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Dans les rues d’Orléans, le 8 novembre 2021

Travailleurs du transport de voyageurs à Orléans : premier arrêt !

10 novembre 2021 Article Entreprises

L’événement de ce lundi à Orléans a sans conteste été la grève des travailleurs du transport de voyageurs, car les grévistes des différents exploitants de la région (Keolis, RATPdev et Transdev) se sont mis d’accord pour défiler ensemble dans la rue. Un cortège dynamique et coloré de plus de cent cinquante grévistes a fait le trajet de leurs dépôts en banlieue jusqu’à la cathédrale du centre-ville. Une première journée de grève réussie, qui en appelle d’autres !

Une colère qui vient de la base : « Nos vies valent plus que leurs profits ! »

« C’est la première fois qu’on fait grève ensemble, Keolis, RATPdev et Transdev. – Cette solidarité et cette manif, ça fait plaisir ! Mais on a des raisons d’être ensemble : on est tous payés au lance-pierre. C’est 1300 € net à l’entrée. – Et une ancienneté que tu ne gardes pas si tu changes de boite ! – Moi au bout de dix ans, je suis à 1800 €... si je charbonne, je peux monter à 2000 €, mais ça veut dire que je ne vois plus mes enfants. » Il n’y a pas que le salaire qui blesse : « Le planning vient au dernier moment, on fait des amplitudes de 13h-13h-30... Après des journées comme ça, je rentre chez moi, je me mets sur le canapé et en cinq minutes il n’y a plus personne. C’est la télé qui me regarde ! » Un autre gréviste ajoute : « Moi je compte même des amplitudes de 16 heures. D’accord, d’après leur planning, c’est seulement 14 heures. Et attention, 14 heures pour être payé 5 ou 6 heures ! Mais quand tu pars de chez toi à 5h30 le matin et que tu rentres à 21h30 le soir, tu peux compter, ça fait 16 heures. »  

Les patrons essaient toujours de pousser plus loin de le temps de travail, et les salaires plus bas, pour pousser plus hauts leurs profits. Ils veulent aussi jouer sur la flexibilité du travail. « Mon statut, c’est ‘‘polyvalent’’. Je ne connais pas mon planning sur trois jours. C’est impossible pour s’organiser. Prendre un rendez-vous, comment je pourrais le faire ? Je ne connais pas mes heures à l’avance. – Il y en a marre ! Nos vies valent plus que leurs profits ! » Ce faisant, ils poussent aussi les travailleurs dans la grève. À l’entrée du dépôt ce matin, il y a beaucoup de grévistes pour qui c’est la première. « Quand j’ai vu les gars arriver petit à petit sur le piquet je me suis dit : ‘‘On est tout ça !’’ Rien que le fait d’être venus tous à cette manif, ça va nous souder pour la suite. »

Des revendications communes à tous les conducteurs

« On peut faire des semaines qui montent jusqu’à 56 heures de temps de travail effectif, donc sans les coupures ! Avec une limite de 90 heures sur deux semaines. Mais la plupart du temps, pour faire les 35 heures de temps de travail et commencer à toucher les heures sup’, il faut déjà 50 heures de présence au boulot. » Dans ces cinquante heures de présence, il y a des coupures dont l’indemnisation varie. « Le paiement en pourcentage des coupures, c’est une usine à gaz. » Beaucoup de grévistes sont impressionnés par la conquête de la grève de Transdev en Île-de-France, qui a obtenu l’indemnisation à 100 % des ces coupures. « Bravo les gars ! Mais je me demande si ça ne va pas rendre le travail plus intense. Si les patrons doivent payer les coupures, ils vont être tentés de les réduire au maximum. » La solution pour éviter cette tentation patronale n’est pas loin : il suffit, comme c’était encore le cas avant les appels d’offre à Vaux-le-Pénil en Île-de-France par exemple, que les coupures soient intégrées au temps de travail. Cette revendication qui parle à tous les chauffeurs pourrait être le ciment et l’objectif d’un mouvement d’ensemble.

« Il faudrait embaucher pour éviter les amplitudes. On pourrait faire deux équipes, une du matin, et une du soir. Mais les patrons préfèrent embaucher des employés de bureau qui vont calculer jusqu’à quel point un seul chauffeur peut étirer sa journée. » Où on voit que malgré les chiffres démagogiques du gouvernement qui prétend que la croissance du PIB diminue le chômage, c’est bien une politique des patrons de laisser tant de travailleurs sur le carreau, et d’en surexploiter d’autres. En demandant des embauches, les conducteurs en grève se battent dans le même temps pour leurs conditions de travail et pour l’ensemble du monde du travail.

Les revendications des grévistes d’Orléans ne diffèrent pas de celles des grévistes d’Île-de-France ou d’autres conducteurs partout ailleurs en France. On peut les résumer [1] à :

  • l’intégration des coupures dans le temps de travail
  • l’intégration des primes dans le salaire
  • des embauches pour alléger les services et interdire ceux en plusieurs vacations.

« ... un appel à ce qu’on se rencontre tous »

Comment obtenir ces revendications ? Il faut que le mouvement s’élargisse et se coordonne, à l’image de la manifestation qui est partie de la banlieue, et durant laquelle l’unité des conducteurs a été mise en avant : « Qu’on soit dans l’urbain, l’interurbain ou le tourisme, on est tous concernés. Les patrons se déplorent une pénurie de chauffeurs, mais est-ce qu’ils se demandent pourquoi ? Est-ce que c’est à cause des salaires trop élevés ? Est-ce que c’est à cause de tout le temps libre qu’on a ? Non, il y en a marre ! Tous ensemble ! » Ce tous ensemble renvoyait d’abord ici à la réunion des trois dépôts en grève. Mais plus loin, si on mettait un point rouge sur la carte de France pour chaque grève qui a éclaté dans ce secteur ces deux derniers mois, on pourrait avoir l’impression d’une varicelle.

Et ce qui touche les conducteurs touche aussi l’ensemble des travailleurs. « Ce qu’il faut à tout le monde, c’est des augmentations de salaire. Tout augmente, sauf les salaires. Même en travaillant, le 2 du mois on est dans le rouge. Il faut augmenter le smic à 2000 € bruts ! » Un gréviste réagit : « Soyons réalistes, c’est pas un jour de grève comme ça qui va nous faire passer à 2000€. – Mais si c’était à l’échelle de la France. Si tous les conducteurs de France faisaient grève, en un jour ce serait plié ! », répond un de ses collègues. Si les patrons sont plus forts, ce n’est pas parce qu’ils sont plus nombreux. C’est qu’ils sont mieux organisés. La solution viendra peut-être d’appels de ce genre : « On a espoir de pouvoir élargir ce mouvement avec d’autres sites, avec d’autres régions, voire même nationalement. Il faut que tous les conducteurs de poids lourds puissent bouger et se faire entendre. C’est un appel à ce qu’on se rencontre tous, qu’on fasse une table ronde par région, et qu’on puisse fédérer un mouvement national. »

Simon Vries


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