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Archives > Éditos L’Étincelle > 2001 > mars > 12

Un coup de semonce

Lutte Ouvrière avait présenté 129 listes à l’occasion de ces municipales. Certaines obtiennent jusqu’à 19,44 % des voix, comme à Liévin (Pas-de-Calais), ou 10,57 % comme à Laon (Aisne), ou encore 10,76 % comme à la Courneuve (Seine-Saint-Denis), 8,88 % comme à Cherbourg. Mais d’autres organisations révolutionnaires se sont également présentées, comme la Ligue Communiste Révolutionnaire ou le Parti des Travailleurs. Et en additionnant les voix de l’extrême gauche dans certaines villes, on arrive à des scores de plus de 10 % à Sotteville-lès-Rouen ; de 7 et 9 % sur plusieurs arrondissements d’une grande ville comme Lyon ; de plus 8 % à Vénissieux, ou dans le deuxième secteur de Marseille, ou encore à Lille ; dans la banlieue parisienne, le total de l’extrême gauche fait plus de 10 % à Saint-Denis, Montreuil, Créteil, et même près de 16 % à la Courneuve, 20 % à Gennevilliers ; plus de 13 % à Clermont-Ferrand…

Bien sûr, l’extrême gauche ne se présentait pas partout. Et de très loin. Il n’empêche. C’est un test sur des millions d’électeurs, qui le plus souvent a montré un doublement des suffrages des révolutionnaires par rapport aux scrutins précédents, et parfois un triplement. Cela montre que l’audience de l’extrême gauche évolue bel et bien. Et cela depuis plusieurs années.

En réalité, depuis le score d’Arlette Laguiller aux présidentielles de 1995 (5,3 %), les scores électoraux de l’extrême gauche, aux régionales comme aux européennes, et aujourd’hui aux municipales, n’ont cessé non seulement de se confirmer, mais de s’accentuer.

Ah, pas de quoi donner beaucoup de postes d’élus aux révolutionnaires. Ni infléchir la politique de ceux qui à gauche comme à droite se relaient au pouvoir. Mais de quoi leur donner à réfléchir. Car un véritable changement de politique, tous ceux qui ont voté pour nos listes le savent bien, cela s’obtient en changeant le rapport de forces ailleurs que dans les urnes. Et c’est bien ce que nos politiciens auraient le plus à craindre.

Seulement, quand les révolutionnaires obtiennent, disons 8 % sur une ville importante ou un arrondissement, là où les votes bourgeois sont mélangés aux votes ouvriers, cela veut dire que dans les bureaux de vote les plus populaires, les scores atteignent 15 ou 20 %. Parfois plus. Cela veut dire que si le scrutin avait lieu sur les lieux de travail, là où nous vivons directement la pression de la hiérarchie patronale ou administrative (là où comme par hasard la liberté d’expression politique n’existe plus !), ce serait autour d’un quart des salariés qui voteraient pour l’extrême gauche, qui diraient donc : « la gauche officielle, qui se prétend communiste ou socialiste, qui se trouve si bien au pouvoir, on a compris. On sait ce que valent ses promesses. On sait de quel côté, dans les faits, elle gouverne ; on sait à qui elle obéit. Elle est plus sensible aux charmes des lobbies patronaux et des marchands d’armes qu’à celui des smicards ! Elle nous l’a fait payer assez cher en vagues de licenciements, flexibilité, remise en cause des droits sociaux, précarité et surexploitation. »

Il y a cinq ans, dix ans même, la désillusion était déjà là. Le chômage aussi. A l’époque, les démagogues d’extrême droite essayaient de canaliser l’amertume vers les préjugés racistes et xénophobes. Mais quelque chose d’autre se dessine désormais. La fin des illusions, c’est acquis. Gauche, droite, bien malin qui les distingue. Et certainement pas les Sirven et autres graisseurs de pattes d’Elf ou Total Fina, ni les grands patrons comme Riboud ou Michelin.

Ce qui se dessine, c’est que les travailleurs de tous les secteurs, des caissières de supermarché à temps partiel éclaté jusqu’aux nouveaux bagnards sans horaires de l’informatique, en passant par les cheminots, les métallos… les infirmières ou les instits, remettent à l’ordre du jour la lutte de classe, l’organisation de classe, les idéaux de classe.

6, 8 ou 15 % dans les urnes, c’est déjà un signe. Mais qu’une partie d’entre eux rejoignent d’une façon ou d’une autre les rangs de l’extrême gauche, reprennent goût à l’organisation politique, constituent leur propre contre-pouvoir, dans les entreprises, les quartiers, et quand il le faut dans la rue, et cela donnera toutes les raisons d’espérer… en ses propres forces !

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