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Tous nos vœux de réussite… aux grèves sur les salaires

27 décembre 2021 Convergences Entreprises

Depuis un mois et demi environ, les grèves pour des augmentations de salaire fleurissent dans de nombreux secteurs, de manière isolée mais néanmoins déterminée. N’en déplaise aux réactionnaires de tout poil, la préoccupation première des travailleurs n’est pas l’immigration, mais de ne pas être dans le rouge au milieu du mois. Avec la hausse généralisée des prix, c’est de plus en plus difficile et ce n’est pas le chèque inflation de 100 euros, annoncé par Castex au mois d’octobre, qui va y changer quelque chose ! Ajoutés à ce contexte, les jolis bénéfices de beaucoup de grosses entreprises motivent les salariés pour revendiquer leur part. Dans cette situation, plusieurs confédérations syndicales (CGT, FO, Solidaires) viennent d’appeler à une journée de mobilisation le 27 janvier sur la question des salaires.

Bref aperçu de l’étendue des grèves sur les salaires

Depuis novembre, on ne compte plus les départs de grève : chez Dassault Aviation (Biarritz, Martignas, Biard, Argonay, Saint-Cloud, Seclin, Argenteuil), chez Alstom, Sanofi, chez le transporteur Ziegler à Saint-Étienne, ou encore à l’usine Constellium d’Issoire, dans le Puy-de-Dôme, spécialisée dans la fabrication de tôles aéronautiques, chez Novartis à Huningue, au chantier de Fountaine-Pajot à La Rochelle, chez Eiffage énergie, chez Enedis sur plusieurs sites, où les grévistes réclamaient 200 euros d’augmentation pour tous, l’indexation des salaires sur l’inflation, le premier niveau d’embauche à 1 800 euros et l’augmentation de la prime d’astreinte, chez Arc international, chez les éboueurs de Toulouse, chez Décathlon où plus de 1000 salariés ont fait grève le 12 novembre, chez Labeyrie, Sephora, Leroy Merlin, Auchan, Carrefour, Amazon, la Fnac, Arkema, la SNCF, l’animation périscolaire, et dans un secteur en lutte depuis plus d’un an, où la précarité n’a d’égal que l’investissement des salariés : le médico-social.

« Bénéfices records pour les actionnaires, zéro euro pour les salariés »

« Bernard Arnault, partage le magot ! », voit-on écrit sur une pancarte d’une salariée de Sephora réunie avec beaucoup d’autres collègues d’Île-de-France lors d’un rassemblement fin novembre. Ce n’est pas comme si LVMH, groupe auquel appartient Sephora, n’avait pas enregistré un bénéfice net de 5,3 milliards d’euros au premier semestre. L’enseigne elle-même a retrouvé ses chiffres de 2019 en raison des ventes en ligne. Pourtant, aucune augmentation à l’ordre du jour, si ce n’est celle normalement prévue début janvier, inférieure à l’inflation, comme dans pléthore de boites en grève. Des primes sont distribuées, jusqu’à 15 euros brut par jour quand les objectifs quotidiens et mensuels de chiffre d’affaires sont atteints, mais « ils sont de plus en plus inatteignables », insiste une des grévistes, qui après onze ans chez Sephora touche 1 400 euros net par mois. Au discours sur les bas salaires, s’accompagne un ras-le-bol concernant les conditions de travail. Le Covid, loin d’opérer une crise pour le groupe, a plutôt été l’occasion qui fait le larron : arrêter de remplacer des départs à la retraite ou embaucher en CDD à la place des CDI : « Avant le Covid, à Vélizy, on était trente-cinq CDI, aujourd’hui on est treize. La surcharge de travail est énorme », témoigne ainsi Justine, appuyée par des salariées d’autres magasins.

Dans la grande distribution aussi, il y a de quoi être en colère : celle qui a été la poule aux œufs d’or des différents confinements rechigne pourtant à payer plus que le smic ses salariés, et c’est d’autant plus scandaleux au regard de tous les risques qu’ils ont pris pendant la pandémie. C’est le cas en particulier chez Auchan et Carrefour, où la CGT appelait à la grève du 18 au 23 décembre. À Ivry, le magasin était bloqué et occupé mardi 21. Après trente ans chez Carrefour, un employé raconte qu’il touche 1 400 euros. Quelle augmentation propose le groupe ? 1 % ! 14 euros en plus par mois, une véritable provocation, bien insuffisante pour payer l’augmentation du carburant pour aller au boulot tous les jours. Pour l’électricité, le gaz, la nourriture, et tout le reste, on repassera. Cela n’a pas empêché FO, syndicat majoritaire du groupe, de signer la proposition. Hormis les salaires, ce qui inquiète également, c’est la mise en location-gérance de certains magasins qui fait sauter la majorité des accords d’entreprise, comme ceux qui concernent l’ancienneté. Restent les accords de branche, bien en deçà de ce qui avait été obtenu chez Carrefour. Les cotisations pour la mutuelle seront également beaucoup plus fortes. La CGT estime la perte entre 1500 et 2000 euros par an pour chaque salarié. Une trentaine d’hypermarchés sont déjà concernés en France.

Des grèves réussies et très déterminées

À Arkema, alors que le PDG applaudissait les bénéfices records de l’entreprise, les salariés des treize sites français se sont mis en grève pour exiger une part du gâteau, qui n’est après tout que le fruit de leur travail. Après douze jours de grève, ils viennent d’obtenir une augmentation de 70 euros minimum pour les salaires les plus bas, 2,3 % d’augmentation au-delà et quelques euros sur les primes. Ils ont aussi gagné en confiance face au mépris des patrons et gagné en solidarité. La combativité et la coordination entre les différents sites ont été leurs meilleures armes.

De même à Leroy-Merlin, les salariés ont obtenu une augmentation de salaire d’au minimum 65 euros par mois. La direction y était allée de ses propositions ridicules d’augmentation afin de calmer le mouvement mais la détermination des salariés aura eu raison de son mépris.

Chez Dassault Aviation, le dégoût était grand à la suite des 17 milliards engendrés sur les 80 Rafale vendus aux Émirats début décembre, sans la moindre miette donnée aux travailleurs. Un cocorico qui avait le goût amer du non-ruissellement. Et le carnet de commande est loin de se limiter à ce contrat juteux. Résultat : le groupe a dû faire face au plus fort mouvement de grève qu’il a connu ces vingt dernières années. 200 euros net d’augmentation par mois, telle était l’exigence des grévistes, alors que les négociations salariales bloquaient le compteur à 30 petits euros pour les plus bas salaires. Un magasinier sur un piquet de grève raconte ainsi : « l’essence a augmenté et je fais 72 bornes aller-retour, c’est 300 euros de gasoil, pour venir travailler. Je travaille pour même pas un smic au final et je ne suis pas le seul. Alors, je vais moins chauffer cet hiver. » Le 17 décembre dernier, après une semaine de blocage de sept des neuf sites français du groupe, la direction a dû lâcher une prime de 500 euros pour tous et une deuxième prime du même montant, pour les salariés qui touchent une rémunération inférieure à trois fois le montant du smic. Toujours bon à prendre, mais on est bien loin des 200 euros d’augmentation de salaire. Et comme la mesquinerie du groupe n’a pas de limites, la direction a annoncé 3,75 % d’augmentation pour les cadres, 3,5 % pour les non-cadres avec seulement 1,8 % d’augmentation générale. Au niveau syndical, un accord majoritaire a été trouvé, signé sans surprise par la CFE-CGC et par l’Unsa. Mais ce n’est que partie remise, de nombreux ouvriers annonçant qu’ils n’ont pas dit leur dernier mot.

L’envolée des prix ne va pas s’arrêter de sitôt et un mouvement de grève généralisé sur les salaires paraît tout aussi urgent que possible, histoire de récupérer une partie de la richesse collective que les riches nous volent, comme a dit Philippe Poutou au micro de Bourdin il y a quelques jours.

Barbara Kazan

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