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À l’hôpital, même la formation est maltraitante !

11 octobre 2022 Article Politique

Les études de médecine sont organisées en plusieurs cycles dans lesquels la formation pratique, sous forme de stages, prend de plus en plus le pas sur les cours théoriques.

L’an dernier, une réforme du deuxième cycle, l’externat (quatrième, cinquième et sixième années de médecine) a mis en place une diminution du temps d’étude en avançant l’épreuve écrite du concours d’internat (dernier cycle) de huit mois, soi-disant afin de renforcer l’apprentissage « sur le terrain ». Dorénavant, la dernière année d’externat sera dédiée à des stages, alors qu’elle permettait aux étudiants de réviser le concours. Conséquence : le programme des connaissances à acquérir pour le concours d’internat est extrêmement densifié.

À Bordeaux, la fac de médecine expérimente cette année, pour accompagner cette réforme, une nouvelle organisation des stages hospitaliers. Les horaires de stage ne sont plus strictement imposés par la fac, mais flexibles au bon vouloir des chefs de service !

Cela conduit à des volumes horaires très différents selon les services, avec une amplitude horaire et un enchaînement de semaines parfois difficilement supportable.

Surtout que les conditions de travail à l’hôpital posent problème aussi : les externes sont souvent utilisés à des tâches qui ne relèvent pas de leur formation mais suppléent au manque, criant, de personnel : faire des électrocardiogrammes par exemple, geste infirmier en théorie, s’atteler à de nombreuses tâches administratives, comme recopier des résultats de bilans biologiques. Ou à l’inverse, ils sont aux premières loges aux urgences pour prendre en charge, parfois seuls, des patients dont l’état est potentiellement grave. Penser que les services d’urgence dans notre pays sont incapables de tourner sans une main-d’œuvre étudiante sous-payée fait froid dans le dos !

La rémunération des gardes est en effet minable : en taux horaire brut, 4,16 euros le dimanche (sur 24 heures), 3,57 euros en semaine (sur 14 heures) et 2,63 euros le samedi (car l’après-midi n’est pas payé). Bien en dessous du smic horaire ! La logique à l’œuvre est la même que dans de nombreux secteurs (l’éducation par exemple) : la formation sur le tas, sur le terrain, est présentée comme le nec plus ultra, quand la réalité est que les stagiaires font le travail qui n’est pas fait, en raison du manque de personnel formé.

Et au passage, comme ce ne sont « que » des stagiaires, ils ne sont pas payés convenablement ! Comment croire qu’une formation théorique plus courte sera meilleure pour des métiers où les connaissances théoriques sont indispensables ? Les stages sont certes nécessaires, mais des stages accompagnés, avec une réelle prise en charge pédagogique, pas ce système où des étudiants, en cours de formation, sont chargés trop tôt de responsabilités. Les externes font le travail des internes et les internes (eux aussi encore en formation et sous-payés) font tourner des services entiers.

La casse de la santé et de l’hôpital public se répercute donc dans la formation des futurs professionnels de santé. Pour les étudiantes infirmières également, les conditions de stage sont intolérables, ayant d’ailleurs causé la démission de plus 1 300 étudiantes entre 2018 et 2021.

Aujourd’hui, dans le cadre de la loi de financement de la Sécurité sociale, le gouvernement souhaite ajouter une quatrième année d’internat pour « consolider » la formation des étudiants en médecine générale, en les « incitant fortement » à se rendre dans des zones sous-dotées en médecins. Soit envoyer des internes encore peu expérimentés (et payés au smic) dans des déserts médicaux, où ils devront assurer le rôle de médecin de campagne. Cette mesure ne passe pas parmi les étudiants, dont la plupart (internes et externes) comptent se mettre en grève le 14 octobre prochain.

D’autres travailleurs de la santé ont déjà donné l’exemple en se mettant en grève, comme les blanchisseuses de l’hôpital Haut-Lévêque (Bordeaux) en 2020. Ou le service logistique de l’hôpital Pellegrin, toujours à Bordeaux, qui après sept jours de grève en 2021, avait obtenu six nouveaux agents, l’achat de matériel manquant et la rénovation du service.

Face à la précarisation du système hospitalier, seule une réponse de l’ensemble des travailleurs hospitaliers peut s’opposer à la catastrophe en cours.

Correspondant

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