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Texte congrès de la minorité : SUR QUELQUES ORIENTATIONS ET OBJECTIFS POUR 2003

15 décembre 2002 Politique

Il n’est plus à démontrer que, avec l’aide d’un président plébiscité grâce à la gauche et une partie de l’extrême gauche et une droite revenue en force à l’Assemblée nationale, patrons et gouvernement développent une nouvelle offensive tous azimuts contre la classe ouvrière et l’ensemble des couches populaires. D’une pression accrue sur les salaires à la remise en cause des retraites, des attaques contre la sécurité sociale et le système de santé à la multiplication des licenciements économiques, des mesures répressives contre les immigrés ou la jeunesse des banlieues à celles encore plus scélérates contre les laissés pour compte et les exclus de cette société, SDF, prostituées ou mendiants, on n’en finit pas d’énumérer les terrains où se déploie cette offensive. Le ton patelin de Raffarin soi-disant penché sur les problèmes de la « France d’en bas », les justifications de Sarkozy préoccupé, paraît-il, de rétablir la sécurité dans les quartiers populaires, la main tendue de Fillon aux organisations syndicales pour les amener aux tables de négociation avec le Medef, ce à quoi il parviendra sans doute sans trop d’effort, ne peuvent abuser les travailleurs. Tout au plus impressionner des politiciens soi-disant socialistes, les plus cyniques ou les plus lucides, qui n’arrivent même plus à trouver de différences entre la politique que le PS a mené pendant 5 ans et celle du gouvernement de droite actuel.

Il est inutile de compter sur les directions traditionnelles du mouvement ouvrier comme de la gauche pour tenter de contrer cette offensive. Cela ne tient pas seulement à l’état de faiblesse et de division, après ces élections perdues, du PS, du PCF ou des Verts. Certes au Parlement ils ne sont pas en situation de faire pièce aux projets et à la politique du gouvernement. Mais une opposition digne de ce nom ne s’organiserait et ne se manifesterait pas seulement à l’Assemblée nationale mais d’abord, quel que soit le nombre de ses députés, sur les autres terrains comme la rue, les quartiers ou les entreprises. Pour cela faudrait-il encore que ces partis soient vraiment d’opposition ! Or, comme l’ont prouvé 5 ans de gouvernement Jospin, cette gauche n’a pas d’autre politique que la droite. Les coups de chapeau de Julien Dray ou Daniel Vaillant à certaines des mesures de Sarkozy, de Laurent Fabius ou Dominique Strauss-Kahn à celles de Mer sont bien significatifs. Quant aux directions des confédérations syndicales, leurs protestations plus ou moins véhémentes à propos de tel ou tel projet du gouvernement (pour celles qui protestent et sur les sujets, soigneusement

choisis, pour lesquels elles protestent) masquent bien mal leur dérobade à assumer le rôle qui est censé être le leur, coordonner les forces de la classe ouvrière. Elles ne l’ont pas fait jusqu’ici et ne le feront pas plus à l’avenir, à moins qu’elles ne soient contraintes par une forte pression de la base et la crainte d’être débordées. En cet automne 2002, la dispersion quasiment coordonnée des premières réactions du monde du travail à la politique du gouvernement, l’émiettement volontaire de celles du secteur public, EDF, Poste, SNCF, Education nationale, comme le silence complet sur la suite à donner à ces premiers mouvements, en est une preuve éloquente.

L’intérêt de la classe ouvrière est d’aller vers un mouvement d’ensemble, autour duquel d’ailleurs pourraient se regrouper l’ensemble des couches populaires avec leurs revendications particulières. Plus, comme plusieurs décennies l’ont maintenant largement prouvé, sans ce mouvement d’ensemble sur l’ensemble des revendications actuelles essentielles du monde du travail - augmentation substantielle des salaires, interdiction des licenciements et fin de la précarité, défense et amélioration du système de la Sécurité sociale et des retraites… - les travailleurs ne peuvent qu’encaisser de nouveaux coups. La classe bourgeoise a appris depuis longtemps à se jouer des luttes partielles, même radicales, et à les contourner ou les vaincre, quelles que soient l’abnégation et la détermination des travailleurs engagés ou de leurs organisations. D’ailleurs le seul coup d’arrêt de quelque importance imposé à l’offensive anti-ouvrière durant la dernière décennie le fut par les grèves des cheminots et du secteur public en 1995 : sous la menace d’une extension du mouvement justement.

L’orientation de Lutte Ouvrière, comme de toute organisation politique se réclamant de la lutte de classe, se définit d’abord et avant tout en fonction des intérêts du monde du travail, immédiats comme à long terme. Elle semble donc toute tracée pour la période qui vient. L’essentiel de nos efforts doit être consacré à aider et organiser la riposte ouvrière aux entreprises gouvernementales et capitalistes : d’abord à participer, bien sûr, chaque fois que nous le pouvons, à chacun des épisodes de résistance, aussi partiels ou limités soient-ils ; ensuite à une propagande systématique, voire une agitation quand l’occasion se présente, pour défendre par tous les moyens et à tous les niveaux la perspective du mouvement d’ensemble.

Personne n’imagine bien sûr que Lutte Ouvrière (et pas plus l’ensemble des forces d’extrême gauche dans l’hypothèse où elles œuvreraient ensemble dans la même direction) pourrait par ses seules forces déclencher ce mouvement. Cela n’est même pas à la portée des plus grandes organisations, syndicats ou partis. A celles-ci nous ne reprochons pas, contrairement à ce qu’elles nous ont fait dire souvent, de ne pas déclencher la grève générale sur commande ou en appuyant sur un bouton. Mais en revanche nous leur reprochons bien de ne pas tracer cette perspective, de ne pas affirmer clairement qu’il faudra bien en venir là, qu’elles sont prêtes à la préparer avec tous ceux qui ont conscience de sa nécessité, bref de faire une propagande systématique pour convaincre les travailleurs dont finalement tout dépend. Comme nous leur reprochons de ne pas se servir de chacun des mouvements partiels pour faire de l’agitation en ce sens, en proposant une suite et le pas supplémentaire qui renforcerait ces combats et irait dans la direction du renversement des rapports des forces. Il est vrai qu’il faudrait d’abord qu’elles aient la volonté d’amener ces mouvements partiels eux-mêmes au bout de leurs possibilités ! Aucune organisation ouvrière, quelle que soit sa force, ne peut déclencher une lutte sans qu’une fraction décisive des travailleurs ne soit décidée elle-même à le faire. Mais ne pas la préparer (voire la saboter par avance dans bien des cas) c’est pour le moins tourner le dos à la tâche.

Il serait sans doute périlleux de surestimer les forces de notre organisation pour l’engager dans des aventures dont elle ressortirait soit affaiblie soit ridiculisée. Mais il ne serait pas moins faux de les sous-estimer et ainsi d’être en dessous de nos tâches. Depuis quelques temps maintenant les médias, dont on sait pourtant comment ils sont disposés à notre égard, comme les autres forces politiques montrent qu’ils considèrent LO comme un parti, sans doute petit mais bien réel sur l’échiquier politique. Ne soyons pas les seuls à nous dévaloriser, surtout pour nous justifier de tergiverser et d’hésiter quand il s’agit de tenter d’être à la hauteur.

Notre orientation dans la période qui vient est de faire campagne pour ce mouvement d’ensemble sur ces revendications d’ensemble. Par certains aspects, cette campagne, notre organisation l’a déjà engagée, en fait même la mène en permanence : par la propagande dans notre presse, et d’abord celle d’entreprise ; par la participation systématique aux grèves (voire leur organisation là où nous en sommes capables), aussi limitées soient-elles ; ou quand nous profitons des mouvements comme des manifestations pour faire entendre la politique et les perspectives que nous proposons. Mais il serait nécessaire dans les mois qui viennent de passer un ou plusieurs crans au-dessus avec des interventions politiques à l’échelle nationale, allant d’une large apparition par tracts, affiches ou réunions publiques, aux propositions publiques aux autres forces du mouvement ouvrier, partis ou syndicats, d’envisager ensemble les ripostes nécessaires. Certes, en l’absence d’une situation exceptionnelle, les chances que ces autres forces répondent favorablement ne sont pas très grandes. Pourtant LO et Arlette Laguiller sont assez connues et respectées aujourd’hui pour attirer au moins l’attention des travailleurs et des militants syndicalistes, communistes, voire socialistes, ceux que nous voulons convaincre et gagner justement.

Une telle campagne n’est pas hors de portée de LO. Notre organisation a été capable d’en mener depuis des années et à plusieurs reprises à l’occasion de différentes élections, et encore au printemps dernier pour les présidentielles et les législatives (pour ne pas parler de certaines campagnes d’affichage à une époque où nos forces étaient bien plus faibles), qui nous demandèrent en fait probablement bien plus d’efforts. Notre direction envisage d’ailleurs une précampagne dès l’automne prochain enfin de préparer celles des européennes et des régionales dans les mois qui suivront. Voilà une mobilisation de toute l’organisation, nécessaire évidemment, qui ne sera pas moindre mais bien plus importante que celle que nous préconisons ici. Ce que nous faisons régulièrement pour les élections mérite d’être tenté pour une fois à une autre occasion et pour une autre finalité que d’appeler à voter pour nous. Une telle campagne aurait par ailleurs l’avantage de faire justice de cette accusation d’être un parti qui n’a d’autres interventions nationales qu’à l’occasion des élections, accusation qui ne vient pas seulement de nos ennemis.

L’année qui vient, intermède entre les présidentielles et législatives de 2002 et les européennes et régionales de 2004, est effectivement une année sans élections. Mais une année passe bien vite si nous n’en saisissons pas l’opportunité : n’avons-nous pas déjà oublié que l’année 2000, il n’y a donc pas si longtemps, fut aussi sans élections entre les européennes de 1999 et les municipales de 2002 ! Certes notre organisation, afin de tirer bénéfice des campagnes municipales, présidentielles et législatives, a entrepris d’organiser largement ses sympathisants, en particulier nouveaux en de nouvelles places, et cela demande assurément bien des efforts dans les mois qui viennent. Mais la campagne politique que nous préconisons ne nuirait nullement à ces efforts mais au contraire les accompagnerait. Ainsi le PCF, naguère encore, savait toute l’importance des campagnes nationales sur un objectif ou un thème concernant tous les travailleurs, afin de lier politiquement à lui ses adhérents et proposer à ceux qui le désiraient une activité entre deux élections. Et en ce sens, la campagne pour le « tous ensemble » (pour la résumer d’un mot) préparerait aussi nos futures campagnes électorales des européennes et des régionales.

Elle aurait enfin l’avantage d’affronter un préjugé qui va grandissant dans tous les milieux de gauche, voire d’extrême gauche, associatifs, syndicalistes et même politiques. Sans doute la volonté de FO et de la CFDT de tenir à distance les partis politiques et réclamer le monopole de la représentation des salariés en tant que tels ne datent pas d’hier. Mais aujourd’hui cette tendance à tenir les partis politiques loin du principal terrain de la lutte de classe est renforcée par la volonté de la CGT de se distancier du PCF. De leur côté les associations multiples qui se battent ou prétendent se battre sur les problèmes de société – le « mouvement social » - revendiquent également le monopole en leur domaine et sont tout aussi méfiantes des partis politiques, admis à fournir un soutien logistique ou une caution morale mais surtout pas à proposer une politique justement. Il est sans doute anecdotique mais symptomatique qu’au Forum social européen de Florence, les partis politiques, y compris participants, n’aient pas été acceptés comme organisateurs. Cette vision du partage des tâches et des troupes (aux syndicats les travailleurs, aux associations la « société civile » et en particulier la jeunesse, aux partis… les électeurs) ne gênent évidemment pas la gauche, PCF et Verts compris. Elle n’a d’autre objectif qu’électoral et nulle volonté d’intervenir dans les luttes sociales. Mais ce ne peut être celle des communistes révolutionnaires pour qui la lutte de classe, impliquant les travailleurs et la population, se déroule dans les usines et les quartiers et non dans ces assemblées, sans grand pouvoir, que sont les parlements européens et nationaux ou les conseils régionaux et municipaux.

Le Parti communiste français a certainement encore beaucoup plus de militants ou d’adhérents que l’ensemble des groupes d’extrême gauche réunis. Mais cette constatation ne suffit pas pour une estimation plus rigoureuse du rapport des forces. Ces militants, dont le plus grand nombre appartient aux anciennes générations (et celles-ci n’ont en général déjà pas un moral au beau fixe quand elles voient les difficultés de leur parti à attirer des plus jeunes), déboussolés par une politique qu’ils ont souvent suivie en rechignant (pour ceux qui ne la contestaient pas carrément), constatent aujourd’hui qu’elle a abouti à un désastre. Bien plus le parti, divisé ouvertement en de multiples courants et fractions, allant de l’extrême gauche à la droite de la social-démocratie, est incapable de leur proposer une perspective crédible pour sortir de son impasse actuelle. Le « large débat » proposé par Marie-George Buffet est, on le sait, le truc traditionnel des directions en mauvaise posture qui n’ont pas de politique de rechange, n’en veulent pas et misent simplement sur l’essoufflement de leurs oppositions pour durer et faire durer. En faisant repousser au printemps 2003 le congrès qui devait débattre de la situation du parti à la suite des élections, elle a certainement remporté une victoire interne, mais sans doute au prix d’un découragement et d’un éloignement supplémentaire de nouveaux militants. Il est donc douteux que cette force, arithmétiquement supérieure à celle de l’extrême gauche, et a fortiori de LO, le PCF soit à l’avenir capable de s’en servir. Pour cela il faudrait qu’il puisse lui offrir une perspective un peu enthousiasmante, qu’il n’a pas, ne cherche pas à avoir et sans doute ne peut plus avoir. Au point où il en est de son évolution il est douteux même qu’il soit capable de maintenir un parti comme celui de Rifondazione comunista en Italie.

Sur l’évolution fondamentale du PCF nous n’avons certainement aucune prise. Dans le passé, nos encouragements à demeurer communiste, nos conseils de suivre une politique plus radicale, à l’exemple de LO, pour conserver une influence ne serait-ce qu’électorale, ont eu sur sa direction l’effet que l’on sait et que l’on pouvait attendre : la pluie sur le dos d’un canard. Cela ne signifie pas que nous n’ayons qu’à assister impuissants à l’étiolement et à la délitescence du PCF sans tenter d’attirer à l’extrême gauche ceux de ses militants qui se veulent encore communistes et au service de la cause ouvrière, même si c’est dans la plus grande confusion des idées et des références, un mélange d’idéal révolutionnaire et de pensées réformistes, voire nationalistes. Mais nous n’avons de chances de réussir, même à une petite échelle, que si, sans mettre la moindre eau dans le vinaigre de nos critiques, nous savons aussi leur proposer à eux et à leur parti d’agir en commun dans l’intérêt du monde du travail. Nous ne gagnerons pas des travailleurs militants, pas plus du PCF que d’autres, en nous contentant de les critiquer sans leur prouver dans le même temps que nous sommes désireux d’agir avec eux sur les terrains où nous pouvons nous retrouver. Une campagne pour le mouvement d’ensemble sur les revendications fondamentales, objectifs que bien des militants communistes comme syndicalistes ne peuvent qu’approuver, que nous pourrions proposer aussi au PCF et à ses militants, pourrait aussi servir en ce sens. Elle aurait l’avantage de faire émaner de l’extrême gauche en direction du PCF d’autres propositions que celles de la LCR (ou celles des lambertistes qui dans un tout autre style sont finalement similaires) : « pôle de radicalité », « gauche de la gauche » ou « parti des travailleurs », mais sans bases précises ni communistes ni de classe, qui peut tenter un moment une partie des dirigeants du PCF mais à moyen terme seulement démoraliser encore un peu plus ses militants communistes et ouvriers.

Les objectifs actuels affichés de la LCR et de LO s’excluent en effet mutuellement. Ils s’excluent d’abord parce que on ne peut s’atteler à la fois à la constitution d’un parti à la gauche de la gauche, aux contours et au programme flous, mélangeant révolutionnaires et réformistes, donc forcément dominés par ces derniers, et à celle d’un parti communiste ouvrier révolutionnaire. Mais ils s’excluent surtout parce que, à supposer que la LCR réussisse dans son entreprise - ce qui pour le moment ne se dessine pas – un tel parti serait un véritable obstacle dans la voie de la construction du parti communiste révolutionnaire. Comme le furent dans le passé et en maints pays tous ces partis prétendument « centristes », un tel parti à la gauche de la gauche attireraient - pour un temps au moins mais à notre échelle même quelques années, c’est beaucoup - des militants, jeunes arrivant à la politique, anciens repoussés par les vieux partis, qu’il faudrait aujourd’hui gagner directement à la politique communiste révolutionnaire et qui pourraient l’être. Un passage dans un tel parti aurait plus de chance de les démoraliser qu’autre chose. Il est donc faux d’encourager la LCR à aller dans ce sens, voire de prétendre se réjouir de ses succès dans cette direction, même sous prétexte de vérifier et de faire vérifier nos politiques respectives. Une telle vérification, même si elle refaisait la preuve de l’inanité de cette politique qui voudrait procéder par étape et construire d’abord un parti mi-chèvre mi-choux, a encore plus de chance d’entraver durablement le développement du parti communiste révolutionnaire.

La politique, ou si l’on préfère l’absence de politique, de LO envers la LCR, à la suite des européennes est un échec, y compris mesuré en termes des objectifs propres de LO, la construction d’un parti ouvrier communiste révolutionnaire, d’un parti trotskiste. En se refusant délibérément de tenter de l’attirer à notre politique et sur notre terrain, en approfondissant au contraire le fossé chaque fois que la LCR semblait s’approcher de nous (par exemple, refus d’engager même la discussion alors que la LCR proposait de faire d’Arlette Laguiller la candidate commune et de rompre enfin avec sa vieille habitude de voter pour la gauche gouvernementale au deuxième tour) nous l’avons non seulement repoussée, et avec elle ceux de ses militants qui regardaient réellement vers nous, mais nous lui avons permis de se refaire une santé contre nous alors que ça aurait pu être avec nous, grâce à nous et en partie au moins sur nos bases. Olivier Besancenot s’est fait un nom et une popularité en emportant des voix qui seraient allées pour une grande part sur le nom d’Arlette Laguiller s’il y avait eu candidature commune. La LCR apparaît maintenant comme une force qui fait jeu égal avec LO sur le plan électoral, le terrain où LO semblait sans égale dans l’extrême gauche depuis plus de vingt ans (c’est d’ailleurs l’illusion que nous allions démontrer de façon éclatante notre supériorité sur la LCR qui a amené la direction de LO à repousser avec mépris ses propositions). Et du coup la droite de la LCR, s’appuyant sur les refus de LO de tenter quoique ce soit avec elle (ajoutés évidemment aux tendances « naturelles » de l’organisation), a pu persuader à nouveau la grosse majorité des militants que, puisqu’il n’y avait rien à faire avec LO, il fallait revenir à sa politique de la fin des années 80 et du début des années 90 : la recherche d’alliances dans le marais de la gauche de la gauche.

En fait notre chance de peser à nouveau sur la LCR c’est qu’aujourd’hui elle n’a apparemment pas plus de possibilités du côté de la gauche que du côté de LO. Mais cela ne durera peut-être pas éternellement. Il est donc temps de changer de politique envers la LCR, de cesser de la repousser systématiquement mais au contraire de tenter de l’attirer (bien sûr sans cesser le moins du monde nos critiques sur ses errements ou ses compromissions, mais qui propose cela ?) sur notre terrain et à notre politique. Cela demande d’explorer systématiquement les possibilités d’intervention que nous pourrions avoir en commun sur les terrains de la lutte de classe, et de les lui proposer dès maintenant, sans attendre que des élections, européennes par exemple, imposent aux deux organisations une alliance forcée (et à l’allure bien opportuniste puisqu’aux yeux de tous il s’agira uniquement d’avoir ou de conserver des élus). Car alors, les mêmes causes produisant les mêmes effets, il n’y aurait sans doute à attendre d’une telle alliance que ce qui a résulté de celle des européennes de 1999 : pour notre organisation un avantage immédiat non négligeable en terme de notoriété et d’élus – et la construction d’un parti révolutionnaire passe sans aucun doute aussi par de tels succès – mais beaucoup moins évident pour le mouvement trotskiste tout entier dans le long terme, comme il nous faut bien le constater au bilan qu’on peut dresser des trois ans qui viennent de s’écouler.

15 novembre 2002

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