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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 106, juin-juillet-août 2016 > Cheminots : quatre mois de lutte malgré tous les obstacles

Sœur Anne, ne vois-tu rien venir ?… une reconductible ?

Le 9 mars est-il reconductible ?

Cette première journée d’action appelée par les syndicats cheminots a été rejointe par les organisations de jeunesse puis, tardivement, par l’intersyndicale contre la loi travail. Il faut remonter à 2007 pour retrouver des taux de grévistes aussi importants à la SNCF. Les AG, nombreuses pour une journée « carrée », votent des motions qui demandent déjà une grève reconductible. Des groupes de militants ou des comités de mobilisation se forment, avec la conviction qu’un mouvement commence.

Le 31 mars est-il reconductible ?

Pour les fédérations CGT et Sud, ce n’est pas encore le moment d’une vraie grève ! Du côté de la fédé Cgt, non seulement on ne le propose pas, mais on menace ceux qui parlent de reconductible pour le 31 mars (voir l’encart sur la lettre de Gilbert Garrel aux secrétaires de syndicats). La fédé Sud-rail refuse également d’appeler à la reconductible, unité oblige. La situation est très particulière : il ne s’agit pas de directions syndicales qui laisseraient crever une grève en ne lui donnant aucune perspective, mais de directions syndicales qui refusent que démarre cette grève, qui n’en veulent pas au moment où la loi Travail déclenche un mouvement dans la jeunesse, sur fond de mécontentement ouvrier général et du dégoût inspiré par le gouvernement Valls/Macron.

La fédération CGT n’a pas déposé de préavis de grève national pour la journée du 31 mars, dans bien des endroits elle n’appelle pas à des AG de grévistes et en est souvent absente. Du côté de Sud, quelques voix évoquent en AG, pour se consoler de ne rien proposer le jour-même, une grève pour le mardi 12 avril (date d’ouverture des négociations pour la convention collective ferroviaire) et une reconductible ce jour-là. « Ne pas remettre au lendemain ce qu’on peut faire le surlendemain », chante Pierre Perret…

Y’a comme un malaise ! De nombreuses AG comme celle de Paris-Nord votent des motions qui interpellent l’ensemble des fédérations syndicales cheminotes afin qu’elles portent et soutiennent les revendications confirmées ce jour par les grévistes (décret socle à minima égal au RH0077 et retrait de la loi Travail) à travers le dépôt d’un préavis reconductible couvrant l’ensemble des cheminots… Les motions fleurissent aussi en interne, au sein des structures de la CGT.

Mais les responsables du « secteur » CGT (représentants de la fédération) prennent de haut « les collègues qui s’en foutent du RH pourvu qu’il y ait des primes », « ceux qui acceptent de travailler de nuit plusieurs semaines d’affilée »… bref ce serait la faute d’une trop faible mobilisation. À ce moment-là, la CGT évoque (ou laisse miroiter) une reconductible fin mai/début juin. Ces manœuvres sont évidemment destinées à saper le moral.

13 avril

À l’appel de Sud, mais aussi de comités de mobilisation dans la région parisienne, plus de 200 cheminots de Sud, de la CGT et non syndiqués envahissent une séance de négociation officielle et la font capoter. Les représentants syndicaux sont furieux, mais pas les cheminots, qui approuvent leurs 200 collègues : la preuve est faite que ces discussions bidons, dont quasiment rien ne filtre, sont rejetées.

Coup de théâtre dans la « stratégie d’action » (ou d’inaction ?)

La CGT qui veut garantir l’unité syndicale (donc faire plaisir à l’Unsa et à la CFDT, et par ailleurs au gouvernement qui aimerait que les secteurs en lutte ne convergent pas contre la loi El Khomri), propose des temps forts dissociés pour les cheminots et les autres secteurs professionnels. Comme si, comme le clament pourtant le gros des cheminots, loi Travail et décret-socle SNCF n’étaient pas les deux volets d’une même attaque.

La CGT propose donc quatre dates :

  •  26 avril, manifestation SNCF, rien que pour les cheminots ;
  •  28 avril, deux jours plus tard, manifestation « interpro », rien que pour tous les autres ;
  •  3 mai, manifestation « interpro » ;
  •  10 mai, manifestation SNCF ;

… et ensuite « on regarderait pour quelque chose vers la mi-mai »…

Le 26 avril est-il reconductible ?

Non bien sûr, c’est une nouvelle journée « carrée ». Dans nombre d’AG de syndiqués CGT en région parisienne, une majorité de présents critique ce nouveau calendrier de la fédé, qui persévère dans les tentatives de démoralisation. Un petit florilège : « La mobilisation a baissé à la SNCF entre le 9 et le 31 mars alors que dans le privé ça a monté », « la Traction est prête mais pas les autres établissements, est-ce qu’on veut une grève de roulants ? », « Le 9 avril [qui était, rappelons-le, un samedi !], on n’a pas été débordés par les préavis dans le privé, rien à la RATP, rien dans les hostos, etc. », « Certains ne viennent plus aux AG du syndicat, car ils trouvent qu’on va trop loin en réclamant la reconductible (sic) ». Et la palme : « En se mettant en grève le 26, en travaillant le 27 et en refaisant grève le 28, on va désorganiser la production ! »

De nombreux syndiqués sont très remontés contre la fédé. De nouvelles motions l’interpellent mais certains commencent à en avoir marre d’envoyer des textes qui ne servent à rien. Des « mécanos en colère » d’Austerlitz font tourner ce message autour d’eux, par texto et autres moyens : « Cher(e)s collègues, les différents syndicats appellent à une grève carrée (encore une…) et seulement cheminote le 26 avril prochain alors que deux jours plus tard (le 28) il y a une grève nationale interprofessionnelle ! Profitons de la grève nationale cheminote du 26 avril pour voter en AG une grève reconductible et ainsi montrer à la direction notre désaccord avec leur nouvelle réglementation du travail ! Il y a en ce moment un mécontentement général qui monte… Plusieurs gares parisiennes (Paris-Est, Saint-Lazare, Paris-Nord, Montparnasse…) sont dans la même situation que nous… Nous ne sommes donc pas seuls, bien au contraire ! Construire une réelle grève reconductible devient une évidence pour tous les cheminots parisiens ». La journée du 26 est bien suivie malgré les protestations et débouche sur des reconductions minoritaires pour faire la jonction avec les autres salariés le 28 avril.

Le 10 mai est-il reconductible ?

Non, car c’est une journée de « manifestation nationale » et pas de grève. Journée appelée par l’Unsa, la CFDT, Sud, et surtout la CGT, elle rassemble environ 4 000 cheminots (15 000 selon les syndicats, mais c’est très surestimé). Le secrétaire de la fédération CGT, Gilbert Garrel, prononce un discours lénifiant sur les négociations, sans aucune référence à la loi Travail. Le parcours fait à peine deux kilomètres et à l’arrivée aux Invalides, dispersion sans un mot sur le 49-3 qui vient d’être annoncé. Bref, pas une manif qui donne la pêche. Elle était pourtant présentée par la CGT comme un « ultimatum ». Beaucoup de cheminots en ont ras-le-bol des grèves « carrées » et se réservent pour la reconductible.

Nouveau coup de théâtre, nouveau « calendrier de dingues »

La fédé CGT cheminots propose une grève SNCF de 48 heures chaque semaine les 18 et 19 mai, 23 et 24 mai et 1er et 2 juin ! Sud et FO appellent à la reconductible. Mais le préavis déposé par Sud est un préavis long et non un préavis reconductible, qui couvre la période du 18 mai jusqu’au 10 juillet, jour de clôture de l’Euro de foot. Une façon de se laisser une porte de sortie et d’encourager la démagogie qui séduit certains conducteurs sur le « blocage » de l’Euro.

Le 18 mai est-il reconductible ?

Selon la CGT, non, ou jusqu’au lendemain seulement. On est passé de la grève « carrée » à la grève « rectangle » de deux jours. Mais des appels à la reconductible le 18 sont néanmoins recensés, entre autres dans les structures CGT cheminots suivantes :

  •  syndicat de Versailles ;
  •  syndicat de Paris-Austerlitz ;
  •  syndicat de Reims/Ardennes ;
  •  section ECT de Lille ;
  •  section EGT de Saint-Lazare ;
  •  syndicat de Noisy-le-Sec ;
  •  section technique TB de Paris-Est.

Le 19 mai : la reconductible commence dans quelques gares

Dans les AG de syndiqués CGT du 19 mai, il s’agit surtout de démoraliser les présents : « c’est pas le moment ». Dans la plupart des AG de grévistes, Sud propose de suspendre le mouvement malgré son appel à la reconductible deux jours avant. Mais dans quatre grandes gares parisiennes et quelques gares de province, la grève continue à l’appel de comités de mobilisation ou de comités de grève : la reconduction au vendredi 20 mai a été votée à Paris-Est avec 116 voix, à Saint-Lazare avec 97 voix, Mantes avec 40 voix, Achères avec 52 voix, Juvisy avec 9 voix, Austerlitz avec 92 voix. Les AG ont toutes appuyé sur le lien entre décret-socle et la loi Travail, sur la nécessité de profiter du mouvement d’ensemble pour partir dans une vraie grève sur nos revendications et les revendications générales, et ont discuté des moyens de convaincre les collègues de rejoindre la grève.

24 mai : la reconductible « unitaire » annoncée

L’intervention musclée des flics sur un piquet à Fos-sur-Mer déclenche un mouvement de grève unanime dans la plupart des raffineries, alors que la pénurie d’essence liée aux blocages de dépôts de carburant se fait sentir. CGT, CFDT, Unsa et Sud appellent les cheminots à la grève reconductible à partir du 1er juin.

26 mai

Journée de manifestation contre la loi Travail. Les cheminots grévistes des gares parisiennes, dont la plupart reconduisent depuis le 18 mai malgré le lâchage en règle des syndicats, parviennent à former un cortège inter-gares de plusieurs centaines de manifestants en tête de cortège.

1er juin : la reconductible a commencé

La CFDT a levé son préavis la veille suite à quelques modifications apportées par la direction à l’accord d’entreprise. L’Unsa quittera la grève deux jours plus tard, sans explication. La grève est très suivie, malgré les mensonges de la direction. De nombreux trains sont supprimés. Les AG retrouvent leur niveau du 9 mars, voire le dépassent.

6 juin

La version finale de l’accord d’entreprise et de la convention collective est soumise aux syndicats. La CFDT et l’Unsa, qui représentent environ 40 % des voix à elles deux, annoncent sans surprise qu’elles le signent. La CGT et Sud réservent leur réponse.

7 juin

Dernier tract de la fédération CGT à propos de la grève, qui n’appelle plus à reconduire et se conclut par « il appartient aux cheminots réunis en AG de déterminer les suites qu’ils entendent donner au mouvement ». Après avoir retardé la grève le plus possible contre l’avis unanime des AG, la CGT leur laisse le soin, au nom de la démocratie, de voter la reprise du travail ! La grève se poursuit encore une semaine en se maintenant à des taux importants pour une reconductible. Seules quelques petites AG dans le pays votent la reprise avant le 14 juin.

14 juin

Manifestation nationale à Paris. Beaucoup de cheminots grévistes ont fait le déplacement. Certains ont la mauvaise surprise de découvrir par SMS, en pleine manifestation, que des dirigeants syndicaux ont fait reprendre le travail en leur absence. La CGT appelle clairement à « suspendre » le mouvement dans la plupart des AG, mais la grève est souvent reconduite jusqu’au lendemain.

15 juin

Mouvement général de reprise du travail, au lendemain d’une manifestation nombreuse et dynamique. La CGT a annoncé la veille au soir qu’elle ne signerait pas l’accord d’entreprise.

Correspondants « L’Étincelle »


Gilbert Garrel dans le texte !

Le 18 mars, dans une sympathique lettre aux syndiqués, le secrétaire de la fédération CGT des cheminots mettait les choses au point. Après le succès du 9 mars qui démontrait que les cheminots étaient nombreux à faire le lien évident entre le décret-socle et la loi Travail, il tenait à préciser que, dans ce mouvement, « les cheminots tiendront leur place, mais uniquement leur place sans perdre le fil de leurs revendications ». Puis qu’un « décret-socle égal au RH0077 [la réglementation actuelle] n’est pas notre revendication ». Heureusement que les AG lui ont infligé un démenti cinglant ! Cohérent avec sa logique qui consiste à accompagner les négociations organisées par la direction, il conclut : « ceux qui réclament du reconductible le 31 mars veulent envoyer la CGT et les cheminots à l’abattoir ». Mais c’est plutôt lui le gros bœuf qu’il aura fallu pousser pendant des mois pour obtenir le préavis reconductible.

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