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Archives > Éditos L’Étincelle > 2020 > février > 24

Algérie : un an après, le Hirak est toujours là !

« On n’est pas venus pour faire la fête, mais pour vous faire partir ! ». C’est avec ce slogan que, dans les rues d’Alger et de nombreuses autres villes d’Algérie, les manifestants ont encore défilé par dizaines de milliers le week-end dernier. Et même ce week-end-là deux jours d’affilée, le vendredi comme chaque semaine depuis un an, et le samedi jour anniversaire de la première grande manifestation du Hirak (le mouvement), le 22 février 2019.

Contre le clan au pouvoir, une révolte sociale

Eh oui, un an après ils sont toujours là, toujours décidés à en finir avec un régime de privilégiés qui mettent dans leurs poches les richesses du pays pendant que la population, elle, fait face au chômage de masse, aux salaires de misère et à l’indigence des services publics… Avec un régime où l’armée exerce le pouvoir depuis l’indépendance du pays en 1962, et où, depuis, s’est développée une clique de grands patrons qui ont bâti leurs fortunes à l’ombre de l’Etat et de l’armée. Dont l’un d’ailleurs avait été reçu en grande pompe par Macron il n’y a pas si longtemps, pour le féliciter des bonnes affaires qu’il fait également en France.

Côté libertés, les Algériens ne les ont pas demandées, ils les ont prises. Alors que les manifestations sont interdites depuis la guerre civile des années 1990, ils se sont réapproprié la rue, femmes comme hommes, toutes générations confondues, dans le cadre d’un mouvement tellement massif qu’il a rassemblé des millions de personnes. Le pouvoir a bien tenté de réprimer, en arrêtant des manifestants, mais il a dû reculer face à une détermination intacte.

« Qu’ils partent tous, la bande des voleurs »

Le Hirak avait commencé en février 2019, à l’annonce que le président Bouteflika, 82 ans, allait briguer un cinquième mandat présidentiel. Malade depuis des années, il n’était plus en état de gouverner. Mais peu importe, il était le président fantoche derrière lequel se cachait le vrai pouvoir, celui des hauts gradés et celui des grands hommes d’affaires, tous plus ou moins liés aux divers clans de l’armée et du pouvoir.

Mais le 10 mars 2019, au bout d’un mois de manifestations, après un appel à la grève générale largement suivi dans les entreprises, les commerces dont le rideau de fer restait baissé, dans les écoles et les universités, les hommes au pouvoir retiraient la candidature de Bouteflika.

Le chef d’état-major, Gaïd Salah prenait ouvertement les rênes du pays et promettait une nouvelle élection avec de nouveaux candidats pour le mois de juillet. Mais la supercherie n’a rien changé : « qu’ils s’en aillent tous », « tous ceux qui volent le pays », à commencer par Gaïd Salah lui-même, ont repris les manifestants.

Un peuple qui ne s’en laisse pas conter

Alors Gaïd Salah a fait mine de faire du social en faisant jeter en prison, pour corruption, un certain nombre de grands patrons algériens. « Ils règlent leurs comptes entre eux », ont dit les manifestants. Quant à l’élection présidentielle annoncée pour juillet, elle est passée à l’as, les seuls candidats potentiels, tous de vieux routiers de la politique algérienne, détestés de la population, n’ayant même pas osé se présenter.

Quand l’élection a finalement eu lieu en décembre, son gagnant, Abdelmadjid Tebboune, ancien Premier ministre de Bouteflika et proche du chef d’État-major Gaïd Salah, n’a été élu que par une minorité de votants, une majorité d’Algériens ayant boudé les urnes (avec pas moins de 60 % d’abstentions). Ni son élection, ni la mort peu après du général Gaïd Salah, aussitôt remplacé par un autre « homme fort » de l’état-major n’ont changé quoi que ce soit. Personne ne fait confiance à tous ces gens du pouvoir.

Et la colère est toujours là. Le Hirak, un an après, continue malgré les tentatives de le réprimer, puisque les arrestations continuent, et des grèves ont repris dans le pays.

Car il ne s’agit pas de changer simplement un président par un autre. C’est le régime lui-même qu’il faut changer, disent les Algériens. Nous qui en avons ras-le-bol de Macron et son monde, on ferait bien d’en prendre de la graine.

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