Aller au contenu de la page

Attention : Votre navigateur web est trop ancien pour afficher correctement ce site internet.

Nous vous recommandons une mise à niveau ou d'utiliser un autre navigateur.

Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 106, juin-juillet-août 2016 > Cheminots : quatre mois de lutte malgré tous les obstacles

Austerlitz : un gréviste = une voix

À la gare d’Austerlitz, un comité de mobilisation a été proposé dès le 9 mars par un groupe d’anciens grévistes de 2014 et adopté par une AG de 100 cheminots, à l’unanimité moins quelques abstentions. Il s’est réuni dès le lendemain, puis les mardi et jeudi de chaque semaine, regroupant au total une trentaine de syndiqués, Sud et CGT, et de non syndiqués qui venaient à tour de rôle sur leur temps de repos.

Le comité a milité pour la grève, tourné dans les services pour discuter avec les collègues, produit ses propres tracts qui analysaient les différentes versions du décret-socle, de la convention collective et de l’accord d’entreprise sous une forme compréhensible par tous les cheminots, et insisté sur le lien avec la loi Travail.

Il a rapidement confectionné une banderole rouge « décret-socle/loi travail, même combat », parfois tenue par une poignée, parfois rejointe par plusieurs dizaines, qui a été de toutes les manifs, celles des étudiants, celles des cheminots et celles de l’interpro.

Dès le 31 mars, le comité s’est chargé d’organiser une AG, alors que les syndicats n’en voulaient pas. Elle a réuni une cinquantaine de cheminots de tous les services, de tous les syndicats et des non syndiqués. Un nombre modeste, mais un apprentissage pour le comité qui a dû introduire et organiser le débat. Cette AG, comme quelques autres, a voté la reconduction de la grève pour faire le point au lendemain de la journée de manifestation. Une partie des militants de la CGT y étaient présents, tandis qu’une autre, peu nombreuse, hostile au comité qu’elle taxait de « diviseur », est restée enfermée dans son local juste en face.

Tout en gardant en priorité l’intervention auprès des collègues de la SNCF, le comité a proposé tout un éventail d’activités : barbecues inter-gares le vendredi soir, stand éphémère sur la place de la République au nom de « Cheminots debout » qui a permis de tisser des liens utiles avec des hospitaliers, prise en charge du pique-nique après chaque AG (exclusivement bio et « végan », une découverte pour beaucoup), organisation d’actions « happening » avec des hospitaliers et des étudiants, rencontre avec les grévistes de l’incinérateur voisin autour du premier match de l’équipe de France, manifestations de gares en gares à Paris baptisées « train de la colère », etc.

Le 26 avril, c’est à nouveau le comité qui organise l’AG. Elle réunit cette fois soixante-dix grévistes et prolonge la grève jusqu’au 29. Enfin, le 18 mai, pour le lancement de la grève reconductible, cent cheminots sont à nouveau réunis, comme le 9 mars. La détermination du comité et le fait qu’il soit soutenu aussi par les collègues moins actifs a déteint sur le syndicat CGT local, qui appelle à la reconductible malgré les consignes de sa fédération. Le comité de mobilisation s’élargit à tous les grévistes volontaires et se transforme en comité de grève élu par l’AG.

Le comité s’est réuni tous les jours pendant la grève avec des hauts et des bas, suivant le moral et la fatigue. Il tenait la sono, ouvrait l’AG, organisait les tours de parole où chaque gréviste pouvait s’exprimer, proposait les activités, organisait les votes…

En prenant l’initiative des rencontres inter-gares, le comité a essayé de se lier à des cheminots d’autres secteurs, même si cette tentative est restée essentiellement limitée à la région parisienne et n’a pas débouché sur une véritable coordination. Dès le 7 juin au matin, alors que le mouvement était à un tournant avec la proposition d’accord d’entreprise, il a soumis à l’AG d’Austerlitz une motion qui exigeait sa dénonciation par les syndicats et rappelait les revendications de la grève, motion adoptée malgré les réserves de quelques militants de la CGT, et qui a ensuite été reprise par d’autres AG à Paris et en province.

Même si ce comité n’a pas entraîné assez de cheminots pour changer le cours du mouvement national, ça change l’ambiance quand ce sont des grévistes, et pas seulement les dirigeants syndicaux, qui organisent la grève !

Fanny GOULD

Mots-clés : | |

Imprimer Imprimer cet article Réagir Réagir à cet article

Abonnez-vous à Convergences révolutionnaires !