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La situation de la pandémie dans le monde

Sous le corona, la double peine

19 juin 2020 Article Monde

Carte : l’épidémie de Covid-19 au 16 juin 2019 - Source : Wikipedia

La pandémie, même si elle marque le pas en France et en Europe, est toujours sur la courbe ascendante à l’échelle mondiale, son foyer principal s’étant déplacé en Amérique latine. Partout, elle révèle et accentue les tares du capitalisme.

Coronavirus : où en est-on ?

Voilà un peu plus de six mois que les premiers cas de malades de la CoViD-19 se sont déclarés. Partie de Chine, l’épidémie s’est ensuite répandue en Europe, qui en est rapidement devenue l’épicentre. Les États européens, peu préparés, ont pour la plupart adopté une politique de confinement faute de pouvoir dépister massivement la population et ainsi contrôler la propagation de l’épidémie. Désormais, l’Europe se déconfine peu à peu, si bien que l’épidémie peut sembler être passée. Cependant, elle n’est pas encore totalement muselée en Amérique du Nord et est en pleine explosion en Amérique latine, notamment au Brésil. On dénombre par ailleurs de plus en plus de foyers au Moyen-Orient, ce qui fait craindre un accroissement exponentiel du nombre de malades dans la région. L’Afrique est quant à elle relativement épargnée pour l’instant, même si des premiers signaux d’alerte apparaissent.

Enfin, on ne peut pas écarter à moyen terme le schéma de vagues épidémiques successives qui fluent et refluent dans le monde, tant qu’un traitement efficace ou un vaccin n’aura pas été trouvé : déjà à Pékin, les autorités sanitaires remettent en place des mesures de confinement, car des foyers épidémiques réapparaissent.

En Asie

La situation en Asie est très contrastée. Wuhan, en Chine, a été le premier foyer épidémique. Après avoir nié l’importance du problème, y compris en réprimant les médecins lanceurs d’alerte, le pouvoir central chinois a opté pour un confinement strict de sa population afin de limiter la propagation de l’épidémie. À l’époque, la presse occidentale avait jugé une telle mesure inimaginable dans une démocratie. S’il est vrai que l’État chinois a eu recours à son appareil de surveillance et de répression de manière beaucoup plus étendue, l’Europe et les États-Unis ont fini par adopter cette solution, sans lésiner sur le recours à la police pour le faire respecter.

Proches géographiquement, la Corée du Sud, Taïwan et Singapour ont fait figure de bons élèves de la crise : ayant tiré les leçons du Sras, qui a frappé la région en 2002-2003, ils ont rapidement limité les échanges avec l’extérieur et ont mis en place une politique de dépistage, de traçage des contacts et d’isolement des malades. Cette stratégie, bien qu’efficace, pose pourtant un grand nombre de problèmes en termes de libertés publiques, puisque les États n’ont pas hésité à recourir à la surveillance numérique pour la mettre en place [1].

Le cas de l’Inde est assez différent : la réaction à l’épidémie a été nettement moins organisée et le gouvernement a opté pour la répression aveugle. Les habitants des bidonvilles ont été en première ligne, certaines zones ayant été entièrement bouclées par la police, à l’image du bidonville de Dharavi, où vivrait un million de personnes. Le Bangladesh voisin a subi de plein fouet l’arrêt de la production mondiale, notamment dans le secteur textile, et des milliers de travailleuses et de travailleurs se sont retrouvés sans revenus du jour au lendemain. La situation de ces deux pays se rapproche à plusieurs égards de celle de l’Amérique latine et du Moyen-Orient, où les populations très précaires ont vu leur situation s’aggraver.

La gestion de la crise en Europe

Les États membres de l’Union européenne ont d’abord brillé par leur manque de coordination et d’anticipation face à la crise. Au-delà de l’insouciance affichée par les différents dirigeants, y compris lorsque l’Italie commençait à devoir mettre en place des mesures de médecine de guerre [2], la crise a en effet mis à nu l’impréparation globale, avec certes des différences entre les pays : disparition de stocks stratégiques faute de budgets, absence de politique de dépistage faute de pouvoir produire des tests, etc. L’absence de coordination est souvent même allée jusqu’au chacun-pour-soi, notamment lorsque les États se sont disputé des stocks de masques au plus fort de la pénurie et, de manière plus significative, par la manière dont les divers plans de relance économiques ont d’abord été menés à l’échelle nationale [3]. Il en est allé de même pour le déconfinement et la reprise, qui se sont faits en ordre dispersé, chacun voulant s’assurer une place dans la course aux profits qui s’annoncent. La seule politique commune entre États européens, c’est l’assistance au patronat. Un laisser-faire qui contraste par ailleurs à la manière autoritaire et policière qu’ont eu les gouvernements, et en premier lieu le gouvernement français, d’imposer le confinement à la population.

En Amérique du Nord

Aux États-Unis et au Canada, on retrouve ce caractère improvisé, avec une volonté affirmée d’affecter le moins possible la production. L’impact de la crise a de plus de plus été accentué par l’absence de filet de sécurité en termes de chômage et de santé publique. Les États-Unis ont ainsi compté 33 millions de nouveaux chômeurs en sept semaines, au point que plusieurs États ont connu des manifestations, soutenues par le patronat et l’extrême droite, appelant à lever le confinement pour faire reprendre l’économie. Le système de santé étant privé, nombreux sont ceux qui ont préféré ne pas aller à l’hôpital pour ne pas avoir à payer une facture pouvant atteindre plusieurs milliers de dollars. Bien sûr, comme le montre le cas de l’Europe, et notamment de la France, avoir un système de santé publique ne prémunit pas du manque de lits et de matériel nécessaire, aggravé par l’austérité. De même pour le chômage : il permet d’amortir le choc à court terme, mais les gouvernements comptent bien faire payer la facture aux travailleurs.

En Amérique latine

L’Amérique latine est désormais le foyer principal de l’épidémie. Or, dans des pays où une part importante de la population vit dans des bidonvilles et travaille dans le secteur informel, il est impossible de mettre en place des mesures de confinement : le métro de Santiago est bondé de travailleurs précaires obligés de continuer à travailler pour assurer leur subsistance, et l’on retrouve cette scène un peu partout dans la région. Beaucoup ne peuvent pas manquer un seul jour de travail, et a fortiori plusieurs semaines.

Dans le secteur formel, le respect des règles sanitaires est subordonné au bon vouloir des patrons. Au Chili par exemple, les travailleurs ont désormais le droit de suspendre leur contrat de travail, mais à condition de suspendre aussi la réception de leur salaire…

De plus, la situation économique en Amérique latine, déjà fragile, se dégrade assez rapidement : de nombreux pays dépendent de la demande en matières premières (pétrole, minerai, etc.), qui s’est effondrée avec la baisse de la production en Asie et en Europe, ce qui laisse de nouveaux travailleurs sur le carreau et réduit les recettes des États, alors que la part du PIB consacrée à la santé était déjà faible. D’autres secteurs, d’une part l’hôtellerie, la restauration et le commerce, mais aussi la construction, qui ont été touchés de plein fouet par la crise, licencient massivement. Plus qu’ailleurs, la crise économique s’imbrique donc avec la crise sanitaire et en aggrave les conséquences. En particulier, les populations les plus pauvres subissent une double peine, car la mortalité de la CoViD-19 est amplifiée par un certain nombre de comorbidités liées à la pauvreté comme l’obésité ou le diabète.

Au Moyen-Orient

Au Moyen-Orient, qui risque d’être le prochain foyer épidémique, la situation n’est pas plus reluisante : les guerres en Irak, en Syrie et au Yémen ont ravagé la région, et plusieurs millions de personnes vivent dans des camps de réfugiés, dont les conditions d’hygiène sont comparables à celles des bidonvilles.

Là aussi, de nombreux travailleurs dépendent de leur activité quotidienne pour survivre. Un médecin irakien résume la situation : « Ici, il y a deux choix. Soit tu prends le risque de sortir, tu contractes le coronavirus et tu peux, potentiellement, rester en vie ; soit tu meurs de faim ou de malnutrition chez toi » [4]. D’une certaine manière, l’Iran a été confronté au même choix à grande échelle : son économie était déjà exsangue avant la pandémie, du fait notamment des sanctions internationales, et il était donc quasiment impossible de fermer les frontières et d’interrompre la production. D’autres pays déjà fragiles économiquement ont connu des situations similaires, comme le Liban, où des manifestations de la faim ont éclaté à Beyrouth et à Tripoli. Tout cela dans un contexte où les mesures successives d’ajustements structurels ont peu à peu détruit les systèmes de santé, qui sont donc bien incapables de faire face.

Conclusion

Les situations des différents pays résultent avant tout de choix politiques et économiques. Bien sûr, l’éclatement d’une pandémie est toujours imprévisible, mais l’humanité a aujourd’hui suffisamment de ressources matérielles et de connaissances scientifiques pour s’y préparer et y faire face. Cependant, cette crise fait apparaître le besoin urgent de reprendre le contrôle sur la production, non seulement pendant la crise pour orienter la production en fonction des besoins immédiats et en interrompant la production là où c’est possible, mais aussi en amont pour garantir des systèmes de santé ayant les capacités suffisantes, et après, pour que la reprise ne se fasse pas selon les seules nécessités de la concurrence capitaliste. Cette crise sanitaire ayant suscité l’arrêt d’une partie de l’économie marchande, les patrons sont déterminés à nous en faire payer la facture. Si l’on ne veut pas que le monde d’après ressemble au monde d’avant, il est urgent d’organiser la riposte.

Manuel Castillan


[1Voir à ce sujet notre article : Dépistage de la maladie ou pistage des malades ?

[2Le terme de médecine de guerre désigne la médecine de gestion de la pénurie, lorsque les équipements sont insuffisants pour soigner tous les malades. Les médecins doivent alors choisir ceux qui bénéficieront des soins, et donc aussi ceux qui n’en bénéficieront pas.

[3 L’Europe a désormais mis en place un plan de relance européenne : Face aux plans patronaux : la situation dans l’automobile.

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