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Un « statut unique » dans le transport de voyageurs ? Pour aligner par le haut les conditions de travail, la nécessité de revendications unificatrices imposées par une lutte d’ensemble !

11 janvier 2022 Article Entreprises

(Photo : l’opérateur Berthelet est sous-traitant de Keolis Lyon sur le réseau urbain TCL aux conditions de l’interurbain pour les conducteurs)

L’intégration de la prime différentielle au taux horaire est l’exemple même d’une revendication qui gagnerait à être généralisée à tout le secteur, tant elle unifie les luttes existantes. Mais pour cela, c’est la construction d’un mouvement de tous les travailleurs du transport qui présente le plus de garanties. De ce point de vue, la récente victoire des VFD sur cette revendication doit servir de signal de départ. Ce mouvement d’ensemble est déjà à l’ordre du jour à en croire les nombreuses grèves qui se succèdent, Si les objectifs sont déjà communs, il manque une coordination.

De son côté, la CGT Transports veut, entre autres, que les autorités publiques qui organisent les appels d’offres y fassent la part belle aux « critères sociaux ». Lorsqu’elle envoie des modèles de préavis aux nombreux syndicalistes et travailleurs qui la sollicite, on voit apparaître la formule « mise en place de critères sociaux d’un haut niveau social dans les appels d’offres en cours et à venir pour lutter contre le dumping social et la mise en concurrence des salariés », difficile de faire plus vague… pour faire le moins de vagues possible ?

Ces critères, introduits par la loi de 2007 sur le service minimum, sont tout sauf des garanties pour les travailleurs. Les entreprises peuvent s’engager par exemple sur des plans de formation ou sur des quotas d’insertion professionnelle. Les plus audacieuses peuvent même carrément promettre de signer des « chartes sociales » !

Compter sur les pouvoirs publics, c’est-à-dire sur les politiciens de gauche ou de droite, pour améliorer les conditions de travail, et pourquoi pas envoyer une lettre au père Noël ? Récemment, Île-de-France Mobilités (IDFM), l’autorité organisatrice pour la région francilienne, a déclaré sans suite deux appels d’offres pour lesquels aucune entreprise candidate n’avait suffisamment soigné son critère social. Un recul très temporaire, du domaine de l’affichage, mais un recul imposé par la grève chez Transdev en Seine-et-Marne, qui aura échaudé plus d’un patron du transport, et de toutous politiciens à leur suite.

Pour s’opposer aux attaques, en Île-de-France, en région lyonnaise, et en fait dans tout le pays, il n’y aura pas de raccourci ou de bonnes grâces des pouvoirs publics. Certains syndicalistes ou politiciens de gauche ont beau jeu aujourd’hui d’accuser la droite, pour tenter de donner un débouché « politique » aux luttes inédites des entreprises de transport. Mais les travailleurs auraient-ils beaucoup à attendre d’un exécutif dirigé par la gauche, qui depuis ses passages récents au pouvoir jusqu’à sa gestion actuelle de régions, de départements et de communes, a démontré et re-démontré qu’elle menait exactement la même politique patronale que la droite ? Rien n’est moins sûr, en tout cas aujourd’hui, c’est la grève que les travailleurs du transport choisissent pour arme, les uns après les autres.

Les patrons du secteur avouent à demi-mot qu’il faut améliorer les salaires et les conditions de travail tant le manque de personnel est criant. Cela dit, lorsqu’ils se retrouvent avec les syndicats au niveau de la branche interurbaine, la proposition est de 2,5 % d’augmentation, même pas l’inflation officielle (2,8 % en novembre de l’année dernière) et très en dessous de la hausse réelle des prix. Ils promettent également 1,5 % supplémentaire lors d’une extension de l’accord dont il est possible qu’elle n’arrive que dans deux ans. Le contexte général n’est pas pour rien dans l’initiative (un peu tardive) de la fédération CGT, mais le ridicule de cette proposition patronale non plus. Une chose est sûre, une augmentation avec un pourcentage à deux chiffres (comme on peut l’entendre en tendant l’oreille du côté de la CGT transport) ne sera atteignable qu’en s’appuyant sur les luttes et les revendications existantes.

Dans ses cartons, la CGT Transports a également la revendication du « statut unique ». C’est l’idée qu’il faudrait fusionner par le haut les conventions collectives de l’urbain, de l’interurbain et le statut RATP, afin que tous les salariés partagent les mêmes conditions, les meilleures parmi celles qui existent déjà. Cela aurait l’effet positif d’entraver la course à la baisse lors des appels d’offres, bref d’empêcher un peu la mise en concurrence des salariés à cette occasion.

Lorsque des conducteurs se rencontrent au cours des grèves, c’est forcément la discussion qui revient. Moins celle d’un statut unique d’ailleurs que celle de la coordination nécessaire des actions et de l’unification des revendications. Si ce mouvement venait à se coordonner à mesure qu’il s’approfondit, peut-être que les travailleurs arriveraient à imposer ce statut unique au patronat.

En revanche, à froid, entre deux luttes, depuis les salons d’expert, le patronat pourrait négocier avec gourmandise un statut unique qui consisterait à avaliser dans une seule convention collective, les reculs pour les uns (urbains) contenus dans la convention collective moins favorable des autres (interurbain). Sans même parler de la RATP, dont les conditions devraient servir de modèle et de point de départ d’élaboration de revendications aux conducteurs de tout le pays.

Les quelques aspects de progrès social inscrits dans des conventions collectives de branche et s’imposant au patronat du secteur (et pas l’inverse) ont été obtenues par des grèves générales, pas par du blabla ! Mais les responsables syndicaux comme les patrons pourraient être surpris, car ce qui se mijote dans les bagarres lorsqu’elles se regroupent, c’est bien d’imposer des revendications unificatrices de conditions salariales et de travail pour tous les travailleurs du transport !

Philippe Caveglia

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