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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 105, avril-mai 2016

Lyon – Couloir de la Chimie

Une réaction exothermique contre la loi Travail

Mis en ligne le 21 avril 2016 Convergences Entreprises

Si la mobilisation se déroule pour l’heure à un niveau assez inégal selon les sites dans le couloir de la Chimie, ce mouvement commence un peu à balayer le sentiment d’impuissance qui s’était installé chez beaucoup de travailleurs ces dernières années. Les directions de nos entreprises enchaînent les réorganisations, les suppressions de postes, des formes de répression diverses et variées et les réactions demeurent faibles et trop isolées face à ces attaques.

La défaite du mouvement de 2010 contre la réforme des retraites a laissé des traces ; l’idée s’est répandue que la lutte collective à travers des manifestations ne serait finalement pas efficace. En réponse à ce sentiment de perte de confiance, certains travailleurs évoquaient des actions radicales, voire parlaient de « couper des têtes ». Avec le mouvement actuel, ces idées se dissipent et une partie des travailleurs reprennent espoir de contrecarrer le rouleau compresseur patronal avec leur force collective.

Des débuts de mobilisation prometteurs

Dès le 9 mars, nous étions nombreux à nous mobiliser avec des nouvelles têtes pour qui c’était la première manifestation. Une première réaction épidermique face à cette nouvelle attaque. Beaucoup de travailleurs restent sidérés et déboussolés que cela vienne du Parti socialiste. Ils avaient voté pour Hollande pensant que ce serait mieux que le gouvernement Sarkozy. Et, là, c’est pire comme beaucoup le disent. Après l’encaissement de ce nouveau coup, la vapeur monte et de nouveaux travailleurs rejoignent le mouvement de grève.

Le 31 mars, le cortège de la Chimie est constitué de 300 travailleurs dans la manifestation lyonnaise, une trentaine de chaque entreprise. Le sentiment de rejet de cette loi est dans tous les esprits, renforcé par l’idée qu’« on ne va quand même pas laisser les lycéens se faire casser la gueule par les flics sans réagir. » État d’urgence, loi travail… c’en est assez !

Bluestar en pointe dans la lutte

À Bluestar Silicones, la mobilisation connaît un rythme plus dynamique que dans la plupart des autres boîtes de la chimie. Le 9 mars, le 17, le 24, le 31, le 5 et 9 avril… dans cette usine, les travailleurs participent à toutes les dates de mobilisation, dans la grève et la manifestation. Il faut dire que des débrayages de 3 heures par poste, pendant une dizaine de jours, leur ont permis, deux mois plus tôt, d’obtenir gain de cause sur des augmentations de salaires lors des NAO. L’ambiance récente du succès de cette lutte motive mais ce sont aussi les conditions de travail pourries dans certains ateliers, des menaces de fermeture d’un atelier qui poussent les travailleurs à exprimer un ras-le-bol général.

Tout de même dans chaque gros groupe : un faux sentiment d’être protégés demeure...

Dans la tête d’une partie des travailleurs, que ce soit à Arkema, Solvay et même Bluestar, le fait d’être dans un grand groupe éloignerait les conséquences éventuelles de la loi Travail. Les salariés des boîtes sous-traitantes se montrent très révoltés face à cette loi, car ils se sentent directement menacés sans moyen collectif de défense. Ceux des grosses entreprises se sentent aussi plus protégés avec des syndicats. La propagande patronale joue aussi. Sur le site de Pierre-Bénite, la direction d’Arkema s’est fendue d’un tract insistant « sur les bonnes conditions sociales, bien au-dessus du Code du travail » dont bénéficiaient ses salariés. Elle a même osé envoyer un courrier individuel à chaque travailleur, rappelant les dernières augmentations de salaire…dues en grande partie à la grève de décembre d’une majorité d’usines du groupe ; tout ça pour justifier qu’elle soigne bien ses salariés. La réalité est tout autre : suppressions de poste en permanence avec des augmentations de charge de travail, présence accrue d’emplois précaires ; de plus, dès que la direction le peut, elle grignote des avantages acquis, comme le nombre d’heures de masques, des compensations par rapport à des horaires décalés, etc.

… et pourtant !

Cette loi a été faite par et pour les grands patrons. Tous les accords obtenus par les luttes passées pourront être plus facilement remis en cause et auront une durée de vie précaire. Et la Chimie est un secteur avec une longue tradition de luttes.

Concrètement, certaines mesures de cette loi ont de quoi inquiéter sérieusement les travailleurs de la Chimie. Par exemple sur le temps d’astreinte serait alors considéré comme du temps de repos, ce qui laisserait au patron la possibilité de réduire la prime d’astreinte et de ne pas être dans l’obligation de donner des repos compensateurs. Ou encore sur les inaptitudes : aujourd’hui, en pareil cas, le patron est forcé d’adapter le poste ou de reclasser le travailleur concerné. Si la loi passe il pourra simplement le mettre à la porte. Les indemnités de licenciement en cas d’accident du travail ou de maladie professionnelle ? Réduites si cette loi passe…

L’exaspération est palpable

En plein cœur de ce mouvement contre la loi Travail, comme si on n’avait pas de quoi être assez en colère, éclate l’affaire des Panama Papers. Un sentiment de colère anime alors beaucoup de travailleurs : on nous impose toujours plus de dégradations de nos conditions de travail au nom de la compétitivité, on nous parle de déficit de l’État qu’il faut rembourser, mais à côté de ça on aide les banques qui vont planquer du fric ailleurs pour ne pas payer d’impôts ! Alors que nous, simples travailleurs, le moindre écart sur notre feuille d’impôt et c’est le redressement. Une vraie dictature comme beaucoup l’expriment.

La Chimie Debout ?

Aujourd’hui, ce sont des minorités dans chaque entreprise qui se mobilisent par la grève et qui battent le pavé. Il est encore difficile de se réunir entre travailleurs pour discuter du mouvement, pour s’organiser et pour préparer au mieux les prochaines journées de mobilisation interprofessionnelle comme celle du 28 avril. La minorité de travailleurs en lutte a conscience que, pour faire reculer le gouvernement, il faut faire basculer la majorité dans le mouvement.

Nombre de nos collègues regardent avec distance certes, mais sympathie les Nuit Debout. Ce mouvement est vu des usines comme une prolongation de celui des jeunes contre la loi Travail. Alors, pourquoi ne pas essayer d’en faire un cadre d’organisation pour la mobilisation contre la loi Travail ? Une occasion pour les minorités en lutte de la Chimie de discuter avec des travailleurs d’autres entreprises qui se posent sans doute eux aussi la question de savoir comment massifier ce mouvement pour faire retirer sa loi à ce gouvernement des patrons.

15 avril 2016, Maya PALENKE et Annick HAUSSMAN


Sale coup en préparation

(Extrait de l’Étincelle Solvay Saint-Fons Chimie du 4 avril 2016)

La direction prévoit un « plan d’économie » de 1,3 million d’euros sur l’usine. Et, avec ça il faudrait la comprendre ! Notre pauvre patron se plaint d’un surcoût de frais fixes après la fermeture de Coléo. Autrement dit, après avoir supprimé des postes il faut bien... en supprimer d’autres ! (…) Préparons-nous à stopper cette hémorragie !


Bluestar dans la lutte

(Extrait de l’Étincelle de Bluestar Silicones du 4 avril 2016)

Depuis le 9 mars, nous sommes en grève tous les jeudis. Nous étions en grève hier et nous serons en grève samedi 9 avril.

Nous sommes nombreux de Bluestar à aller aux manifestations entourés de nos camarades de Solvay, de l’IFP, de Total, d’Arkema, de Kem One.

Le mouvement continue, à nous de le faire vivre. (…)

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