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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 122, novembre 2018

Voyage chez Gillette, une entreprise berlinoise

13 novembre 2018 Convergences Entreprises

Plus de 800 personnes, auxquelles il faut ajouter les collègues des secteurs externalisés de la restauration et du nettoyage, travaillent chez Gillette à Berlin, dans une usine située dans le quartier de Tempelhof, au sud de la ville. C’était 1 200 personnes il y a quelques années. On y fabrique des têtes de rasoir, qui sont ensuite conditionnées et empaquetées en Pologne. Il y a plusieurs années, l’entreprise est devenue propriété de la multinationale américaine Procter & Gamble – plus de 100 000 salariés dans le monde, plus de 10 milliards d’euros de gains annuels –, dont le siège est à Cincinnati (USA).

Au fil des ans, l’entreprise a rogné sur les conditions de travail. Environ la moitié du personnel a été contrainte aux 3x8 : semaines de nuit, de soirée ou du matin se succèdent. Plus de 130 salariés ont des contrats temporaires, ce qui signifie pour eux davantage de difficultés pour refuser les changements d’équipes ou le travail en week-end. Il est plutôt recommandé d’accepter, et de venir au boulot même quand on est malade. Dans tous les ateliers, les tâches s’intensifient, d’autant que les départs ne sont généralement plus remplacés.

Jouer les sites les uns contre les autres

C’est la stratégie de l’entreprise. Ainsi que le chantage contre les salariés. Des machines ont été introduites qui – curieusement –, sont plus lentes que les précédentes, mais plus maniables et plus facilement déplaçables d’un site à l’autre. En 2015, la direction a aimablement souligné que la production en Pologne lui coûtait bien moins cher. Elle réclamait donc 60 millions d’économies... ou la suppression d’une grande partie des postes de travail. Le syndicat signa un « Contrat de sécurisation pour l’avenir », sans même appeler les salariés à une quelconque action. Ledit contrat incluait pourtant une baisse des salaires d’environ 4 % et, entre autres détériorations, la suppression d’une pause de 15 minutes. Des indemnités de départ étaient proposées. En contrepartie, la production serait assurée jusqu’en 2020.

Ils avaient dit « sécurisation » ?

Presque trois ans plus tard, au printemps 2018, Procter & Gamble évoquait une nouvelle étude comparative ciblant le fait que les salariés de Pologne gagnaient un tiers des salaires berlinois. Motif à reprise du chantage – au diable le contrat antérieurement signé ! Il s’agissait donc soit de modifier le contrat et de délocaliser vers la Pologne 160 postes de travail (les postes, pas les travailleurs), soit de supprimer davantage de postes que prévus d’ici 2020. Le syndicat appela cette fois à quelques petites actions, en particulier au port de tee-shirts blancs, à une pétition et à une action de 30 minutes pendant une pause. Ce qui fut pris positivement par presque tous les collègues, qui participèrent. Même la direction de l’entreprise enfila son tee-shirt, comme pour montrer qu’on appartenait bien à une même famille. Quelques collègues ont néanmoins agrémenté le tee-shirt de la revendication du maintien du site pour tous : « Nous restons tous ! » Pas de quoi, évidemment, émouvoir ni la direction de pareille multinationale, ni ses sous-fifres locaux, ni... le syndicat qui signa donc un second « contrat de sécurisation » incluant l’acceptation explicite de la suppression de 160 nouveaux postes de travail.

Le climat dans l’entreprise

Il y a de l’amertume. D’abord contre la direction, mais également contre le syndicat et le comité d’entreprise qui, aux yeux de toutes et tous, en font vraiment trop peu. Les quelques actions proposées ont été suivies, mais au-delà que faire ? À ce jour dans cette entreprise, pas d’expérience de lutte propre, autonome. À Gillette comme ailleurs à Berlin, face aux attaques contre les conditions de travail et l’emploi, et malgré un taux de syndicalisation non ridicule puisque généralement la moitié des salariés sont syndiqués, aucun appel à la grève de la part de l’IG-Metall. Au contraire, ces prétendus « contrats de sécurisation de l’emploi » sont partout négociés, prétendument pour sauvegarder les sites. Ils n’ont pas sauvé un seul poste ! Le syndicat campe sur sa ligne de préservation du site industriel « Allemagne ». Les travailleurs doivent s’y montrer les meilleurs, pour ce qui est de ceux de Gillette plus performants que les travailleurs polonais ! Au lieu d’en appeler à la solidarité internationale, par-delà les frontières. Cet esprit de concurrence est tout bénéfice pour la direction.

On en est là dans cette entreprise où certains se posent néanmoins la question d’agir, de renouer avec la combativité et la grève, avec l’action et l’organisation des travailleurs eux-mêmes. Les exemples d’autres pays donnent parfois des idées. Ras-le-bol de cette politique contractuelle direction/syndicat, de ces mensonges sur des lendemains où on raserait gratis... Surtout chez Gillette.

Theo Schulz

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