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Archives > Éditos L’Étincelle > 2017 > mars > 27

Le programme de Philippe Poutou

Utopique… disent-ils ?

Quand Philippe Poutou défend son programme sur un plateau télé ou derrière un micro, cela ne rate pas. Il y a toujours un journaliste pour lui rétorquer : mais n’est-ce pas utopique ?

Utopiques aujourd’hui, ces mesures d’urgence pour le monde du travail ? Utopiques, l’interdiction des licenciements et des suppressions de postes, le partage du temps de travail entre tous jusqu’à ce que tout le monde ait un emploi ? Utopique qu’il n’y ait pas un salaire inférieur à 1 800 euros net ? N’est-ce pas un minimum que d’avoir un emploi et un salaire qui est même au-dessous du salaire moyen de 2 200 euros ?

Quant à eux, Marine Le Pen, François Fillon ou autres Bruno Le Roux, ils pensent que c’est parfaitement utopique… de vivre avec si peu ! Et ils trouvent des jobs à leur petite famille, sur des deniers publics, bien mieux payés que cela !

Serait-ce utopique encore, que les salariés de l’automobile, des banques, des transports, des hôpitaux ou du nettoyage, ceux qui font tourner la machine, aillent mettre un peu leur nez dans les comptes de leurs patrons ?

Utopique, la fin d’un cauchemar ?

Bref, utopique d’en finir avec la gangrène du chômage qui touche en réalité jusqu’à cinq millions de personnes ? Utopique de remettre sur ses pieds une société où huit multimilliardaires possèdent autant que la moitié la plus pauvre du monde ? Utopique d’envisager la fin de l’horreur des guerres qui ravagent le Moyen-Orient et une partie de l’Afrique, et dont la rapacité des trusts des grandes puissances est en grande partie responsable ?

Où trouver l’argent

Deuxième cartouche sortie par ceux qui ne peuvent pas nier que le programme d’urgence avancé serait un minimum : mais comment vous chiffreriez la dépense ? Comment vous financeriez ? Où trouver l’argent ? Il n’y en a déjà plus dans les caisses de l’État… Taratata…

L’argent, ce n’est pas ce qui manque. Cela se chiffre en millions ou milliards, par exemple ces 100 à 150 milliards d’aide que l’État verse chaque année à un grand patronat richissime (voir les performances du CAC 40), qui pourraient avantageusement financer les postes manquants dans les écoles ou les hôpitaux. De quoi chiffrer aussi ce que la suppression du budget militaire rapporterait pour construire des logements dits « sociaux » et donner ainsi à la fois des logements aux sans-abri et du travail dans le bâtiment… Des chiffres, ils en veulent ? Il y en a trop !

Quand nous serons quelques millions en lutte

C’est surtout en travailleurs, et travailleurs en lutte, qu’il faut compter. L’an dernier contre la loi Travail, on a harcelé pendant quatre mois le gouvernement, mais une fois seulement, et pour un jour seulement un million de travailleurs sont descendus ensemble dans les rues des villes du pays. Cela n’a évidemment pas suffi. Il faut plus ! Avec une grève générale, une vraie de dix millions de travailleuses et travailleurs, on commencerait à sortir de l’utopie et à rendre réalistes nos quelques mesures d’urgence. Sans compter qu’ils entraîneraient derrière eux des centaines de milliers de jeunes, de chômeurs et bien d’autres. Et à ce nombre-là, on pourrait même pousser plus loin l’utopie !

On arriverait à l’imagination au pouvoir !

C’est seulement quand des millions commencent à prendre en main leurs affaires que ce qui apparaissait utopique devient soudain possible, voire une réalité très menaçante pour les classes dominantes.

Et si des millions d’exploités et opprimés restent mobilisés le temps qu’il faut pour l’emporter, leur colère deviendra contagieuse et même planétaire. Cela s’appelle une révolution. Comme en France à la fin du XVIIIe siècle, en Russie il y a un siècle, à moindre échelle dans bien d’autres pays et occasions depuis, où le système a été ébranlé si ce n’est encore renversé…

On n’a quand même pas rêvé !

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