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Sur un piquet de Transdev, jeudi 14 octobre 2021

15 octobre 2021 Article Entreprises

Semaine 6, J4 : mêmes patrons, même combat !

Avec les restrictions Covid, la petite salle de pause du grand dépôt de Vaux-le-Pénil devrait être limitée à quatre personnes. Comme on ne peut pas pousser les murs, et que la convivialité est devenue fondamentale, un conducteur a mis un zéro derrière le quatre. Puis sans doute un « gréviste radicalisé », comme le dit la presse, a encore élevé le niveau des revendications : ils veulent une salle de pause de quatre cents places, pas moins.

Ils ne sont pas autant ce matin, mais ça parle chiffres : « On en est à quel jour là ? » Après un rapide calcul : « Trente-neuvième. – Sérieux ? J’étais parti pour deux jours seulement. – Moi je me disais bien que ça allait durer, mais quinze jours déjà ça me semblait long ! » L’issue de la grève est envisagée sereinement : « – Là de toutes façons vu ce qu’on a donné, on ne va pas ressortir sans rien. – À la fin de la grève, il faudra bien expliquer aux usagers qui sont les vrais responsables. – Et si la direction nous dit que la boîte a perdu trop de sous, faudra faire un plan d’économie avec les salaires… mais avec les leurs cette fois ! »

Organiser la pression

Un peu après neuf heures, une AG d’une trentaine de grévistes se forme. « On se rassemble parce qu’il faut que tout le monde puisse parler, dire ce qu’il pense de la grève. Et qu’on s’organise ! – Moi ce que je ne comprends pas, c’est qu’entre deux séances de négociations, il y a trop d’espace ! T’as le temps de partir en vacances limite. Ils n’ont rien d’autre à faire pourtant, mais on dirait qu’ils ne se grattent pas la tête. – Moubarak [1] avait promis de sortir des roulements mardi… et rien ! Mais sans roulements, on ne peut pas juger ! » Tout le monde acquiesce. Les roulements arriveront en fait plus tard dans la journée, mais basés sur les services de lundi dernier, que les grévistes avaient rejetés à l’unanimité !

« Cette AG doit servir à préparer aussi les négociations de demain. Est-ce qu’on est toujours d’accord pour dire qu’il faut 35 heures de TTE et 2 heures 30 de TI ? – Oui, mais on s’est fait piquer les chèques vacances aussi ! Et il ne faut pas d’insuffisance horaire ! – L’insuffisance il n’y en aura pas s’il y a 35 heures. Et les chèques vacances c’est moins important que ce point. » Un autre gréviste fait part des difficultés financières de certains de ces collègues. Un délégué répond : « S’ils se présentent, on pourra les aider. Moi, quoi qu’ils décident, déjà je leur dis : respect. Aujourd’hui tout le monde a fait trente-neuf jours, s’ils veulent reprendre personne ne leur en voudra ! Mais je pense quand même que le mieux c’est de rester dans la bataille. – Oui c’est maintenant ou jamais, il faut tenir ! On arrive bientôt à un point de bascule là, ce sera chez eux ou chez nous. Et je vous le dis, ça va être chez eux ! » De fait, la direction de Transdev essaie vraiment de négocier. Elle semble avoir fait une règle de mettre le TI à 100 %, alors qu’au départ ils avaient prévu de voler ce temps de travail. C’est déjà ça que la grève a arraché. Mais elle peut encore augmenter la pression. « Demain, il y a rendez-vous à la cité administrative [2] à 9 heures pour les négociations. Il faut un maximum de monde en bas, on est d’accord ? » Le rendez-vous est donné. « Et si vendredi ça ne bouge pas ? Qu’est-ce qu’on rajoute ? » Est-ce que l’accélération des réunions suffira, ou est-ce qu’il ne faudrait pas refaire un petit tour au siège de Transdev, en donnant rendez-vous là-bas aux autres dépôts ?

Vers Bergams

En attendant, trois voitures partent à Grigny, vers la grève de Bergams [3]. L’accueil y est très enthousiaste. Deux grèves de plusieurs semaines qui se touchent, ça fait des étincelles ! Les grévistes de chez Transdev arrivent avec leurs banderoles dépliées, et immédiatement les grévistes de Bergams se rangent derrière. Après quelques photos, le cortège s’élance dans l’entreprise. Les grévistes font le tour du propriétaire, et en profitent pour faire une prise de parole sous les fenêtres de la direction, et pour tenter d’entraîner les collègues qui ne sont pas en grève. Il faut dire que la direction de là-bas a mené une campagne très agressive, autour de son « accord de performance collective » : elle a fait croire que la boîte allait couler, qu’il fallait se serrer la ceinture, c’est-à-dire travailler plus et gagner moins, pour éviter le chômage. Et elle a eu le toupet d’ajouter que la grève mettait en péril les emplois, alors que dans le même temps, elle a versé des primes à un autre centre de production, pour éviter que la grève prenne là-bas aussi !

Un gréviste de Bergams lit la banderole de Transdev : « Non aux 45 heures payées 35. C’est ce qu’ils veulent nous faire aussi ! » Du salaire en moins, et des heures en plus : « C’est comme nous en fait ! – Mais quand on fait du boulot, il faut le payer ! C’est normal ! » Un gréviste raconte : « On peut faire des journées commencée à 7 heures, donc tu pars de chez toi sans voir ta famille, et tu rentres à 23 heures… et ensuite quand ton fils demande dix euros pour son argent de poche, tu n’as pas. – Moi j’ai quatre enfants, et je gagne 1 100 euros par mois. Est-ce que je peux vivre avec ça ? Et je travaille comme un chien. » Une gréviste de Transdev ajoute : « Ils nous enlèvent du salaire alors que les prix augmentent. Si ça continue comme ça, nos enfants vont travailler pour 500 euros par mois ! Il faut se battre maintenant, pour nous et le futur ! »

Le cortège retourne à l’entrée du site, où des assiettes sont servies. Tout le monde se régale. « C’est parce que c’est notre métier, on le fait bien ! – On a fait un gâteau pour fêter l’anniversaire de la grève ! » Des contacts sont pris entre grévistes, et Bergams invité à Vaux-le-Pénil et Sénart. Un vrai moment de solidarité ouvrière et de fête. Les grèves se sont données de la force. Et si la petite manifestation faite à Grigny se répliquait en plus grand à Paris ?

À Cesson

Pendant ce temps, à Cesson, la grève minoritaire continue de s’organiser. À peu près 20 % des conducteurs sont absents, dont la majorité en arrêt. Combien parmi eux, et plus généralement parmi ceux qui ont repris, doivent être dégoûtés des conditions de la reprise – sur la même production que celle qui les avait mis en grève ! « Mes collègues ne sont pas bien ! Sur le WhatsApp il y a plein de messages comme ‘‘Regardez comme mon service est pourri’’ ou ‘‘Déjà en retard alors que je viens de prendre le bus’’ ! »

Le petit comité de grève du réseau de Sénart [4] fait parmi les conducteurs un patient travail. Tant que la grève continue ailleurs, elle continue à Sénart. Les grévistes de là-bas vont distribuer des tracts dans les bus, parce qu’ils savent que le papier brûle, et que beaucoup de leurs collègues sont comme des braises qui pourraient de nouveau s’enflammer, si on s’organise bien. Une chance, les grévistes ont eu plusieurs semaines pour peaufiner leur maîtrise du barbecue. Dimanche à 15 heures à Cesson, ils organisent une assemblée générale où ils invitent tous les dépôts, pour parler du protocole signé en détail, des problèmes de la grève en général, et des perspectives pour la suite. Et aussi pour fêter la détermination de tous les collègues pris dans cette bataille. Festif, organisé, déterminé : à l’image de cette grève qui a déjà changé le paysage et qui pourrait obtenir encore plus.

Simon Vries


[1Ce DRH de chez Transdev, en plus d’avoir le nom d’un dictateur égyptien, d’après les grévistes, ressemble à Zemmour, ce qui est donc le petit nom que lui donnent les grévistes !

[2C’est le « terrain neutre », c’est-à-dire sans grévistes, qu’ont choisi les médiateurs pour négocier. Manœuvre ratée pour vendredi : le piquet se déplace !

[3Les salariés de Bergams produisent des sandwichs et plats préparés, entre autres pour Air France. Ils ont répondu jusqu’ici par cinq semaines de grève à un « accord de performance collective » (APC), qui a entraîné une augmentation des cadences, 200 à 300 euros par mois en moins, des heures supplémentaires annualisables. https://lanticapitaliste.org/actualite/social/deja-trois-semaines-de-greve-bergams-grigny

[4Qui regroupe les dépôts de Combs-la-Ville, Lieusaint et Cesson.

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