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Crise sanitaire et crise économique : qui paiera la note ?

13 mai 2020 Article Politique

[Cet article est la transcription écrite de l’introduction de dix minutes d’une camarade au meeting Zoom de l’Étincelle-NPA de samedi 9 mai]

On a beau nous servir tous les soirs des cartes de France en vert, orange et rouge, pour baliser les rythmes du déconfinement dans chaque région, on a beau nous promettre des masques – en quantité insuffisante et qu’il faudra payer –, personne n’est très enthousiaste. Ni pour aller travailler, ni pour envoyer les enfants dans des écoles aux faux airs de prisons ou de zoos, quels que soient les efforts des enseignants en sens inverse. Nulle part les mesures de protection contre le virus ne semblent offrir de garanties. Alors, non, la crise sanitaire n’est pas finie ; elle pourrait même rebondir avec ce déconfinement.

Un vent d’impopularité contre Macron…

Macron et son gouvernement paieront-ils cette crise ? Dans le monde du travail, ils sont de plus en plus honnis. La presse en fait état dans ses sondages. La confiance accordée au gouvernement pour gérer la crise serait tombée à 34 % selon Ouest-France le 5 mai, score confirmé par France info cinq jours plus tard.

Tous les courants politiques représentés au Parlement sont tentés d’épouser ce vent… mais plus comme des girouettes que comme des opposants, cela va sans dire. Ainsi, Édouard Philippe a été battu au Sénat lundi 4 mai dans un vote consultatif sur son plan de déconfinement. À l’Assemblée, la prolongation de l’état d’urgence sanitaire a été votée le vendredi suivant sans les voix des députés de droite et de gauche qui avaient tenu à apporter leur soutien en mars, au début de la crise. Et des députés LREM, de plus en plus nombreux nous dit-on, frondent !

Au cœur des débats se trouvait une sorte de loi d’amnistie préventive pour tous ceux que des victimes du coronavirus pourraient poursuivre en justice demain. Cette loi, défendue au départ par la droite et finalement votée par le seul camp macroniste, était réclamée par les maires et autres élus locaux. Mais elle concerne en fin de compte n’importe quel responsable, à commencer par les patrons. Cette promesse d’impunité pour les conditions de travail de la reprise n’est pas de bon augure pour les salariés.

… qui cache une union de tous pour les profits !

Les compagnies d’assurances se font par ailleurs tirer les oreilles pour indemniser les pertes d’exploitation des petites entreprises. Pour elles, les contrats en cours ne couvrent pas le risque de pandémie. Avec l’appui du ministère des Finances, une réflexion est engagée sur les nouveaux contrats d’assurance que les compagnies pourraient vendre, plus cher bien sûr, pour couvrir ce risque… avec les profits qu’elles peuvent en attendre.

Plus largement, tous les dirigeants politiques ou patronaux se renvoient la patate chaude. Aucun ne veut porter le chapeau pour un possible retour de flamme de l’épidémie. Responsables ? Oui, ils le sont, mais devant les actionnaires et leurs dividendes, pas devant nous et les vies humaines.

En réalité, l’union sacrée politicienne est peut-être en train de se réaliser, mais à front renversé, contre le gouvernement, bouc-émissaire dont ils ne veulent pas partager le discrédit. Mais toujours avec la même orientation politique de fond, celle qui vise à sauver « notre » économie capitaliste « française »…

La gauche pressée… d’attendre

Et la gauche est sur le même cap. Elle serait, paraît-il, devenue plus responsable grâce à la crise. La preuve ? Le leader du PS, Olivier Faure, et celui des Verts, Julien Bayou, discutent par tweets interposés de faire… une université d’été conjointe. Les uns et les autres se reparlent, s’invitent à des visios sur Skype pour discuter des choses vraiment sérieuses : comment battre la droite aux élections de 2022.

Quant à Jean-Luc Mélenchon, il déclare dans une interview au journal espagnol El País que, si jusqu’à maintenant, il a usé de « la stratégie du choc frontal » sur tous les sujets, comme « générateur de conscience politique », elle devient contre-productive en période de crise sanitaire. « Il n’est pas question d’agresser ceux qui nous gouvernent », prévient-il. Et il ajoute : « Je crois que mon comportement a obligé les autres à changer de ton. Madame Le Pen a commencé de manière agressive et, maintenant, elle aussi demande que les consignes sanitaires soient respectées. Ce n’est pas ce qu’elle disait au début. Donc, c’est beaucoup mieux. » Et quand Mélenchon cosigne avec des leaders de la gauche européenne soi-disant radicale (Podemos en Espagne, Bloco de Esquerda portugais, Die Linke en Allemagne, etc.) une tribune sur la meilleure manière de se débarrasser de la dette de l’État, c’est dans Les Échos qu’il la publie. Comme si, en vue de 2022 aussi, il adressait à la bourgeoisie sa lettre de motivation pour postuler.

Les directions syndicales sur l’air de « Partenaire particulier »

Côté syndicats, leurs directions et le patronat discutent et s’entendent apparemment très bien. Alors que le chef du Medef Geoffroy Roux de Bézieux exige la fin des congés payés et du paiement des heures supplémentaires, les travailleurs de Renault et de PSA se sont vu imposer la suppression de congés et de RTT et le passage de la semaine à six jours pour maintenir un salaire à 100 %. L’accord est signé par FO et la CFDT. La CGT des entreprises en question, elle, a refusé de signer ces accords.

Mais du côté de la direction confédérale, on montre nettement moins d’audace. Sommé de dire sur France Inter si la CGT lançait un appel national aux travailleurs non-essentiels pour exercer leur droit de retrait afin d’échapper à une seconde vague du Covid-19, Martinez, magnanime, accorde aux travailleurs isolés… le droit de prendre individuellement une décision – autrement dit ce qui est dans la loi. Cela équivaut à refuser d’organiser une quelconque riposte collective. Au lieu de s’adresser aux travailleurs, c’est Macron qu’il supplie d’agir « contre les fermetures de lits, contre les fermetures d’hôpitaux, pour plus d’emplois dans les hôpitaux ». Son espoir ? Que « le président de la République se rende compte du rôle essentiel des syndicats ». Si ce rôle est de mieux nous faire reprendre le chemin du chantier ou des bureaux, alors oui, peut-être Macron daignera-t-il prêter l’oreille…

L’austérité a déjà commencé…

Tandis qu’une partie de la classe ouvrière est au turbin, en tant que « travailleurs essentiels » de « première ligne », l’autre – plus de douze millions de personnes – est en repos forcé. Et c’est elle que le patronat veut remettre au travail. Si on retranche des actifs les chômeurs réels, les indépendants, et les agents publics, c’est près de 65 % des travailleurs qui sont au chômage partiel. Ce dernier ne va pas durer éternellement. Éric Woerth, président de la Commission des finances de l’Assemblée nationale, suggère de le réduire afin d’alléger « puissamment pendant plusieurs mois les charges patronales » en contrepartie. Ces « charges », ce sont les cotisations qui alimentent les caisses de la Sécurité sociale. Ce n’est rien d’autre qu’une part de nos salaires que Woerth préconise de voler !

Le chômage partiel touche pour le moment majoritairement des petites entreprises en difficulté. Mais les grandes ne sont pas en reste. Uber licencie 3 700 personnes et ferme 40 % de ses centres de recrutement de chauffeurs au niveau mondial tandis qu’en France, la SNCF laisse déjà entendre de prochains licenciements en raison de la crise. Et que dire du transport aérien où les grandes compagnies n’envisagent de reprendre que 30 % de leurs vols à l’été ? Les menaces planent déjà au-dessus des employés des zones aéroportuaires ; ils sont près de 100 000 rien qu’à Roissy. Bon nombre d’autres secteurs boivent déjà ou s’attendent à bientôt boire la tasse, comme dans le tourisme. Airbnb éjecte un quart de ses 10 000 salariés dans le monde, mais il n’est pas sûr que cela réjouisse ses ennemis jurés de l’hôtellerie traditionnelle, eux aussi en plein marasme.

… mais ce n’est pas (encore) la crise pour tout le monde

D’autres en revanche font des affaires juteuses. La grande distribution – une poule aux œufs d’or pas prête à s’arrêter de pondre, merci les masques ! – a quand même trouvé le moyen de revenir sur sa promesse faite au mois de mars de primes de 1 000 euros pour tous les salariés. Pour tous ceux et celles qui travaillent à temps partiel, et elles sont nombreuses en caisse à être concernées, la prime sera au prorata de leurs heures.

À chaque crise ses profiteurs, et pour l’instant ce n’est pas nous. Le site d’infos Reporterre indique ainsi que la fortune des milliardaires des États-Unis a augmenté de 282 milliards de dollars depuis le début de la pandémie. Sans commentaires.

Qui va payer ? Nous…

Il n’en reste pas moins que l’activité économique globale tourne au ralenti. Les commandes ne vont pas repartir de sitôt, et ce dans toute l’Europe. Les prévisions de la Commission européenne présentées mercredi tablent sur une chute du PIB de 7,7 % dans la zone euro.

Pour l’instant, la Sécurité sociale et le chômage partiel font office d’amortisseurs. Pour le moment, l’État s’endette, en empruntant à taux zéro ou négatif – pour les prêteurs c’est une façon sûre de mettre de l’argent au frigo, qu’ils récupéreront intact à la sortie. Mais quand il faudra rembourser, qui peut douter que c’est à nous qu’on adressera la facture ?

… sauf si nous imposons nos choix dans la crise !

C’est précisément ce que nous devons refuser ! Pourquoi serait-ce aux travailleurs d’encaisser les pertes, et pas aux actionnaires ? Selon le journal Les Échos, ils se sont remis à acheter de l’or pour sécuriser leurs capitaux. C’est dire s’ils ont les moyens de payer. L’austérité qu’ils vont vouloir nous imposer est à la mesure de la chute de la production mondiale, de la récession sans précédent en cours, pas de leurs revers de fortune.

La mise au placard, provisoire, de la réforme des retraites, est davantage à mettre à l’actif des grèves massives de décembre-janvier que du Covid. Mais ne crions pas trop tôt victoire : avec la vague de licenciements à l’horizon, et les indemnités chômage vite épuisées (rappelons que la nouvelle loi sabrant l’indemnisation du chômage n’a été que reportée dans son application), patrons et gouvernement ne négligeront aucune pression pour nous faire accepter n’importe quel boulot, 48 heures par semaine. À moins bien sûr qu’une explosion de colère ne mette par terre tous leurs plans. Cette révolte, il nous faut dès aujourd’hui la préparer aussi méticuleusement que nos adversaires préparent leur purge anti-sociale.

Comment opposer notre reprise à la leur ? Dans chaque secteur, les travailleurs – et à leur façon aussi les artisans et commerçants indépendants, les auto-entrepreneurs, même s’ils en sont encore trop rarement conscients – sont confrontés à des problèmes qui touchent l’ensemble du monde du travail, c’est-à-dire toutes celles et ceux qui ne vivent pas du travail des autres. Que l’on soit dans les transports, à La Poste, dans le secteur privé, cela nous met en situation de nous adresser à tous les travailleurs pour y répondre ensemble, en définissant des objectifs correspondant aux intérêts de tous. Oui, il va falloir se retrousser les manches. Mais pas pour relancer la machine capitaliste. Pour mettre le nez dans la gestion de chacun de ces secteurs, et ensemble, dans la gestion de la société.

Barbara Kazan et Mathieu Parant

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