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Livre

Alexandra Kollontaï, la Walkyrie de la Révolution, d’Hélène Carrère d’Encausse

Fayard, 2021, 300 p., 23 €

26 mai 2022 Article Culture

L’autrice est une spécialiste de la Russie qui a publié de nombreux ouvrages notamment sur les Romanov, Lénine, l’éclatement de l’Union soviétique, etc.

Son livre est une biographie très fouillée et extrêmement complète d’Alexandra Kollontaï (1872-1952) restée célèbre dans l’histoire pour ses luttes féministes, d’abord à l’intérieur du mouvement socialiste russe et international, ensuite au sein du Parti bolchevique et du premier gouvernement révolutionnaire d’Octobre 1917, puis enfin dans l’Internationale communiste à ses débuts où elle retrouva la révolutionnaire allemande Klara Zetkin qui, comme elle, avait fait de l’émancipation de la femme un de ses objectifs prioritaires.

Issue d’un milieu aisé de la petite noblesse, ayant bénéficié d’une éducation soignée, parlant couramment cinq langues, elle ne supporta pas les injustices qu’elle voyait autour d’elle et rejoignit en 1898 le Parti ouvrier social-démocrate de Russie dans lequel elle fut plus tard proche des mencheviks. Là elle prit une part active à définir une politique pour les femmes au sein du mouvement marxiste révolutionnaire qui, contrairement aux anarchistes, était assez hermétique sur la question et qualifiait de « féminisme bourgeois » toute tentative d’organiser des associations autonomes de femmes. Par exemple, en 1911, alors qu’elle vivait en exil en France, elle tenta d’organiser avec Nadejda Kroupskaïa, la compagne de Lénine, une école pour les femmes à Longjumeau, non loin de Paris, projet qui échoua du fait de l’opposition d’une majorité de cadres bolcheviks.

La Première Guerre mondiale approchant, elle se rapprocha de Lénine qu’elle soutint dans l’organisation de la conférence internationale de Zimmerwald contre la guerre en 1915. Revenue en Russie, elle fut, après la révolution d’Octobre, nommée commissaire du people à l’Assistance publique (c’est-à-dire aux Affaires sociales et à la Santé). Pendant toute cette première partie de sa vie, elle tenta d’intéresser ses camarades de combat à des questions comme l’égalité entre les hommes et les femmes, la maternité, la sexualité, les questions du couple, l’éducation des enfants, la famille du futur, etc. Sans grand succès. Il faut dire qu’à l’exemple de Lénine lui-même, les bolcheviks avaient des positions très conventionnelles sur ce type de sujets, étant parfois horrifiés par les théories de Kollontaï sur l’amour libre ou l’éclatement de famille traditionnelle. Même Trotski, qui fut un des rares à s’intéresser et à écrire abondamment sur les questions de la vie quotidienne, pensait qu’au final, et de façon très générale, l’avènement du socialisme résoudrait le problème.

À partir du milieu des années 1920, Kollontaï se rallia à Staline. Elle qui avait été un temps membre un temps de l’Opposition ouvrière, qui, à sa façon, dénonçait la bureaucratisation du régime, rentra dans le rang et finit par chanter les louanges du Petit Père des peuples qui effaça toute trace d’émancipation de la femme dans la constitution soviétique. Pour la récompenser, à partir de 1927, ce dernier la nomma ministre plénipotentiaire, d’abord au Mexique, puis en Norvège et enfin ambassadrice en Suède. Ce qui lui permit de se tenir à distance de l’URSS, et sans doute d’échapper aux purges. Elle mourut dans son lit à Moscou, en 1952 (un an avant Staline) ce qui en fait un cas unique parmi les « vieux bolcheviks » dont la plupart furent exécutés.

Un livre instructif et très complet. Mais à l’évidence l’autrice n’a pas, c’est le moins que l’on puisse dire, une sympathie débordante pour Lénine et les bolcheviks. Cela se voit à travers nombre de ses appréciations. Elle écrit par exemple : « Ainsi à l’été 1918, la Russie est placée sous un régime de terreur : le peuple vit dans la haine et la peur d’un pouvoir sans scrupules. » (p. 142) Le pouvoir en question était celui des ouvriers et des paysans organisés en soviets encore bien vivants ce qui, à l’évidence, n’était pas au goût de la très conservatrice Hélène Carrère d’Encausse, par ailleurs secrétaire perpétuelle de l’Académie française.

Jean Liévin

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