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Russie : la répression n’a pas cassé la deuxième vague

4 février 2021 Article Monde

La colère est intacte, tout comme la détermination. C’est encore par dizaines de milliers que des Russes ont défié le pouvoir de Poutine pour dénoncer le sort de l’opposant Alexeï Navalny, mais aussi surtout un régime autoritaire, corrompu et une misère grandissante. Selon des réseaux militants et médias alternatifs, les manifestations du dimanche 31 janvier ont regroupé plus de 150 000 manifestants, comme celles du samedi 23, davantage même parfois selon les villes.

De l’Extrême-Orient russe (Vladivostok) aux frontières de l’Union européenne (Kaliningrad). Rien n’a entamé la volonté d’exprimer une colère sociale trop longtemps contenue : ni les 3 500 arrestations du samedi 23 janvier et les plus de 5 000 du dimanche 31 (ces interpellations se soldant souvent par de fortes amendes, par exemple l’équivalent de 110 euros alors qu’un salaire d’instituteur est de 175 euros), ni les matraquages et provocations policières (fausse alarme d’attentat pour fermer des stations de métro la veille à Moscou ou improbables cours le dimanche dans certains lycées pour empêcher les jeunes de sortir), ni les températures polaires (parfois – 30 °C). Et les manifestants ne se laissent pas faire. La semaine dernière, un commissariat de la banlieue de Moscou était attaqué pour libérer des prisonniers. Cette fois, c’est un convoi de police qui l’a été avec succès pour libérer des manifestants. Le pouvoir avait pourtant mis les moyens en renforçant les forces antiémeutes (appelées « cosmonautes » du fait de leur harnachement) et la Garde nationale russe. Pour la première fois, selon des militants révolutionnaires, la police a usé de gaz lacrymogène et fait feu avec des balles en plastique à Saint-Pétersbourg.

Le cocktail était détonnant, il ne manquait que d’allumer la mèche

L’« affaire Navalny » a déclenché cette vague de colère. Après avoir subi depuis une douzaine d’années les séjours en prison et assignations à résidence, les amendes et jusqu’à une tentative d’empoisonnement – très probablement par les services secrets russes du FSB – dont il a réchappé de justesse (soigné en Allemagne dont il est revenu le 17 janvier dernier), Navalny s’est imposé dans un genre de combat singulier face à Poutine. En 2013, à des élections municipales à Moscou, il avait recueilli 27 % des voix, derrière le parti du pouvoir « Russie unie ». Depuis, il fait surtout campagne contre la corruption, dénonce « le parti des escrocs et des voleurs ». Une vidéo toute récente de son équipe sur « le palais de Poutine », propriété grande comme trente-neuf fois Monaco, au bord de la Mer noire – Côte d’Azur des fortunes du pays – a réalisé 106 millions de vues. Reportages et interviews semblent pourtant montrer que les dizaines de milliers de manifestants en Russie ne sont pas, loin de là, les adeptes d’un politicien qui s’est illustré aussi par des positions ultranationalistes et xénophobes (en particulier à l’encontre des Tchétchènes traités de « cafards »).

En fait, la colère dépasse Navalny. Misère et inégalités, comme partout dans le monde, en sont à l’origine. Le pays a longtemps profité de la manne du gaz et du pétrole, mais les prix ont chuté, le rouble s’est écroulé, les sanctions encourues depuis l’annexion de la Crimée en 2014 ont fragilisé les affaires (même si les dirigeants européens, français en tête, restent affables avec ce voisin et ami dictateur qui leur fournit du gaz !). En 2017, le Crédit suisse s’inquiétait que 1 % des Russes possèdent 74 % de la richesse nationale. La pandémie et ses ravages ont encore noirci le tableau. La révolte en Biélorussie proche a encouragé.

Une issue incertaine… pour Poutine

Pour l’instant Navalny reste un opposant certainement respecté pour sa ténacité face à l’autocrate en place, mais isolé. Les juges devant lesquels il est convoqué ce mardi 2 février peuvent lui infliger jusqu’à trois ans de prison. Crédible ou pas en tant que figure d’alternance à Poutine, la voie lui est actuellement fermée par la répression procédurière du régime. Poutine lui-même s’est fait voter au printemps/été dernier une réforme constitutionnelle lui permettant de rester en place jusqu’en 2036. Le régime étouffe toute opposition mais tout peut craquer. La balle est dans le camp des travailleurs et des jeunes qui sont les forces vives du pays, de leur détermination à ne pas lâcher, mais aussi de leur capacité à mettre en avant leurs propres revendications sociales et politiques vitales. Le quotidien Les Échos du lundi 1er février parlait d’un risque de révolution… pour une fois on aimerait le croire !

Tristan Katz

(Article paru dans l’Anticapitailste no 554)

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