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Un mois de lutte dans les transports en région lyonnaise

11 janvier 2022 Article Entreprises

(Photo : Des salariés de l’urbain et de l’interurbain ensemble devant la fédération patronale (FNTV))

L’automne a été un peu plus chaud que d’habitude dans les transports de la région lyonnaise. Le 15 novembre, les conducteurs de Keolis Planche [1] et de Transdev Rhône-Alpes (TRA) se sont mis en grève pour quelques jours, revendiquant des augmentations de salaire. Le 30, c’était au tour des VFD de trois dépôts (Bourgoin-Jallieu, Vénissieux et Pont-Évêque). Leur grève a duré jusqu’au 21 décembre.

Quant à Keolis Lyon (KL), la filiale qui exploite le réseau TCL (Transports en commun lyonnais), les boucles WhatsApp ont chauffé tout le mois de novembre à l’idée de la grève. Trois jours de grève au mois de septembre avaient eu pour résultat une prime de 480 euros versée sur quatre mois. Et certains ont eu envie de se rappeler au bon souvenir de leur patron actuel, Keolis, et de leurs éventuels patrons futurs qui, comme Transdev, RATP Dev, ATM, MTR ou encore Keolis à nouveau, pourraient remporter des appels d’offres sur le réseau TCL dans les mois à venir.

La construction d’un rassemblement inter-entreprises

Cette volonté d’en découdre, partagée d’une entreprise à l’autre, s’est cristallisée vendredi 10 décembre, à l’occasion d’un rassemblement à Vénissieux, devant l’antenne régionale de la Fédération nationale du transport de voyageurs (FNTV), le principal syndicat patronal des transports interurbains [2]. C’est la CGT Transports qui a appelé à la grève dans l’interurbain et à des rassemblements partout sur le territoire, dans le cadre de négociations ordinaires sur les rémunérations conventionnelles. Alors que les grèves s’accumulent dans les transports publics depuis début septembre, avec notamment la longue grève chez Transdev en région parisienne, c’est le premier appel fédéral CGT à une journée d’action au niveau national…

Le 10 décembre, à Vénissieux, une grosse délégation des VFD, alors en grève depuis onze jours, ainsi que des délégations plus petites de TRA et de KL, formaient le gros des forces en présence, une quarantaine de grévistes au total. Une telle rencontre de conducteurs de différentes entreprises est précieuse, car c’est l’occasion de faire entendre les revendications que tous partagent.

Le ralliement de quelques grévistes de KL n’était pas évident, au départ. Pour beaucoup, il s’agissait, dans un premier temps, de viser le 8 décembre, à l’occasion de la Fête des lumières de Lyon. Le centre-ville est alors plein à craquer, comme les bus, trams et métros qui le desservent. Est-ce pour autant le jour où Keolis est le plus vulnérable ? Pas si sûr. Sur le plan financier, non seulement ce jour-là le réseau est gratuit à partir de 16 heures, mais en plus le Sytral (Syndicat du transport de l’agglomération lyonnaise), l’autorité organisatrice qui délègue à Keolis l’exploitation du réseau, paie le kilomètre parcouru et pas l’usager qui se déplace. Au plan médiatique, si les projecteurs sont braqués sur Lyon, ils le sont d’autant plus facilement sur les grévistes « gâcheurs de fête ».

Et de toute façon, la force des travailleurs n’est pas seulement proportionnelle aux pertes financières du patron. Ce qui compte, c’est de se retrouver, le plus nombreux et le plus uni possible, pour faire entendre ses revendications. Cet argument a plaidé pour que la grève ait lieu le 10 décembre, en même temps que celle des conducteurs de l’interurbain.

Mêmes revendications, même combat !

D’autant que d’une grève à l’autre, dans l’urbain ou dans l’interurbain, on retrouve les mêmes revendications, à commencer par l’augmentation des salaires.

En octobre, la direction des VFD a tenté de diviser les anciens des nouveaux embauchés en promettant 2 % aux premiers et 4 % aux seconds. La réponse des grévistes est claire : 8 % d’augmentation pour tous ! Les salariés de TRA, eux, exigent un taux horaire à 14 euros. Quant aux grévistes des TCL, la principale revendication de leur mouvement de septembre était une augmentation de 200 euros net du salaire de base.

Les similitudes entre les revendications ne s’arrêtent pas là. Ceux de TRA comme ceux de Keolis Lyon demandent le respect des plannings théoriques et des délais de prévenance qui sont mis à mal par le sous-effectif. Celui-ci touche toutes les entreprises du secteur. C’est une conséquence des conditions d’embauche déplorables.

Et il y a aussi l’allotissement qui guette le réseau TCL. Lors du prochain renouvellement de la délégation de service public, le Sytral pourrait faire non pas un mais plusieurs appels d’offres. Occasion pour le patronat du secteur et les pouvoirs publics à leur service d’attaquer encore plus durement les conditions de travail à chaque transfert, selon la vieille tactique de diviser pour mieux régner. Les salariés des TCL n’ont aucune raison d’accepter ce chantage et ont tout intérêt à rester soudés et combattifs, qu’ils soient ou pas dans la même entreprise à l’avenir.

Les VFD obtiennent l’intégration de la prime différentielle au taux horaire !

En juillet 2020, un accord de branche a été conclu pour l’interurbain. Il prévoit le maintien de la rémunération annuelle des salariés transférés (l’existence d’un tel dispositif montre bien que la rémunération est amenée à baisser à chaque transfert) mais ne dit pas un mot du maintien du taux horaire. Or, c’est à partir de ce taux que sont calculés les éléments variables de rémunération (primes d’amplitude, de coupures, etc.). En réalité, le taux horaire baisse, les primes baissent avec et une « prime différentielle » est versée chaque mois aux salariés transférés (mais pas aux nouveaux embauchés), avec une régularisation annuelle pour atteindre le niveau garanti.

C’est ce qui est arrivé à certains ex-salariés de Carpostal dont l’entreprise a été rachetée par Keolis Porte des Alpes (KPA) à l’hiver 2020 et qui ont été transférés ensuite aux VFD après un appel d’offres. Les grévistes des VFD exigeaient l’intégration de la prime différentielle au taux horaire… et ont obtenu satisfaction !

Cela mérite d’être connu. La prime différentielle est, depuis quelques mois, la forme que prend l’attaque patronale contre les salariés du transport. Sous couvert de garantir la rémunération annuelle, elle fait passer la pilule de la baisse des éléments variables de rémunération au plancher de la convention collective et de la disparition des éventuelles primes d’entreprise. À plus long-terme, la différentielle gèle les salaires, puisque tant que le niveau garanti n’est pas atteint, toute augmentation de la rémunération (hors négociations annuelles obligatoires, NAO) est compensée par une baisse équivalente de la différentielle1. C’est ce qui se passe lorsqu’un salarié avance dans la grille d’ancienneté ou lorsque le travail s’intensifiant, il génère plus d’éléments variables qui sont retranchés de la différentielle.

Et surtout, la différentielle permet de diviser ceux qui la touchent de ceux qui ne la touchent pas, les nouveaux embauchés et, dans le cas présent, les anciens des VFD. Tous font pourtant les mêmes services !

Le directeur des VFD s’est peut-être dit qu’en cédant sur la différentielle, qui ne concerne qu’une dizaine de salariés dans une entreprise qui en compte plus de trois cents2, il n’aurait pas à répondre sur l’augmentation générale de salaire, tout en fracturant le mouvement entre anciens Carpostal et anciens VFD. Petit calcul de comptable, logique patronale de division. Dans l’immédiat, il a obtenu l’arrêt de la grève mais les grévistes, eux, n’ont pas repris la tête basse.

En obtenant l’intégration de la prime différentielle au taux horaire, ils ont montré comment il était possible de combattre la dégradation dont ils sont la cible lors des transferts d’une entreprise à l’autre. Ce n’est que par la lutte, en revendiquant l’intégration de toutes les primes au salaire de base, que les conducteurs pourront sortir de la jungle des primes qui caractérise le secteur et est mise à profit par le patronat pour peser sur les salaires.

Bastien Thomas


[1C’est une filiale issue du rachat par le groupe Keolis des Autocars Planche, PME d’ampleur régionale, en 2005. Elle exploite notamment quelques lignes des TCL (Transports en commun lyonnais) que lui sous-traite une autre filiale du groupe Keolis, Keolis Lyon, qui a la charge de la totalité du réseau.

[2Dans le monde des transports publics, on distingue l’urbain (les réseaux de transports des grandes agglomérations) de l’interurbain (par exemple, les services de cars départementaux ou les services scolaires à la campagne ou en lointaine banlieue). La distinction date du temps où l’interurbain renvoyait principalement à des activités de tourisme, mais avec l’évolution des services (passage aux services réguliers), les conditions de travail se ressemblent de plus en plus d’une branche à l’autre. Les conventions collectives restent toutefois différentes.

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