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Après son revers des législatives : une politique pour l’extrême gauche

27 juin 2002 Politique

Les élections sont passées. Il est temps maintenant de tirer le bilan des politiques menées par l’extrême gauche, ou plutôt ses différentes composantes puisque LO et LCR se sont présentées séparément.

Le bilan de la gauche, en préambule, est vite fait : déroute électorale, au premier tour comme au second, aux législatives comme aux présidentielles, couronnée par l’effondrement politique aux deux, d’abord en s’alignant derrière Chirac, puis en implorant piteusement la reconnaissance de la droite et l’appelant en vain à renvoyer l’ascenseur. La gauche plurielle ne pouvait clore d’une façon plus indigne cinq années de gouvernement au service de la bourgeoisie contre les classes populaires. Le jugement d’une bonne partie de ses électeurs a donc été sans appel. Ils sont allés porter leur suffrage sur l’extrême gauche (du moins tant que celle-ci leur apparaissait résolue et croyant en elle), sur l’extrême droite (faut-il que la gauche ait déboussolé et trahi son monde pour en arriver là !) et surtout dans l’abstention (car le phénomène remarquable de ces scrutins c’est que du premier tour des présidentielles au deuxième des législatives les abstentions et votes nuls ou blancs n’ont fait qu’augmenter à l’exception éphémère du psychodrame du deuxième tour des premières).

La gauche n’a eu que ce qu’elle méritait. Certes il n’y a pas de quoi se réjouir de voir la droite la remplacer. Mais tout compte fait, au vu du bilan des cinq ans de Jospin, pour ne pas parler des quatorze de Mitterrand qui avaient précédé, les travailleurs peuvent bien se persuader que la défaite de la gauche n’est en rien leur défaite, seulement celle d’un de leurs nombreux ennemis. Le monde du travail n’est donc pas plus mal placé pour se défendre ou même attaquer aujourd’hui face à la droite qu’hier face à la gauche.

Quand les électeurs font faux bond…

Le bilan de l’extrême gauche, et en particulier de LO et de la LCR, les deux formations en pointe dans ces élections, est pour nous autrement important. Les premières réactions de l’une comme de l’autre dans l’immédiat après 9 juin ne semblent guère favoriser la compréhension des raisons ni du succès initial (une extrême gauche à plus de 10 % des suffrages au premier tour des présidentielles, chose jamais vue depuis que le PCF ne mérite plus le qualificatif d’extrême gauche) ni du revers qui a suivi (car passer de près trois millions d’électeurs à 700 000 en sept semaines ne mérite pas d’autre nom).

Invoquer les circonstances objectives, comme le fait LO, ne suffit pas. Cultiver un plus ou moins discret triomphalisme, comme le fait la LCR dont les résultats le 9 juin ont été un peu moins mauvais, encore moins. Nos adversaires communs ne pourraient sans doute pas faire de nous une caricature plus ridicule que cette image de trotskistes se félicitant d’avoir recueilli quelques décimales après la virgule de plus que les autres pour oublier les 7 ou 8 % qu’ils ont perdu ensemble. Et se consoler comme notre organisation de son plus mauvais score depuis des décennies sous prétexte que les circonstances objectives étaient contre nous, sans s’interroger sur ses propres responsabilités dans ce résultat, n’est pas mieux. Certes nos adversaires politiques ou médiatiques ne nous ont pas fait de cadeaux (mais aurions-nous dû nos succès précédents à leurs cadeaux ?), certes l’appel au vote utile a été lancé plus fortement et plus dramatiquement que jamais pour et par une gauche en perdition (mais en fait il n’a pas marché, comme nous l’analysons plus loin), certes il faut comparer ce qui est comparable et les législatives sont sans doute plus difficiles que les présidentielles pour l’extrême gauche (mais le rapport précédent entre présidentielles de 95 et législatives de 97 n’enregistrait pas une pareille baisse alors que LO comme la LCR avaient fait un effort bien moindre et présenté beaucoup moins de candidats aux secondes ; mais aux dernières municipales, élections jusque là pas plus favorables, LO et la LCR avaient pourtant atteint des 10 % ou plus).

Ecartons donc les explications faciles et les excuses commodes et habituelles. Il n’est pas vrai qu’il y ait eu un déplacement électoral vers la droite entre les présidentielles et les législatives. Et il n’est pas plus prouvé que les électeurs d’Arlette Laguiller ou Olivier Besancenot du 21 avril auraient préféré voter utile le 9 juin, c’est-à-dire pour la gauche, essentiellement le PS. Ce n’est en tout cas pas ce que l’on peut déduire des chiffres eux-mêmes quand on compare les résultats de ces deux élections.

Indépendamment des mouvements de l’une à l’autre, la droite et l’extrême droite ont perdu plus d’un million et demi de voix entre le 21 avril et le 9 juin (14 512 177 contre 16 279 886) [1] alors que les candidats de gauche récupéraient juste, pas tout à fait, le nombre totalisé par Hue, Jospin, Mamère, Taubira et Chevènement (9 129 787 contre 9 245 292). Au regard de ces chiffres par quelle logique peut-on parler d’un déplacement à droite ou affirmer que la majorité des électeurs d’extrême gauche des présidentielles auraient voté pour la gauche ? N’est-il pas plus évident que le plus grand nombre a été grossir les rangs des abstentions et votes nuls en augmentation de plus de trois millions ?

Certes des électeurs d’Arlette Laguiller ont été fort mécontents de son appel à ne pas voter Chirac et en conséquence ont choisi la gauche (ou peut-être directement même la droite) le 9 juin. Certains nous l’ont dit sans détour. Pourtant d’un autre côté, si l’abstention a diminué, les votes blancs ou nuls ont été beaucoup plus nombreux au deuxième tour des présidentielles qu’au premier (près de 800 000 de plus sur un total de 1 700 000). Certainement pas des électeurs de droite ou d’extrême droite, pour qui l’enjeu du duel Le Pen-Chirac était de taille. Donc des électeurs de gauche, d’Arlette qui suivaient sa consigne de vote, ou de Hue, Mamère ou Jospin qui n’avalaient pas l’appel de leur candidat ou de leur parti à s’aligner derrière le président sortant. Des électeurs qui sont donc moins sensibles au vote utile (le 6 mai, le vote utile était, on nous l’a assez répété, le vote Chirac) qu’à la nécessité de se servir de leur bulletin de vote pour affirmer leur sentiment politique. Quel qu’ait pu être leur vote antérieur, ce ne sont pas ceux-là en tout cas qui pouvaient tenir rigueur à Arlette Laguiller. Ils auraient dû avoir au contraire toutes les raisons de considérer LO qui, comme eux, avait été la seule organisation à ne pas céder à la pression, avec d’autant plus de sympathie.

Or une constatation s’impose : l’énorme majorité de ceux soit qui avaient voté Arlette Laguiller au premier tour, soit qui partageaient son sentiment à propos du choix truqué du second n’ont pas trouvé de raison de faire un geste du côté de LO aux législatives.

Et pas seulement de LO ! Car l’échec est tout aussi patent pour la LCR, qui a eu pourtant une politique opposée. Certains rédacteurs des récents numéros de Rouge ont attribué le « succès » de la LCR (entendez par là le fait qu’elle ait recueilli une moyenne de 1,6 % des votants contre 1,2 % à LO !) à sa juste politique d’alignement derrière la gauche plurielle et Chirac. Politique juste vraiment ? Les électeurs de Besancenot n’en ont en tout cas pas jugé ainsi qui pour les trois quart d’entre eux (même en laissant de côté la question de savoir si ceux de la LCR le 9 juin venaient tous des 1 200 000 du candidat LCR le 21 avril) soit ont voté pour la gauche, soit pour une bonne part sans doute se sont abstenus.

Par quelque bout que l’on prenne la question, force est de constater que bien plus de deux millions d’électeurs qui avaient jugé bon de se déplacer pour mettre un bulletin dans l’urne en faveur de l’extrême gauche le 21 avril, ne l’ont plus jugé ainsi le 9 juin. Ou pour dire les choses autrement et plus crûment ni LO d’une part ni la LCR de l’autre, ni les deux ensemble, n’ont su donner à ces électeurs une raison d’estimer que ça pouvait avoir le moindre intérêt.

Il faut bien croire que nous sommes passés à côté de quelque chose et qu’il y a eu des lacunes sinon des erreurs dans notre politique. A moins de recourir à la méthode du docteur tant mieux qui veut qu’on attribue les mérites des succès à sa politique et la responsabilité des échecs à la situation.

Une extrême gauche qui n’a pas cru en elle-même

L’extrême gauche avait franchi avec succès l’obstacle des présidentielles. Malgré ses divisions. Contrairement à ce qu’on avait pu craindre le refus sectaire (c’est-à-dire sans raisons politiques face à la LCR qui proposait de faire d’Arlette Laguiller la candidate commune et s’engageait à ne pas voter pour le candidat de la gauche au deuxième tour) de LO n’avait pas poussé la LCR à retourner à ses vieux démons droitiers. Olivier Besancenot avait fait une campagne dans ses grandes lignes assez semblable à celle d’Arlette Laguiller, insisté comme elle sur les préoccupations et les revendications du monde du travail (ce qui souligne a fortiori l’erreur de LO dans son refus d’envisager une candidature commune). Jusqu’au 21 avril il avait tenu bon et répété qu’il ne donnerait pas de consigne de vote en faveur de Jospin (ce qui en revanche met dans une lumière encore plus crue l’opportunisme et le manque de colonne vertébrale politique de la LCR : bien la peine d’affirmer qu’on ne votera pas Jospin… pour finalement appeler à voter Chirac !). Le résultat de sa campagne fut d’ailleurs probant : ceux qui envisageaient de voter pour l’extrême gauche, alors qu’Arlette Laguiller apparaissait au départ en être la seule représentante connue, ont porté aussi leur regard vers Olivier Besancenot et finalement partagé plus ou moins leurs votes.

Cependant l’important était que 3 millions d’électeurs se portent sur les candidats d’extrême gauche (celui du PT, Daniel Gluckstein, inclus). C’était le fait saillant du premier tour des présidentielles. Même le choc provoqué par l’élimination de Jospin par Le Pen ne pouvait l’oblitérer. Ou plus exactement n’aurait pas pu si les deux organisations, chacune à leur manière, n’avaient pas tout fait pour le faire oublier. LO en se refusant carrément et ouvertement de prendre en compte le résultat de l’extrême gauche toute entière, la LCR en appelant, après une semaine de tergiversations et de déclarations contradictoires, à voter Chirac.

En se ralliant à Chirac, avec toute la gauche plurielle qu’elle dénonçait sans pitié quelques jours avant encore, la LCR bafouait les 3 millions d’électeurs qui avaient donné consciemment leur vote à une extrême gauche (LO, LCR et PT) qui avait annoncé d’avance qu’elle ne ferait pas de différence entre une gauche et une droite toutes deux au service de la bourgeoisie (évidemment un humoriste pourrait dire qu’en votant Chirac et non plus Jospin comme dans les élections précédentes la LCR a administré la preuve qu’elle ne faisait effectivement plus de distinction entre la droite et la gauche…). En cédant à la pression non pas des travailleurs ou de la jeunesse (dans les usines ou même les lycées si les gens étaient sensibles à la propagande qui voulait qu’on fasse « barrage à Le Pen » ils écoutaient sans hostilité les arguments des camarades de LO) mais des politiciens de gauche (y compris dans ses propres rangs), la LCR montrait à tous, y compris à ceux qui avaient mis leur confiance en elle, qu’on ne pouvait pas avoir confiance justement en sa capacité à tenir le cap annoncé. Difficile de croire longtemps en un parti qui se fait girouette au premier changement de vent et ne croit pas au propre programme sur lequel il vient de se présenter.

LO elle n’a pas renié son programme et tenu le cap. Ce n’est pas un mince mérite ni une mince supériorité sur la LCR. Mais pourtant pas plus que celle-ci elle n’a voulu prendre en compte les résultats du premier tour des présidentielles et les 3 millions qui avaient voté pour l’extrême gauche. Dès l’annonce des résultats sa principale préoccupation fut de tracer une ligne de démarcation entre ceux qui avaient voté Besancenot et ceux qui avaient voté Laguiller. Faire des électeurs de l’un et de l’autre des catégories distinctes était d’abord contraire à toutes les observations qu’on avait pu faire durant la campagne, contraire à ce que démontrait l’évolution des sondages avant ces élections, contraire même aux enseignements des résultats des municipales de l’année passée. C’était surtout vouloir rabaisser la signification et l’importance de ce vote de 3 millions d’électeurs. Alors qu’il convenait de prendre acte du mouvement d’opinion qui s’amorçait en faveur de l’extrême gauche, de tenter de s’appuyer dessus et de tirer la LCR à elle, notre organisation est apparue plus dépitée du fait que la LCR ait elle aussi un succès que réconfortée par le succès global de l’extrême gauche. En bref elle s’est repliée sur elle-même sans même essayer de se donner les moyens d’exploiter le succès. Or il est aussi difficile de croire en un parti qui ne croit pas en lui-même et ses capacités, ou du moins réagit à un succès comme s’il n’y croyait pas.

Pourquoi diable les électeurs, hormis les inconditionnels, mais l’extrême gauche en a encore bien peu, LO comme la LCR, ces élections en ont fait la preuve, donneraient-ils leur voix à des formations qui ne proposent que de se ranger derrière d’autres (voyez où en est le PCF à ce petit jeu de courir derrière le PS) ou se recroquevillent dans leur coquille ? La division n’était peut-être pas rédhibitoire (cependant le fait que LO n’ait eu aucune contre-proposition à faire aux propositions d’alliance, elles-mêmes pas très convaincues, de la LCR était le symptôme éloquent d’un manque d’allant politique). Après tout aux présidentielles elle n’avait pas empêché le succès global. Mais le renoncement à avoir une attitude offensive lui l’a été. Personne ne peut dire que cette attitude offensive que nous préconisons aurait changé le résultat électoral. Pour le vérifier il aurait fallu le tenter. Mais en tout cas cela aurait changé l’image de l’extrême gauche auprès de tous ceux, dont nombre de travailleurs et de jeunes, qu’elle a déçus.

Radical et anticapitaliste ou communiste et révolutionnaire ?

Les élections sont passées. Comme d’autres elles seront sans aucun doute une péripétie vite oubliée. C’est maintenant sur le terrain de la lutte de classe que l’extrême gauche et ses différentes composantes ont à montrer ce qu’elles valent. Car c’est sur ce terrain des luttes qu’une politique offensive est surtout nécessaire et que son absence pourrait être catastrophique.

Les travailleurs qui avaient voté pour nous le 21 avril n’ont vu aucun intérêt à refaire leur geste le 9 juin. Mais cela ne veut pas dire que désormais ils nous maudissent et n’attendent plus rien de nous à tout jamais. Si nous savons leur redonner quelque espoir et quelques raisons de croire en nous et leur présenter quelques perspectives ils sont probablement prêts à prêter l’oreille à nos propos et propositions. A condition que des propositions nous en fassions et que des perspectives nous en ouvrions.

La LCR prétend le faire en appelant à la constitution d’une « force politique nouvelle » qui serait « radicale et anticapitaliste ». Une orientation qui est dans le droit fil de son virage à droite depuis les présidentielles. Que peut être en effet aujourd’hui une telle force sur ces bases ? Le passé nous l’enseigne à coup sûr : un énième regroupement à la gauche de la gauche, lié à celle-ci par sa politique comme par ses dirigeants, sans réelle politique indépendante et en conséquence pas plus utile aux travailleurs que les précédents. D’autant plus que la gauche vient d’entrer dans une cure d’opposition forcée. Dans ses rangs nombreux sont ceux, n’en doutons pas, à se découvrir « radicaux et anticapitalistes », y compris ses dirigeants faillis mais aussi toute la nébuleuse des jeunes ou vieux loups qui voudraient bien prendre un jour la place des premiers. Même Jack Lang parle de sortir du PS sur la gauche, c’est tout dire ! Ca ne coûte pas grand chose, quelques discours et quelques effets de manche dans quelques forums, colloques et autres soi-disant états-généraux. Et ça peut rapporter gros : une image redorée pour tromper les couches populaires, le soutien politique, moral et matériel d’une partie des militants d’extrême gauche pris à ce mirage et mobilisés pour faire de la propagande pour des leaders préparant tranquillement leur retour dans les ministères où ils s’empresseront d’oublier leur petit tour parmi les gauchistes. Rocard et le PSU nous ont fait le coup en 1968. Plus près de nous Juquin refit à son tour le coup à la LCR, certes avec moins de succès mais ce ne fut pas la faute de la LCR. Il faudra biel qu’un jour les camarades tirent les leçons de ces fiascos. Et comprennent que des mots comme radical ou anticapitaliste ne peuvent en rien séparer le bon grain de l’ivraie, mettre une barrière quelconque pour nous protéger des influences et des individus néfastes. Rappelons-nous qu’en 1971 Mitterrand lui-même, ancien ministre de l’Intérieur de la Quatrième république, ancien premier flic d’une France qui torturait, abattait et guillotinait les militants nationalistes algériens, se déclarait lui aussi « anticapitaliste ». Une décennie dans l’opposition commençait à lui peser et il était lancé dans la construction justement « d’une nouvelle force politique ». Ca nous a donné… le Parti socialiste actuel.

Nous supposons que ce n’est pas ce que veulent contribuer à refaire les camarades de la LCR. C’est pourtant la voie que trace, qu’ils le veuillent ou non, leur appel.

Prendre l’initiative de la contre-offensive ouvrière

Les tâches immédiates de l’extrême gauche se définissent à partir de la situation actuelle du monde du travail et ses besoins. Le nouveau gouvernement, fort du succès de la droite, ne cache pas sa volonté de poursuivre et d’accentuer l’offensive menée précédemment par le gouvernement de gauche contre les salariés. Poursuite des licenciements collectifs, remises en cause des salaires et des retraites, attaques de toutes sortes contre les conditions de travail mais aussi les conditions de vie dans les quartiers populaires sont à l’ordre du jour, que ce soit sous le prétexte de l’Europe à construire ou la menace des difficultés économiques. Les confédérations syndicales se contentent de quelques timides mises en garde contre des excès qui pourraient provoquer des réactions qu’elles ne souhaitent surtout pas. Elles implorent patrons et ministres qu’ils veuillent bien négocier avec elles. C’est dire implicitement qu’elles sont prêtes aux concessions, aux abandons et aux renoncements sur le dos des travailleurs, quand ce n’est pas explicitement comme la CFDT à propos des retraites. C’est dire aussi qu’elles n’envisagent aucune lutte sérieuse et qu’elles ne l’engageront que contraintes et forcées. Les partis politiques de gauche encore moins, y compris le PCF dont la direction est surtout occupée à se trouver des excuses pour une désastreuse politique d’alignement sur le Parti socialiste et des raisons pour la continuer sous une forme ou sous une autre.

Evidemment les forces de l’extrême gauche sont limitées. Ses chances de pallier les défections et les trahisons de la gauche ou des syndicats bien maigres. Mais à quoi sert-elle si elle se contente soit d’espérer que ces gens qui ne veulent pas organiser la contre-offensive le fassent quand même, soit de déplorer leur attitude sans rien tenter pour y remédier ?

LO plus la LCR (sans même parler du PT s’il se décide un jour à sortir de son splendide et stérile isolement) ne sont plus les groupuscules que leurs ennemis se sont si longtemps plus à décrire. Le supplément de crédibilité acquise le 21 avril par Arlette Laguiller et Olivier Besancenot, forte du poids de 3 millions de suffrages, et le fait d’avoir devancé Robert Hue (sans parler même de Chevènement ou Mamère) n’a certainement pas été complètement effacé ni par les erreurs ni par les mauvais résultats qui ont suivi. Cette crédibilité est le levier politique pour nos possibilités d’intervention dans la période qui vient.

Le monde du travail a un urgent besoin de passer à la contre-offensive s’il ne veut pas prendre de nouveaux coups encore plus durs que les précédents. L’extrême gauche peut et doit aider à la préparer par sa politique et par ses initiatives.

Beaucoup de travailleurs et de militants ouvriers espèrent sans doute encore confusément sinon des partis de gauche (les plus discrédités) du moins des grandes confédérations syndicales qu’elles organisent la riposte dans les semaines ou les mois qui viennent, à la rentrée de septembre, en particulier sur le problème des retraites mais aussi des salaires et des autres. Elles se sentiront d’ailleurs peut-être obligées à un geste, la traditionnelle manifestation qui même réussie reste sans lendemain. Le PCF peut aussi retenter l’opération faite par Robert Hue à la rentrée 1999 et proposer, lors de la prochaine fête de l’Humanité par exemple, une semblable manifestation. Mais même cela n’est pas certain.

Ce qui est certain c’est que l’extrême gauche se donnerait un peu plus de garanties en prenant elle-même l’initiative de proposer ce combat au mouvement ouvrier, à ses organisations comme à ses militants. Garanties que les plus grandes organisations se sentent obligées de faire quelque chose, même sous le faible aiguillon de l’extrême gauche. Garantie aussi que ce quelque chose ait moins de risques de rester sans lendemain. S’il était de notoriété publique que l’initiative nous en revient, nos propositions de la continuer auraient un autre poids que si nous nous sommes contentés d’attendre l’initiative des autres et de répondre à leur invitation. Rappelons-nous comment, après la manifestation du 16 octobre 1999, Robert Hue a pu enterrer toute suite éventuelle. C’était le PCF qui avait eu l’initiative de A à Z. Dans l’esprit de ses militants comme des travailleurs qui avaient pu participer c’était à lui qu’il revenait de donner une suite ou pas. Et les exhortations ou les implorations, de LO ou d’autres, n’y ont alors évidemment rien pu faire.

LO ou la LCR seule, chacune de son côté, peuvent prendre l’initiative de proposer au PCF, aux confédérations syndicales et à toutes les organisations qui se sentent dans le camp des salariés, ou le prétendent, de mettre sur pied un plan de lutte qui commencerait par une ou des manifestations dès la rentrée. Mais qui ne voit qu’ensemble leur poids serait plus important ? La logique, le sérieux et le sens des responsabilités commandent donc qu’elles s’allient pour la prendre, ou que celle qui veut la prendre sérieusement propose à l’autre de le faire ensemble.

Une politique offensive traduite par des initiatives communes de ce genre et sur ce terrain pourraient aussi contribuer à rassembler les militants et les travailleurs à la recherche d’une nouvelle organisation qui représente et défende les intérêts politiques du monde du travail. Ceux-là n’ont plus guère d’espoir dans une gauche faillie. Mais faute de mieux ils peuvent se faire prendre aux propositions de tous les rebouteux de cette gauche, de ces dirigeants PS ou PCF, voire Verts qui ont soutenu le gouvernement sortant, la gauche plurielle et leur politique, mais aujourd’hui n’ont pas de critiques assez dures afin de rendre crédibles leurs propositions de « gauche nouvelle » ou autre « pôle de radicalité ». Faute de mieux, c’est-à-dire s’il n’apparaît pas qu’il existe une autre alternative, un autre pôle mais lui chez les communistes révolutionnaires.

Bien sûr, et LO et la LCR, chacune de son côté, s’efforcent aujourd’hui de rassembler et d’organiser les gens qu’elles ont trouvés dans ces campagnes électorales et qui sont restés même après le piètre résultat des législatives. Mais combien, rebutés par les politiques ou les attitudes de l’une ou de l’autre durant ces deux mois écoulés, attendent une confirmation que les espoirs mis avant le 21 avril n’étaient pas vains ? A ceux-là seule une politique offensive a quelques chances d’apporter cette confirmation. Et ceux-là, c’est l’organisation qui saura avoir cette politique qui a le plus de chances de les attirer. Mais si elles l’avaient toutes les deux, et encore mieux ensemble, c’est à l’avenir du mouvement révolutionnaire qu’elles offriraient toutes les chances.


[1Les chiffres donnés ici sont tous basés sur les résultats fournis par le ministère de l’Intérieur.

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