Aller au contenu de la page

Attention : Votre navigateur web est trop ancien pour afficher correctement ce site internet.

Nous vous recommandons une mise à niveau ou d'utiliser un autre navigateur.

Accueil > Les articles du site > Il y a 100 ans, le congrès de Tours : la naissance du Parti communiste

Une occasion manquée : la grève des métallos du Havre

Mis en ligne le 19 janvier 2021 Article Politique

À l’été 1922, la grève des métallos du Havre, qui dure 110 jours, prend une dimension nationale, et même internationale, puisqu’elle est débattue au congrès de l’IC en novembre. Première grande lutte depuis la fondation du PC, elle est surtout une occasion manquée, témoignant des insuffisances politiques de sa direction.

Une grève massive et démocratique

En 1922, le patronat est à l’offensive. Le 20 juin, le Comité des forges annonce une réduction des salaires de 10 %. Après des débrayages spontanés dans les usines du Havre, le syndicat des Métaux appelle à la grève, qui se généralise à tout le secteur. Un comité de grève est établi avec des délégués d’usine et des représentants du syndicat. Celui-ci est dirigé par un anarchiste, Henri Quesnel, qui dirige aussi l’union locale CGTU. Des assemblées quotidiennes réunissent entre 3 000 et 5 000 grévistes, organisées dans la forêt pour plus d’espace. Le comité de grève prend en main l’organisation, des équipes sont détachées à diverses tâches et des piquets imposent la fermeture des usines.

La grève est soutenue largement parmi les travailleurs du Havre, si bien que le maire, un radical élu grâce aux voix ouvrières, se sent obligé de l’appuyer, se posant en conciliateur avec le patronat, tout en louant le « caractère raisonnable des revendications ». Un soutien modéré que Quesnel s’évertue pourtant à ménager.

Le Parti communiste s’en tient à des actions de soutien (collectes, soupes communistes, exode des enfants [1]), se gardant de proposer sa propre politique. Pourtant, les problèmes politiques posés par la grève ne sont pas minces, à commencer par la question de l’extension. Après un mois, celle-ci se pose sérieusement, mais la division syndicale joue à plein : le syndicat des marins, principal autre secteur de la ville, affilié à la CGT réformiste, refuse une grève de solidarité de peur de compromettre ses accords avec les armateurs, et ce malgré un immense soutien des marins.

La répression s’abat

Après deux mois, les patrons augmentent la pression sur le gouvernement pour mettre fin à la grève. Le préfet, un certain… Lallemand, s’empare des pouvoirs de police (à l’époque dévolus au maire) et interdit toute réunion, rassemblement et piquet. Les métallos appellent alors à une grève de solidarité dans toute la ville. La pression est telle que la CGT est obligée de suivre. Le 26 août, la police tire sur les manifestants, en tuant trois. Des barricades sont dressées. Le préfet saisit l’occasion pour faire évacuer la maison des syndicats et arrêter une cinquantaine de dirigeants.

La grève prend alors un caractère national. Dans la CGTU, les anarchistes appellent à une grève nationale pour le 29 août, ne laissant aucun délai. Les communistes s’alignent et l’appel paraît dans L’Humanité la veille seulement. La CGT ne s’y joint pas, prétextant de ne pas avoir été consultée sur la date. Faute de préparation, la grève est peu suivie.

Après cet échec, la grève de solidarité s’arrête rapidement. Le maire se désolidarise des grévistes, arguant que le comité de grève, renouvelé suite aux arrestations, est aux mains d’extrémistes. Les perspectives de victoire s’amincissent et, le 8 octobre, les métallos votent la reprise, la « tête haute » [2].

Les leçons de la grève

Après la grève, les discussions sont âpres au sein du PC. La direction réaffirme son opposition à l’implication dans les syndicats et les grèves. La gauche lui reproche au contraire de s’être pliée sans protester aux injonctions des anarchistes à ne pas s’immiscer dans la grève, de ne pas avoir dénoncé la duplicité du maire, et de ne pas s’être opposée à l’appel du 29 août, dont le manque de préparation garantissait l’échec. Le parti est resté un soutien extérieur au lieu de se poser en direction.

Trotski, qui suit attentivement la situation française, dresse les mêmes constats. Non seulement la direction du PC n’a pas été à la hauteur durant la grève, mais il aurait fallu préparer le terrain en amont par une implication dans les questions économiques touchant les travailleurs et en s’emparant des problèmes syndicaux. Il aurait fallu ajourner l’appel à la grève générale, mener une campagne d’agitation, avec des comités de protestation dans les usines, en interpellant les directions réformistes pour qu’elles s’y engagent. La grève générale aurait alors pu être appelée au moment favorable [3].

M.S.


[1Ceux-ci sont confiés pour la durée de la grève à des foyers ouvriers des régions alentour avec l’aide des mairies communistes.

[2Pour un récit complet de la grève, lire John Barzman, Dockers, métallos, ménagères : Mouvements sociaux et cultures militantes au Havre (1912-1923). https://books.openedition.org/purh/11937

[3Sur les critiques de l’IC, lire la résolution sur la question française du IVe congrès de l’IC, disponible sur marxists.org.

Mots-clés : |

Imprimer Imprimer cet article Réagir Réagir à cet article