très progressif d’ici l’été pour Renault et PSA. Les premiers sites à réouvrir cette semaine pour une remise en chauffe des installations sont les forges, les fonderies et ceux de fabrication de moteurs et boites de vitesse. Viendra ensuite le tour, d’ici une à deux semaines, des sites d’assemblage de véhicules, le plus souvent en équipe réduite et au volontariat.

Cela impliquera qu’une part non négligeable des salariés de production resteront en chômage technique par intermittence d’ici juin, voire après, avec à la clé des pertes sur salaire. Et l’une des autres conséquences sera qu’une bonne majorité d’intérimaires ne retrouvera pas ses postes de travail mais plus probablement la case pôle emploi. Ils étaient près de 10 000 dans les usines PSA avant le confinement.

Ce qui obnubile le patronat

Cet attentisme s’expliquerait du point de vue patronal par une vision et des perspectives de marché et de carnets de commande incertains et des stocks de voitures invendues qui remplissent les parcs, 715 000 véhicules côté PSA. Les préoccupations sont résumées ainsi par le PDG de PSA Carlos Tavares : « C’est le marché qui doit tirer la production et non pas l’inverse. »

Voilà ce qui obnubile le patronat en cette période, le sacro-saint marché. C’est une façon aussi de mettre la pression sur les salariés en brandissant un avenir incertain et de tenter de leur faire avaler quelques couleuvres au nom du « sauvetage de l’entreprise ».

Ceux qui édictent les règles, ceux qui les subissent

Alors, bien sûr, pour pouvoir redémarrer leur production, les entreprises comme Renault ou PSA ont été contraintes de montrer patte blanche en mettant en place des protocoles sanitaires : distribution de masques, de gel hydro-alcoolique, lunettes de protection, modification des flux de circulation pour éviter les croisements, désinfection des objets et outillages pouvant être manipulés par les salariés ainsi que bon nombre d’artifices censés assurer la distanciation sociale sur les lignes de production, les zones de repos et les bureaux.

Les usines, qui d’ordinaire ne sont pas des références en la matière, voudraient se muer en modèles sanitaires vertueux. Mais il ne faut pas s’y tromper, la mise en place de ces mesures dites barrières, qui sont indispensables pour la santé des salariés, sont juste une péripétie pour PSA ou Renault pour qui la logique de reproduire au plus vite et remettre la machine à profit en marche prime plus que tout. Et finalement, elles seront rapidement reléguées au second plan face aux impératifs de la production.

C’est une chose d’édicter des règles, des comportements pour les autres, de les faire cautionner par les directions syndicales ou valider par des organismes extérieurs. C’en est une autre de les subir au quotidien sur des postes de production déjà pénibles en temps ordinaire.

Productivité et cadences élevées à l’ordre du jour

D’autant que tout semble indiquer que les patrons, eux, n’ont pas la moindre intention d’appliquer des cadences ou productions réduites pour s’adapter à ces nouvelles contraintes et conditions de travail. Bien au contraire, tout montre que productivité et cadences élevées sont à l’ordre du jour. Surtout quand les patrons n’hésitent pas à se défausser vis-à-vis des mesures barrières en prévoyant des sanctions si les salariés ne les respectent pas. Allant même jusqu’à prévoir de patrouiller pour en contrôler l’application.

Quand PSA ou Renault clament à tout bout de champ que leur priorité dans cette phase de redémarrage c’est la sécurité des salariés avant tout, personne n’y croit. Voici par exemple les déclarations, avec une certaine dose de cynisme, du directeur industriel de Renault dans le journal Le Monde du 6 mai : « On est à 75 % de notre vitesse d’avant le confinement. Mais ce n’est pas si important. L’essentiel dans cette phase de reprise, c’est de donner confiance à nos opérateurs. […] Nous aurons besoin d’un rebond commercial pour faire repartir pleinement l’outil industriel, mais la première phase a été importante psychologiquement. En Espagne, durant les premiers jours du redémarrage, la peur était palpable chez les salariés. Puis, peu à peu, les opérateurs se sont familiarisés avec notre protocole de sécurité. […] La seule facture du réaménagement des sites pour lutter contre l’épidémie nous fait perdre 11 à 40 euros par voiture selon les situations, et c’est sans compter la baisse de productivité. […] Le dispositif de sécurité est évalué à 800 000 euros pour le site de Renault Flins dans les Yvelines. »

Mais des réactions de salariés existent

  • Des salariés du nettoyage de Renault Flins ont débrayé une heure pour faire baisser la charge de travail imposée par la direction, dans un contexte où tout est plus compliqué à cause des gestes barrières et des nouvelles procédures de boulot.
  • À Renault Sandouville, suite à une action en référé de la CGT, la justice a demandé la fermeture provisoire du site le 7 mai ré-ouvert depuis le 28 avril. L’organisation syndicale, qui a obtenu gain de cause, estimait que les mesures sanitaires mises en place n’étaient pas suffisantes pour assurer la protection des salariés face au coronavirus sur le site.

On sait que cet épisode sera une nouvelle fois un bon prétexte pour Renault ou PSA de tenter d’imposer toujours plus de sacrifices en termes de flexibilité, de temps de travail, de productivité, de salaire et de conditions de travail. De quoi, dans les jours, les semaines et mois à venir, l’idée de s’y opposer vigoureusement, auprès de nos collègues comme dans nos milieux militants et syndicaux.

Christian Cochet

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