Dans les pays pauvres, la catastrophe économique et sociale engendrée par la crise sanitaire est particulièrement violente. Les classes populaires dépendent en grande majorité de l’activité informelle, de la vente à la sauvette ou d’emplois journaliers payés en liquide, comme en Inde, où les travailleurs journaliers se sont retrouvés sans ressource du jour au lendemain, obligeant nombre d’entre eux à chercher refuge dans leur région d’origine. La police a beau faire des descentes, souvent violentes, dans les bidonvilles pour faire rentrer la population dans des intérieurs qui ne dépassent pas quelques mètres carrés, il est simplement impossible d’y rester confiner quand tout manque, à commencer par la nourriture et par l’eau pour boire et se laver [1].
En Iran, durement touché par l’épidémie, il n’y a pas vraiment eu de confinement. Mais le régime tente d’interdire les rassemblements sur les trottoirs, et donc la vente à la sauvette. Il ne propose pourtant rien aux classes populaires qui en dépendent pour leur survie. De leur côté, les mines et les usines qui enrichissent les dignitaires du régime tournent à plein, au mépris de la santé des travailleurs, dont certains se sont mis en grève pour obtenir la fermeture.
Cette situation est aussi vraie dans les colonies françaises : à Mayotte, l’épidémie n’en est qu’à ses débuts, mais elle se propage plus vite qu’en métropole, car comment respecter le confinement quand il faut choisir entre « attraper le Covid et mourir de faim et de soif », comme le déplore un maire [2] ?
D’Amérique latine à l’Asie en passant par l’Afrique, le confinement est un non-sens pour les 900 millions d’êtres humains qui survivent dans les bidonvilles surpeuplés. Avec tout ce que cela implique de catastrophe sanitaire dès que le virus y fait son apparition.
M.S.
Photo : Bidonville de Dharavi à Bombay (Kounosu / Wikimedia Commons)
[1] Un très bon reportage d’Envoyé spécial du jeudi 9 avril 2020 à regarder : Inde, l’impossible confinement.
[2] Cuordifede C., « "Entre attraper le Covid et mourir de faim, le choix est vite fait" : en Outre-mer, la population démunie face au coronavirus », Marianne, 8 avril 2020.
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